Blog powered by TypePad

récit

trois à table un coin de brasserie femmes des collègues rendez-vous habituel de quoi dire après si long week-end emménagement de l’une profiter du jardin même si les tas de terre encore quelques gravats la plus jeune lui expliquer qu’une terrasse caillebotis pas cher en attendant qu’une vraie météo d’ailleurs qu’un fils confie au téléphone heureusement qu’un récit un comble creux brin d’aventure apologue ma pauvre dame de nos jours on en voit de belles que dans la résidence avec son fils sa belle-fille Noirmoutier les vacances pour le week-end vous comprenez quatre heures du matin tout de même à hurler sur le palier son chien qu’il appelait hurlait Paulo Paulo qu’il vienne lui ouvrir effondré devant sa porte hoquetant sanglots les larmes d’un poivrot à se demander même comment il avait fait pour le digicode que certain sûrement le ramener pas lui rendre service tous ceux qui l’entretiennent dans les bars y boire son aide sociale là étalé pas méchant non mais la braguette ouverte rendez-vous compte braguette ouverte et à des heures pas bien courageux son fils et la belle-fille aussitôt rentrée affolée pas bien dangereux mais le rentrer qu’il donne sa clé arrête d’hurler Paulo Paulo sûrement son chien qui pouvait lui ouvrir enfin bref on a fini par l’avoir la fameuse clé imaginez dans la poche de son pantalon mon fils mon fils pas bien fier mais il fallait ouvrir la porte et l’un aux jambes l’autre aux bras le rentrer et hop le chien le fameux Paulo qui en profite pour se sauver le rattraper ensuite dans l’escalier ma belle-fille qui s’en est occupé nous avec notre saoulot dans les bras et encore il a fallu l’appeler sinon elle aurait pas bouger évidemment me plaindre au gardien le lendemain matin quatre heures du matin braguette ouverte qu’il boive dans la journée encore mais à des heures pareilles et quand on est pas là qui c’est qui s’en occupe enfin bref le Paulo rentré l’autre couché sur son canapé salade du pêcheur steak saignant elle arrive la pizza elle arrive un plat un demi un café pas de dessert comme d’habitude

trappes et strates

quoi d’autre que récit sinon trappes et strates de quoi panser blessures et ne rien dire croire tout dire ne rien penser mal panser se dépasser sans trop savoir jusqu’où oui il vous faudra haïr comment donc autrement supporter un peu seulement qu’un pan seulement du rideau cet entr’ouvert savoir sur quoi trop peu de mensonges il vous faudra haïr et continuer encore malgré dégoût la lassitude continuer hardi petit continuer jusqu’à ce que minuscule lilliputien sans même une corde pris au piège continuer démêler comment trop d’un seul bloc emberlificoté vous ne danserez plus à terre à terre la bête et du haut du tertre minuscule la voix encore codée toujours inlassable débitant délitant délire est mort

way down inside

encore un peu encore un peu s’il vous plaît trop du silence du bruit sinon repère qu’opère magie comme ils disent qu’on s’y croit de l’opéra du qui respect inspire aspire à quoi qu’importe à l’éternel devrait suffire présent dissous présent diffus présent abscons présent dilué du rêve une pluie d’argent et l’homme sucre l’homme sucre encore qu’il nous donne et pardonne nos péchés comme à ceux qui miséricorde jusqu’à tomber rouler s’écraser au fond du fossé s’y complaire et pas même à l’aide pas une idée non aspirer au silence et savoir que non toujours cette morsure non encore une fois tendre lèvres essayer ce qu’on en sait ce qu’on a cru craché juré aimé brisé pris au piège

