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31/05/2007

la grue s’élève immobile dans l ‘embellie la grue s’élève pas un casque au chantier le grillage et derrière le silence les filets sous la charpente mâchoires d’acier vides de béton toujours ce jaune en dominante jaunes mais ne savoir que dire des nuances qu’une photo peut-être support au travail seulement dire que des jaunes cette grue là sans que rien n’y suspende se dire que le temps suspens l’intempérie impéritie n’avoir jamais trop su ce que ce mot qu’importe l’échafaudage toujours marcher vers marcher le long cette paire de lunettes qui clignotent prise à l’entrelacs un madrier dessous son bois nu cercles de couleurs clignotent et croire qu’ils s’enroulent tout près du chantier avant l’échafaudage ces maisonnettes symétriques leurs deux jardins les herbes folles proscrire le terme fleurs qui se sèment vie perpétuelle désordre calme déjeuner là se dire insensible aux mini drames du comptoir délitement d’un vieux beau buveuses de kir ou mousseux leurs fictions si lointaines

29/05/2007

oui un balbutiement non ni quinquet ni néon seulement là s’abolir d’un verre encore déliter les défaites défaites accumulées défaites intimes là rester coi n’attendre rien encore encore la nuit n’est qu’attente et toi sur ce coffre la cour derrière toi la lumière du matin seule et unique dans ce lieu où rien ne retient sinon d’y revenir lieu d’un loyer y demeurer et peu à peu s’y perdre s’y emmurer toi sur ce coffre la fenêtre et la cour les roses absentes seuls les pavés d’hiver l’acier où le rosier l’été ta silhouette et tes mots oui libres encore se dire qu’enfin oui quelques mots et debout

27/05/2007

l’étendre au réalisme en littérature, le méditer en ces temps de politique sondagière et déterminisme économique

Existe-t-il, au fond, une société qui livre d’elle-même d’autres formes que celles d’un rêve, le rêve propre des hommes qui la constituent, le rêve singulier de l’homme qui l’observe ? Ce que nous apercevons se modifiant au fil du temps, est-ce vraiment le corps social, ou bien l’idée qu’il se fait de lui-même, l’idée que nous nous en faisons ? (…) Mais quand donc les informateurs renseignent-ils sur ce qu’ils sont vraiment, sur ce que sont les autres, et non pas sur ce qu’ils voudraient qu’ils soient, ou qu’ils ne soient pas ? Il est évidemment plus rassurant d’interroger des mercuriales, de calculer des coûts, d’évaluer le poids d’une fiscalité. Je me demande si le recours aux déterminations par l’économique n’est pas un peu comme une esquive devant les désappointements que l’on risque en s’aventurant dans l’analyse des expressions symboliques d’une configuration sociale, si ce que l’historien parvient à connaître immédiatement des structures matérielles d’une société, en fouillant le sol, par exemple, ou les débarras, en recueillant des vestiges de parure, d’ustensiles ou de pollens – et qui, le fait est remarquable, diffère si souvent de ce que lui apprennent les documents écrits – ne remplit pas une fonction sécurisante, un peu comme ces papiers collés par quoi, vers 1911, l’imaginaire des cubistes cherchait à s’ancrer dans le réel.

