Partir… revenir… le Rhône est gros… le Rhône est gris… pris au flux sur l’autoroute… milliers qui vont… journée rouge… jours blancs… jours noirs… fatigue… au creux le rien… que tout bascule… s’arrête… trouble in mind… I’m blue… chanson vieille… romance en tête… partir sans guitare… quelques cassettes… feuillets noircis… bribes au carnet… partir pour quoi… grisaille… familles en tablées… préserver les gosses… sud mythique… chauffer la couenne… soleil et ciel étoiles… clichés qu’on peut… rouler… rouler encore… journée vide… du brouillard à la nuit… faire la queue pour pisser… café crado… peuple des thermos… halluciné… village aux guirlandes… l’église… tout près le gîte… sur la place… bistrots… coiffeur… dernières feuilles aux platanes… venu chercher quoi… d’autres lignes derrière les vitres… le son des cloches… anonyme et loin… solstice braillard tant bien que mal évacué… même si demain… d’autres kilomètres… retour au noyau… générations mêlées… pantomime au bolduc… ventre lourd et tête vide… rêve de table rase… cogner dans ces monceaux… objets qui s’entassent… foutre en l’air… majeur tendu… l’an dernier ainsi… imbibé fort… ridicule… énervé et las… piégé au rituel… envie de casser… briser là…
Coups brefs à la vitre… poignée PVC… porte blanche franchie… refermée… lui de dos… courbé à la table… bras au journal… main sur la nuque… ronflant bref… mon père ainsi avant l’usine… repos express le café bu… journal et toile cirée… s’approcher… silhouettes à l’écran… voix au silence… sur le canapé, yeux clos sous les lunettes… bras croisés… visage tourné vers la télé… ne rien dire… plus tard… revenir tout à l’heure… lentement la poignée… s’imaginer cambriole… pensée fugace… pensée d’une journée floue… où les pas mous sur le sol… phrases béantes… digressions fastes… pensée flasque… fébrile comme au matin… roulant dans l’obscurité… vélo turbin… ce bruit derrière… glisse et s’approche… dansote hésitante… voiture tournis… un peu plus et… qu’elle glisse encore et cogne…
Livre froid que le sien… corps jeté… corps broyé… corps des rails… l’acier froid qu’on découpe… toxicos effondrés… raconte… explique… diaporama sur l’écran… pompes originelles… putes et moines au feu… baquets d’eau… sultan foudroyé… sonnerie au mort… clique… mais ne dit rien de lui aujourd’hui… s’ancre au présent… fier sous l’uniforme… ne dira rien d’avant… présentations révolues… premières rencontres accomplies… temps où se parler… enfance délivrée…
Maison vide… abandonnée… herbe haute… ronces et lierre… porte d’entrée masquée… seule une porte fenêtre… volet brisé… plastique blanc dégondé… ouverte sur la pénombre… maison des sorcières… maison du fantôme… proche de l’école… peurs de gosses… l’autre jour un duvet aperçu… voisin discret… l’un des errants… black au sac plastique… petite barbiche et lunettes… croisé souvent sur le pont… regarde en bas les voitures… quatre voies qu’on encombre… ou l’autre… cheveux mi longs… sac de sport à l’épaule… marchant lent… yeux perdus… une perpétuelle défonce … qu’importe… maison vide… abandonnée… comme la nôtre… certitude d’Etienne… quand nous quatre morts… lieu vacant… espace livré au temps… dans longtemps…
Ce matin… assis à la table… lire ces copies… puisque promises… yeux levés… pause minime… tous deux au champ… avançant lents au trottoir… vieux et quotidiens… chaque jour ainsi… plus tôt l’été… quand les premiers rayons l’hiver… baignés de lumière… voûté sur sa canne… long pardessus et chapeau… foulard au crâne… si maigre lui tient le bras… le protège lui plus grand… marcher… il faut bien… encore un peu… plutôt que demeurer… au-delà du muret… des volets marrons… enfermés dans l’attente… temps qui passe encore… s’égrène lent… filtre saturé… encrassé… viscosité du temps… plus guère rugueux… promenade du matin… demi carcérale… identique et lente… silencieuse… jamais un mot… jamais un sourire… ils sont loin… depuis longtemps peut-être… dignes et tristes… morts… ça va ça va! Avec c’beau temps… elle aussi chaque jour… imperméable et foulard rouge sur la tête… appuyant aux pédales… qu’il pleuve qu’il vente… cageot retenu aux tendeurs… parle fort… passe et salue… voisin au chien en laisse… vieux aussi… mais d’autres mains… mains creusées avant la décharne… mains en terre… mains qui taraudent… dignes et vives… mains que l’on serre… mains qui saluent… tendues… les regarder ce soir… prendre le temps… et quelques notes… grand défilé annuel… parents entrevus… mains corps et visages… quelques mots… vies qui passent…
Tant de signes alentour… sous la voie rapide… passage béton… si souvent repeint… et chaque fois recouvert… un peu d’shit / un peu d’beu/ il en faut peu / pour être heureux… sous la couche grise désormais… propre et lisse… surface où s’inscrire… rengaine de peu… variantes sans horizon… suce ma bite 45 ou j‘habite... sus ma bite 45... graffitis englués… mais si proche… énigme au mur… quelques mots… formule où s’abîmer… laisser porter… poutre de Bamako… bribe oubliée… posée là… pour quelle suite… quelle ouverture… quel passage ici s’y niche...
Doigts crispés… deux crochets raides… odeur de viande au feu… boursouflures blanches… fugace s’imaginer cadavre… si ce n’était la douleur… tremble aux tendons… chair péremptée… mais si vite se reconstruit!… souple et prête… encore un tour… cycle manège… baumes et bières… tremblote absente… phalanges enduites… blessures pensées… tourne encore… merry go round… accrochés à la barre… canasson qui gigote… leurs doigts pressant l’inox… d’une main faisant coucou… gosses qui passent… tournent et surgissent… sono synthé… trop de basses… flashes… descendre et pleurer… traîner des pieds… doigts enserrés… main qui presse… tire et entraîne… gant qui glisse… la musique continue… cogne et vibre… laine du gant sous le nez… douce ou rêche… s’essuyer au manteau… marcher au crépuscule…