Mais les réveils ?... Avec la lumière vive du dehors…

Mais les réveils ?... Avec la lumière vive du dehors… S’y glisser comment jusqu’au réel ? Par quel interstice ? S’imaginer quelle intrigue pour encore avoir prise ? Pour encore avoir lien… Aller où ?... Une fois la main passée sur le visage, et pas même la force d’un clin d’œil au miroir… La trouver où la force ? Celle qui fait que debout… Ne pas s’allonger là, au frais sur les lattes du parquet… Fermer les yeux et attendre… S’envelopper du silence… Un à un faire taire tous les mots… Mais à chaque fois une sirène, des pas à l’étage, les cris des gosses dans une cour d’école… Aussitôt des images… Aller boire un café… Suivre son ombre jusqu’au comptoir… Articuler trop peu… Répéter… Devoir lui dire plus fort plus net… Un expresso, un… Que le temps soit celui de la tasse que l’on vide… Du délai qu’on s’accorde avant que glisser le sucre… Tourner lentement… Cuillère reposée… Trop chaud attendre encore… Leurs mots, leurs vies tout autour… Soi, une silhouette silencieuse… Prendre part… Mais si longtemps… Leur dire quoi ?... Quelques gorgées encore… Coup d’œil à la pendule…Ce temps avant que de poser la monnaie… La soucoupe que l’on fait glisser… Repartir… Retrouver la rue… La lumière vive du dehors… Ne pas rentrer… Aller… Promenade prétexte… Pas même s’y délasser…

s’accommoder du silence

voie ferrée en surplomb d’un doigt la cassette au lecteur volets clos des bâtiments SNCF vitres brisées caténaires de la voie ronces du talus au feu rouge un pont de pierre le bar en face lumière saturée sur l’esplanade calcaire

masse béton voie rapide chaque fois des affiches cirque FN joui.com affiches recouvertes affiches qu’on déchire quelques lettres de peinture noire clignotant Willie Mae Willie Mae boucle rassurante du turnaround maintenant s’inscrire au flux

déjà loin Willie l’aimée plus qu’un prénom syllabes en bouche syllabes en tête au mieux sa photo sous le cuir d’un portefeuille l’image figée celle d’un passé sur les tombes ainsi les médaillons regard encore distance creusée porter en soi souvenir vivant une imposture souvenir seulement recomposition l’imaginer ombre fuyante inexacte et sienne

les voix peut-être les plus rapides à s’éteindre s’accommoder du silence des quelques mots qu’on garde des questions sans réponse le deuil et l’absence sont silence de l’autre sinon les rêves le téléphone résonance d’une voix quand parler haut et seul l’espace qu’elle creuse autour et le sentiment d’inutile d’une si faible parade

pris au flux s’abandonner à la rocade continuer régulier s’éloigner des lotissements leurs tuiles béton quelques immeubles puis la suite des hangars un camion posé sur le toit de l’un champs de poiriers les ronces aux pieds quitter bientôt à peine un kilomètre

effleurer la ville sans y pénétrer si souvent s‘y presque perdre si peu sûr il y a peu des travaux sur les quais ne plus savoir où dessus dessous plaques de béton fidèle au fleuve l’axe perdu de nouveau tenter les quais qu’un peu plus loin peut-être

Ce qu’on a lu, et à quel âge

Ce qu’on a lu, et à quel âge : difficile d’échapper à l’invitation.

L’inventaire commence dans une chambre d’enfant avec crèche de Noël, papier marron. Les livres sont de l’hiver et d’exception : Davy Crockett dans

la Bibliothèque

rose, club des cinq et des sept. Livres cadeaux. Souvent relire.

Vers dix ans, se retrouver à la bibliothèque municipale, dans les anciennes écuries de la maison bourgeoise qui trône au milieu du parc, là où le musée des guerres de Vendée : sentiment d’intrusion, le même aujourd’hui dans ces lieux qu’on dit de culture. Première étagère sur la droite après l’entrée, là où la fin de l’alphabet : Verne Jules, Michel Strogoff. Embarqué loin, embarqué long : deux tomes à traverser. Depuis à Noël, cadeaux d’un oncle et d’une tante, Jules Verne aux reliures rouges avec dessins originaux reproduits.

Au sous-sol, dans un ancien buffet des grands-parents, des livres de prix distribués par les écoles privées catholiques d’avant guerre, et quelques bouquins oubliés par l’oncle aux Jules Verne, le seul de sa génération à avoir fait des études : hagiographies de Jeanne d’Arc, du corsaire Jean Bart et quelques bondieuseries. Vers douze treize ans, avoir sous l’impulsion d’un prof d’histoire gaucho-Freinet-le-cœur-sur-la-main pastiché ces textes (délires interminables en guise d’illustration du cahier d’histoire, lignes tracées sur les pages blanches pour y écrire, parce que décidément trop empêtré pour dessiner).

A la même époque, Jack London, L’Appel de

la Forêt.

Entr

’apercevoir la liberté.