G. Duby, « Le mental et le fonctionnement des sciences humaines », L’ARC N° 72

24/05/2007 Bis

rien sinon cette odeur de Gauloises sur le palier seul indice d’un retour d’approcher le chez soi et ces clés dans la poche mais si bien là parmi la monnaie ce billet plié ces clés un verrou une serrure nécessaire adéquation ne pas s’être trompé d’étage cette porte bleue quelques années déjà identiques ces portes commandes de l’Etat ces couloirs identiques le même carrelage les mêmes peintures aux murs et ce même téléphone collectif au milieu du couloir sa chambre là du côté droit résidence universitaire s’être trompé d’étage essayer cette clé introduite le tour se refuse essayer encore sortir introduire et ces quelques chiffres un carré noir sur la porte bleue non au dessus s’être trompé parce que les bières et ces heures de lecture prendre des notes les entasser tous ces bouquins bibliographies infinies et ces réserves immenses bibliothèques danaïdes s’y perdre s’y noyer trouver là l’abandon quelques années rentrer chez soi quelques mètres carrés en supplément maintenant qu’une fiche de paye après ces bourses habiter là y vivre y dormir de là se rendre au travail revenir corriger des copies faire des courses le supermarché là-bas cette zone commerciale sur chaque bord de nationale N20 qui jusqu’au Châtelet ou plein sud habiter là y avoir déménagé amener quelques meubles un peu de vaisselle usagée acheté un matelas des étagères d’agglo y entasser quelques livres de poche serrer les disques vynils en bas lester l’étagère acheter une platine CD un ampli Marshall faire la cuisine sur deux plaques électriques quelques canettes au frigo des grands parents maintenant que morts leurs assiettes idem se perpétuent que d’un objet leurs ombres s’allongent Bushmill au placard sous l’évier manger là face au mur cette table de pin s’asseoir sur cette chaise et mâcher seul se remémorer ceux avec qui quelques paroles si peu parfois ces jours sans travail mais la radio leurs voix entre ces murs l’espace habité enfin l’air qui résonne et tout savoir du monde écouter même la météo marine cela vaut bien d’aller se laver les mains trois fois tellement l’ennui d’une soirée voix claire sa précision sensuelle deux lèvres au souffle long souffle où la chair des mots litanie qu’on enrobe Fischer Viking et Ouessant avis de grand frais pour les secteurs non pas l’imaginer son corps derrière une table un micro elle se penche une main à plat l’autre tient la feuille la tenir de deux doigts feuille soulevée non pas l’imaginer mais s’abandonner au texte lu cet ordre figé si peu de sens mais l’écouter encore s’y apaiser s’abandonner à sa présence cette voix familière celle des quais de gare ainsi suave et rassurante pas une syllabe ne manque l’entendre et aller lavé du doute quai numéro deux veuillez emprunter le passage souterrain pour les passagers manger là fenêtre entrouverte la buée sur la vitre buée des nouilles buée patates frugal manger vite entre guitare et lecture atténuer cette ivresse douce ivresse latente s’être attardé encore un verre et puis un autre manger se rétablir et lire ensuite seul et ces murs à moins qu’au cinéma là-bas en ville prendre la voiture ce week-end peut-être travailler demain lire un peu vidéos Internet flux des images pour l’ivresse douce vieillerie US agitation doux rockers déjantés frénésie punk retrouvée à l’écran ce monde figé collectors entassés inlassable se baigner au passé manger face au mur nu demain à la cantine face à face mastiquer parler peu l’inévitable antienne dire des élèves et leurs parents ces quelques cas mots de peu mots filets s’en dépêtrer penser encore penser mentir à soi aussi des balivernes qu’un jour bientôt nécessité absolue qu’un autre boulot une autre voie en attendant laïus facile fantasme économique les pieds ici les yeux ailleurs et ne pas voir grand-chose autour sinon la fuite se convaincre d’errance l’impression du mouvement son illusion manger là des jingles qui défilent cette voix qu’on pose arrière plan musical ce soir l’invité encore et encore des discours bout à bout disparate n’attendre rien nullement choisir écouter oublier intérêt passager demain peut-être en parler dans la salle des profs pouvoir rebondir communauté d’auditeurs partage d’un souvenir ces mots des autres tant bien que mal les redire trouver à redire commenter soi l’entre glose éternelle penser peu de bribe en bouts sans but ne rien atteindre amis effleurer rassuré qu’un autre à la même heure une autre postés là dans l’écoute habités de quelques phrases phrasé provisoire emplis vague nourriture ne convient guère nul aliment mis à part converser ensemble déverser se vider de s’animer encore solitudes en miroir de faciles diversions demain oui travailler quelques copies corriger autorité couperet qui tombe terminer ce paquet sur l’étagère voir le tas diminuer se montrer juste simple corvée travail à la chaîne lassé là aussi ces mêmes phrases s’en vouloir n’avoir su reproduction sociale la confirmer la rendre ferme soi même pourtant éviter l’usine se retrouver là prolétaire du savoir autre temps autres jobs tous ces livres laissés derrière soi bibliothèque universitaire ces phrases absconses jargon creux s’enivrer qu’un monde s’ouvre enfin recopier feuilles entassées citations listes des titres à lire laisser derrière soi chambre adolescente chez eux là-bas en faire quoi aujourd’hui demain démarrer la voiture descendre au parking la porte en fer local aux poubelles le concierge là sa patte folle cette place numérotée trois lignes blanches au bitume les rosiers un arbuste une cassette pour la route

