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30/04/07

dimanche enfin nous aurons un père

De ton fauteuil, tu gouvernais le monde. Ton opinion était juste, toute autre était folle, extravagante, meschugge, anormale. Et avec cela, ta confiance en toi-même était si grande que tu n’avais pas besoin de rester conséquent pour continuer à avoir raison. Il pouvait arriver aussi que tu n’eusses pas d’opinion du tout, et il s’ensuivait nécessairement que toutes les opinions possibles en l’occurrence étaient fausses, sans exception. Tu étais capable, par exemple, de pester contre les Tchèques, puis contre les Allemands, puis contre les Juifs? Et ceci non seulement à propos de points de détail, mais à propos de tout, et, pour finir, il ne restait plus rien en dehors de toi. Tu pris à mes yeux ce caractère énigmatique qu’ont les tyrans dont le droit ne se fonde pas sur la réflexion, mais sur leur propre personne. C’est du moins ce qu’il me semblait.

Kafka, Lettre au père

27/04/2007

destruction automatique (exercice biographique)

des ogres plein la tête… peur de tout meurt de rien… si longue attente… nulle agonie… usé mais vivant… osé si peu…

cadenassé… lessivé…. humble maladif… girouette emmitouflée… lente ou immobile…

vite chanter l’uppercut… braver la foule…

absolu dénuement

au nœud de l’absence s’enrouler vif

21/04/2007

Aller

l’espace vert parfois ne dit rien… dans la voiture surchauffée auprès les gosses qui jouent au foot toute cette pelouse… s’étendre au soleil, nonchalants l’abandon… mais non, le soleil sur le pare-brise la fenêtre ouverte le coude sur la portière fumer une cigarette chemise ouverte cette brise sur la poitrine reflets d’or de la gourmette avec lui parler un peu musique en sourdine seules les basses et regarder le cycliste mouvements réguliers t-shirt qui s’agite son ombre mouvante au bitume parler là tous deux et attendre

Retour

demeurés là stationnés au no man’s land du lotissement: garer sa voiture en descendre entrer sonner… eux non, attendaient qu’elle enfin, au hasard ou d’un coup de fil… leur parler le dos rond penchée sur la portière ce qu’on imagine que décolletée l’échancrure penchée là le blanc des reins cette peau tendue cette peau si blanche d’un corps maigre leur parler et tourner la tête au cycliste cheveux au vent son ombre mouvante glisse cette fois dans la descente nul effort emporté ce bruit cliquetis rond la roue libre roulements aux moyeux né de quel mystère ce bruit familier son épaule et tête qui tourne une paire de lunettes des cheveux blonds et ces deux lèvres sans expression cet entre lèvres sans aucun mot… but plastique sur l’épaule les gosses autour un homme qui marche marmaille en grappe filet s’agite au pas puis l’autre des gosses sont nés un 21 avril

20/04/2007

oui, les journées blanches existent l’envie de rien tourner en rond traîner sa misère l’envie d’un poing tout et rien jamais plus de cinq minutes idées en vrille à faire à faire s’y mettre tellement plus simple délivrer plutôt que gros souffrir encore anxieux d’une ombre

non, croire à leurs mots n’est plus possible toutes ces poses du clinquant qui calenche regretter soudain d’avoir à perdre l’émeute aux lèvres mains dans les poches classe onéreuse inoffensive avoir appris la peur de la mort le dégoût du sang heureux d’un air désabusé anesthésié ricaner des drapeaux et baver du passé

non, nulle permanence bourgeoise ou paysanne mais l’engluement du disparate soumis plus qu’au changement à la destruction prochaine et programmée

oui, enfin dire le cerisier en fleurs les branches touffues du blanc l’aérien qui s’impose et s’obstine

non, ne pas l’admettre tout est dit les dés jetés qu’on n’y peut rien que c’est ainsi bien s’y résoudre s’y résigner et s’y dissoudre s’y oublier se dire que le tragique est ailleurs loin du destin qui nous échappe derrière l’écran toujours plus loin de feu de flammes et non ce silence de l’abandon