Quatorze ans, rencontré un prof barbu fumeur de pipe. Découvrir Gaston Leroux et Jean Ray,

La Cité

de l’indicible peur. Première approche du fantastique. Les livres sont accessibles : il en amène de pleins sacs et prête (chaque bouquin recouvert d’un papier kraft pour protéger la couverture, titre et auteur recopié à la main).

Quinze ans, Steinbeck, Des souris et des hommes. Solitude et cette absence de contrôle, donner la mort quand tout submerge, et ce côté dépouillé de l’écriture. Puis Les Raisins de la colère, à peu près à la même époque, vacances hivernales où se heurter aux murs et à la nationale qui bordait le jardin de la maison. Pour les gestes décrits, un orteil son va et vient dans le sable, et parce que la force de dire nous.

Seize à dix-huit, chaotique passer son bac. Ne rien lire mais avoir découvert Rimbaud. En parler devant des bières (force pressentie : la rencontre sera beaucoup plus tardive). Avoir en revanche pas mal lu Les Fleurs du mal, et même appris quelques morceaux de « Spleen et idéal ».

Premières années de fac, plongée goulue. Découvrir Dostoïevski, Les Frères Karamazov puis Crime et Châtiment. Beaucoup à dépêtrer avec violence, idéal, culpabilité et religion. Et surtout peut-être première approche de la polyphonie. Même époque, Ponge, Le Parti pris des choses. Le réel à portée de main, et un outil d’écriture fabuleux, pas mal fréquenté du temps des livres rares : le dictionnaire !

Découverte aussi de Céline, en commençant par Voyage au bout de la nuit. Puis enchaîner jusqu’à Rigodon. La langue, le rythme, mais certainement aussi la salissure, ce goût de vomir le monde et son chaos, ses douleurs… Embarqué pour pas mal d’années, puisque DEA puis thèse de troisième cycle. Jusqu’à une forme de dégoût, tout au moins de malaise (vis-à-vis de qui ?).

Comment être alors passé d’un travail sur Le Rivage des Syrtes et Un Balcon en forêt de Julien Gracq à Céline ? De la contemplation du monde à sa condamnation. Années d’apprentissage, de soi autant que des livres. Travaillé sur les lumières chez l’un, le Sens chez l’autre…

Même époque à peu près, un bouquin qui taraude : Molloy de Beckett. Puis L’Innomable. Se taire et s’allonger là.

En parallèle, Balzac qu’on ingurgite. Retrouvé là plaisir de la lecture d’enfance.

Côté apprentissage, plus tard, quand lentement s’autoriser à donner forme, Claude Simon,

La Route

des Flandres. Savant mixage et musicalité d’ensemble. Et d’autres, là, sur l’étagère derrière l’épaule. Qui accompagnent et font bosser.

rien de plus ordinaire

rien de plus ordinaire oui de nombreux comme passé sans plus mais l’avoir revendiqué hissé bannière du non et s’être embrouillaminé d’invectives vaines avoir pris à bras le corps les fantômes et s’être effondré dans la danse rien de plus ordinaire le savoir oui lentement l’admettre on et seulement on on tout autant que je que le on m’apaise et que ma voix prenne forme chanter encore dehors dedans mais toujours plus que ces bribes déchirures qui se heurtent au silence rien de plus ordinaire ne plus déverser

personne ne l’attendait plus

Cette dernière image tout à coup vint le saisir par la nuque et l’assiégea si brusquement, si intimement, qu’il s’en sentit étourdi ; si proche à cette heure, elle l’éloignait de lui : qu’elle ne fût pas là maintenant, tout de suite, c’était comme l’élancement aigu, désespéré, du souvenir d’une morte, comme s’il n’allait plus jamais la revoir. Il regarda autour de lui et ne vit plus un moment qu’une planète éteinte, où toute promesse était condamnée : les roseaux jaunes, les fossés, la route vide, le ciel qui commençait à se recouvrir. Il lui sembla tout à coup que personne ne l’attendait plus.

