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28/03/2007 Bis

tant pourtant l’ont dit

(…) réfugiez-vous, loin des motifs généraux, auprès de ceux que vous offre votre propre quotidien ; peignez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugitives et la foi ardente en quelque beauté – peignez tout cela avec une ardente, silencieuse, humble sincérité, et servez-vous, pour vous exprimer, des choses qui vous entourent, des images de vos rêves et des objets de votre souvenir. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas ; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n’êtes pas assez poète pour en évoquer les richesses ; car pour celui qui crée, il n’y a pas de lieu pauvre, indifférent. Et quand vous seriez vous-même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir jusqu’à vos sens aucun des bruits du monde, -- n’auriez-vous pas encore votre enfance, cette richesse précieuse, royale, cette chambre forte des souvenirs ? C’est vers elle qu’il faut tourner votre attention. Essayez de faire remonter les sensations enfouies de ce vaste passé (…) Vous ne tenterez pas non plus d’intéresser des revues à ces travaux – car vous verrez en eux une propriété naturelle et qui vous est chère, une part et une voix de votre vie. Une œuvre d’art est bonne quand elle est issue de la nécessité. Elle est jugée par la nature de son origine, et par rien d’autre.

Rilke, Lettres à un jeune poète

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