oui, s’agenouiller se pencher encore doigts au sillon du pouce et l’index nulle rotation mais ce frottement d’envol et chute avancer encore sans trop perdre le fil et revenir en arrière pour plus de sûreté

non, nul vertige nez au sol soi le ciel ce peu répété accroupi sur une planche

oui, s’inscrire cyclique

non, nulle quête d’une consistance

oui, une porte peut s’ouvrir quand la fleur du pommier la regarder encore oser l’abandon qu’enfin abstraite la durée

non, 42 secondes ne peuvent suffire devant un tableau

oui, basculer perdre pied sentir son poids se sentir là se sentir vivre mais chu se réveiller l’épaule en vrac l’arcade qui saigne et cette botte sur le ventre

non, l’apologue est inutile mais dire les mots notre faiblesse est peur du ridicule

oui, dire que kitsch est bâillonner sans condamner

non, la fin des illusions n’est pas la fin des utopies

oui, se remettre debout sans attendre la chute renier cet esthétisme du pire

non, les contours ne sont pas flous seules les consciences

oui, l’art divinatoire se nourrit de catastrophes

non, les mots ne sont rien embastillés au solipsisme

oui, écrire encore

non, la mort ne suffit pas pour comprendre ni même pour fuir

15/04/2007

reverse

A. torse nu la bêche en main… se parler de loin, le temps pour lui d’une cigarette… ces mots côté cœur… vouloir s’approcher lire ce que l’encre sous sa peau mais… pleins et déliés entr‘aperçus… lentement et longtemps bêche encore… lentement longtemps, puis cueillir ces fleurs une à une, accroupi les choisir et couper trancher net…

B. bras raides le long du corps les mains dans ses manches un pull gris secoué de frissons regarde ailleurs cheveux longs barbe grise teint pâle les yeux fixes ne veut les voir ne peut les deux flics et leur voiture gyrophare et cette fille blonde dans l’entrée ses sacs plastiques aux pieds son blouson de skaï rouge ses bottines les bras ballants l’œil aux deux flics appellent le poste tout ce soleil sur la pare-brise

(encore du temps superposé des espaces proches ou la vie autour comme une carte à jouer dissymétrique)

13/04/2007

oui, basculer perdre pied sentir son poids se sentir là se sentir vivre mais chu se réveiller l’épaule en vrac l’arcade qui saigne et cette botte sur le ventre

non, l’apologue est inutile mais dire les mots notre faiblesse est peur du ridicule

oui, dire que kitsch est bâillonner sans condamner

non, la fin des illusions n’est pas la fin des utopies

oui, se remettre debout sans attendre la chute renier cet esthétisme du pire

non, les contours ne sont pas flous seules les consciences

oui, l’art divinatoire se nourrit de catastrophes

non, les mots ne sont rien embastillés au solipsisme

12 bis

Nounou savait: cette épaule qui pied levé bascule vers l’avant, ce regard trop long s’approcher trop près tête en avant s’y coller presque pour parler s’écarter d’un pas arrière… elle savait son histoire, la sienne aussi avant… elle savait: lui revenu quelques jours à peine déjà tout recommençait… comment elle boitait parce qu’encore… qu’elle n’aurait pas dû l’reprendre… le lui avait dit elle en pleurs au canapé la télé qui défile télétoons pour les gosses se raconter et moi qui passe chercher les gosses à demain… elle savait dans la cour de l’école lui venu pour sa gamine et la gamine qui s’éloigne rester avec elle goûter chez Nounou… non implorer mais s’en aller de facto trouver la tangente ne pas demeurer pas avec lui loin avec Nounou rester tranquille… mais lui la tient mais lui la tire manche au rose délavé l’emmener avec lui rentrer à la maison où lui seulement son pack sans doute non l’haleine à vinasse pisse de cheval une à une 4°5 encore encore la télé peut-être pendant qu’elle au call-center… elle savait: s’était éloignée dans la cour, silencieuse l’œil aux gosses en grappe autour… m’avait raconté qu’elle aussi… devant son portail pvc blanc… qu’elle aurait voulu lui souhaiter du mal encore quand il l’appelait… si longtemps pourtant mais rien n’y fait… qu’il cognait rentré bourré qu’elle n’avait pourtant jamais souhaité de mal à personne mais que là bon qu’il y a pas pire qu’un homme qui boit