Julien Gracq,

La Presqu

’île

papy et mamie ils habitent en Amérique

tenir le pas gagné jusque dans les jours blêmes aller puiser la force admettre ce qu’ils possèdent de rage contrainte les mots ravalés ne le sont pas pour long temps simples bulles ou parenthèses apprendre le fil des jours celui des phrases ne rien dire ne rien faire et contempler débusquer chercher l’angle c’est autour qu’on se parcoure dans l’hier et l’alentour trop de gueuserie amassée pour se croire centre enfant des périphéries des champs mités d’usines des nationales grosses de rond points menton sur le poing fenêtre chambre des zébras les bulldozers fanions plastique et voitures d’occasion leurs carcasses en lignes entrecroisées longues files alenties des mois vacances les apercevoir de dessous les volets à l’italienne dos rond d’ennui les vapeurs d’essence de la station tuyaux métal sortis du sol respiration des cuves le blanc du camion citerne les lettres rouges et la clé pour fixer les tuyaux du camion dégueulis pétrole le chauffeur en uniforme le temps pris pour les œufs un coup de blanc un café couper la tournée aujourd’hui au miroir de l’armoire les lumières des marchands sportswear matériel de bureau un bison plastique planté sur une pelouse papy et mamie ils habitent en Amérique plus même le cèdre énorme lui seul pour accueillir le soleil au matin bricolage tôles vertes et blanches jardinerie le clown plastique du mac do pas lui qui l’a bouffé mon coin d’avant pas cette force grignoté seulement miette à bout doucement l’étau qu’on serre huilé d’un doigt venu de là et résister à ça venu de là se construire mot à mot ne plus croire qu’à démolir être un peu plus debout

quoi que

combien de mots

combien de mots resteront enfouis combien d’autres juste bons pour la mise en ombre des silences

J’ai répété comme évidence, pissant dans l’herbe : « Ah ça on pisse moins loin… on vieillit !...»

selva oscura l’attirante et l’enfouie

si peu sûr dans cette ville si souvent s‘y presque perdre il y a peu des travaux sur les quais fidèle au fleuve l’axe perdu ne plus savoir où dessus dessous plaques de béton de nouveau tenter les quais qu’un peu plus loin peut-être

descendre la rue sienne presque dix ans les volets gris combien de fois de ses mains les avoir poussés refermés sur la nuit l’admettre morte puisqu’elle aussi ses volets clos la vieille du dessus la proprio corps malingre corps voûté sa veste bleue et son caddy dans le couloir au pied de ses escaliers les poireaux qui dépassent sa silhouette dans la cour sans un regard échangé quand glisser un sac dans la poubelle

descendre vers

la Loire

toujours ces travaux que jamais cette ville ne soit devenue sienne y vivre depuis presque vingt ans y glisser sans traces repères dissous aussitôt oubliés si ce n’est le fleuve

qu’une nuit assis sur les pavés seuls le cri des oiseaux l’eau qui coule et la lumière des lampadaires sur l’autre rive ne rien lui dire pas cette fois simplement l’abandon nullement souffrir du silence deux dans la nuit l’alcool ne délie rien le vide délite

remonter jusqu’à ces volets gris et dormir lourd seul ne parvenir à s’inscrire dans l’espace engoncé d’errance nulle part et partout s’heurter au labyrinthe ses cloisons renouvelées

alors immobile prendre posture n’être plus qu’un regard effacer l’isolement voir au travers sans percer les mystères et lentement s’immiscer du côté des ombres

quitter la rocade feu rouge rond-point une bribe de zone industrielle passer le pont dessus la voie rapide un rond-point descendre encore maisons béton jardinets clos thuyas murets caravane un bateau portière claquée retour en maison vide

les clés sur le meuble de l’entrée scotchés sur la porte bouts de papier pense-bêtes ne pas oublier de jeudi piscine Stéphanie lundi 15 son écriture une bière peut-être un disque une bière l’écouter au fauteuil ouvrir la porte-fenêtre et

ne pas trop savoir quoi doigt qui glisse au long des pochettes carton un CD peut-être quoi d’autre sinon combler le silence s’assurer la bande-son d’un moment muet assis au fauteuil quelques lampées les mots en vrac pensées d’absence plaie qu’on caresse Hound Dog Taylor choix judicieux

deux guitares une batterie she’s gone doigts effilés son galurin sur la tête saturation son lourd et slide quelques mots suffisent the woman I love les répéter riffs les mots riffs aux cordes un motif de batterie de rares roulements I ain’t gonna be here long l’accompagner du pied du doigt à la cannette she don’t love me no more chanter avec chanter par bribes

une matière noire non tant de peau qu’autre et radicale selva oscura l’attirante et l’enfouie matière noire matière nuit s’y enfoncer traverser peut-être au moins la parcourir certitude que là le territoire où fouiller fouailler fouler le sol de la matière noire au-delà qu’on porte en soi s’y parcourir matière intime qu’on y devine