du Zola diraient mes collègues, du temps superposé leur répondre, des moments sales des instants graves des dérives muettes, non pittoresque ni pitié mais subir le réel dans son enfoncement son aptitude au détruire, regarder muet et ne rien faire mais quoi sinon soi aussi détruire, dénouer tirer le fil que tout s’effondre

passer survivre et dire

Nounou écoute Nounou conseille Nounou abrite Nounou nourrit Nounou sait

12/04/2007

grue

grue enclose, l’échafaudage qu’on démonte… peut-être ça aussi le temps qui passe: superposés et parallèles des mondes s’ignorent et vaquent… mise en ordre effondrements passer promeneur au ventre vide tous ces mots déversés depuis quatre heures l’autoportrait dans la glace et Dom Juan qui meurt Ah! le bruit des bottes dans les couloirs bruit retrouvé cliquetis aux marches se sentir son… regard inquiet tête retournée, trois quart, amplifié sous le pont ligne chemin de fer petit vieux sac plastique… bruit de bottes depuis trois semaines ce talon demi arraché chaussures hs pas un regard à la béance mais bruit de bottes si peu suffit à la présence… ce type au casque oreillette du portable sur la joue regarder l’homme noir démonter… caissier obèse casquette américaine comptoir déballé en action désormais sous son nez la boîte rouge des pizzas… drapeau bleu Domino’s flotte au trottoir the pizza’s delivery specialist photos de mariage photos de baptême location du matériel de maintien à domicile: parlons-en maisons appartements quartier calme proximité commerces attendre assise le regard au hublot ce linge qui tourne et rêver peut-être… 1 Loburg plat jour kfé… cet homme à l’oreille bandée la clinique au-dessus celle où sont nés mes gosses avoir mangé un jambon beurre là au comptoir un demi un café anxieux d’un premier môme ces heures passées en salle d’attente bunker sans fenêtre le défilement de la télé les avoir vu s’agiter ce chariot qu’on amène vite cette main serrée yeux dans les miens soyez tranquille tout ira bien masque à oxygène le sang au drap avoir mangé là ce type auprès à l’apéro son divorce la baraque qu’il retape cette logorrhée d’idéal immobilier l’épanouissement l’éclate et tout ce creux tandis qu’en tête… un autre patron alors…

grue enclose ces murs qui montent des portes au labyrinthe… quand la démonter la déplacer

11/04/2007

1. demain la grue… aiguille au cadran paysage… de la grue l’angle né… langue morte dire la tendresse des filins les câbles sans élan… qu’émergent enfin ces piliers alignés colonnes oubliées dès demain…

2. oui, s’agenouiller se pencher encore doigts au sillon du pouce et l’index nulle rotation mais ce frottement d’envol et chute avancer encore sans trop perdre le fil et revenir en arrière pour plus de sûreté

non, nul vertige nez au sol soi le ciel ce peu répété accroupi sur une planche

oui, s’inscrire cyclique

non, nulle quête d’une consistance

oui, une porte peut s’ouvrir quand la fleur du pommier la regarder encore oser l’abandon qu’enfin abstraite la durée

non, 42 secondes ne peuvent suffire devant un tableau

10/04/2007

Alfonso Fanjul

sur fond de nuit elle collée à lui souriant les dents blanches si propres si nets la pupille rétrécie lors d’une fête dit la légende elle sans même un nom entourant ses deux mains sur l’épaule un peu de ses cheveux sur la chemise blanche du bout des doigts la chute des reins tempe à tempe sinon joue contre joue l’homme aux esclaves et canne à sucre la même nuit d’autres souffrances salopard bien sûr carnassier la fortune le mépris et ce goût d’un monde ancien fantôme à sa façon un de ces fantômes maîtres du monde mais dans sa main ces longues phalanges entre deux tenue cette feuille pliée blanche comme la chemise et dessus mais si obscures et mystérieuses ces lignes de chiffres

(Courrier International 857, p39)