24/05/2007

charpente piliers béton étais d’acier échafaudages lignes horizontales le jaune des madriers verticale et comme prise à l’enceinte le jaune métal de la grue corps prisonnier s’élève enclose simple illusion l’odeur du sapin soleil qui chauffe le labyrinthe meurt d’un toit qui s’annonce

22/05/2007

Mais l’ai-je vraiment vu ou cru le voir ou tout simplement imaginé après coup ou encore rêvé, peut-être dormais-je n’avais-je jamais cessé de dormir les yeux grands ouverts en plein jour bercé par le martèlement monotone des sabots des cinq chevaux piétinant leurs ombres ne marchant pas exactement à la même cadence de sorte que c’était comme un crépitement alternant se rattrapant se superposant se confondant par moments comme s’il n’y avait plus qu’un seul cheval, puis se dissociant de nouveau se désagrégeant recommençant semblait-il à se courir après et cela ainsi de suite, la guerre pour ainsi dire étale pour ainsi dire paisible autour de nous, le canon sporadique frappant dans les vergers déserts avec un bruit sourd monumental et creux comme une porte en train de battre agitée par le vent dans une maison vide, le paysage tout entier inhabité vide sous le ciel immobile, le monde arrêté figé s’effritant se dépiautant s’écroulant peu à peu par morceaux comme une bâtisse abandonnée, inutilisable, livrée à l’incohérent, nonchalant, impersonnel et destructeur travail du temps.

C. Simon, La Route des Flandres

21/05/2007

plus que je ne l’agis ce monde m’agite…

1. phrase du demi sommeil suivie d’une image: passager du quai, heureux quand la foule passe, va et vient autour, et si désemparé quand seul, l’agitation terminée, trains repartis voyageurs égaillés, quand rien sinon les rails, lointains wagons de marchandise citernes rouille, pas perdus mains aux poches confiseries derrière la vitre fente où la pièce journal abandonné au sac poubelle… pas même cette voix des annonces

plus que je ne l’agis ce monde m’agite…

2. gare de Cleveland dans l’attente d’un train de nuit : retour vers New York… cette femme qui d’heure en heure, sur la pointe des pieds cou tendu au guichet, achetant son billet revenant l’échanger, rembourser, tournant virant dans la salle d’attente remontant jusqu’au parking redescendant vers le quai, puis le guichet l‘hygiaphone, billet tendu, échangé, et ce même parcours indéfiniment ce rite qui clôt l’instant, cette longue agonie du possible

plus que je ne l’agis ce monde m’agite…

3. débarquer là les épaules voûtées d’un sac à dos : cette vraie vie qui m’attend, travailler… descendu trop tôt ne pas savoir Les Aubrais Orléans Les Aubrais Orléans dernier arrêt ce terminus si proche descendre sans comprendre demander au guichet prochaine navette dans plus d’une heure, attendre puisque l’espace se dérobe, une bière au buffet et longtemps sur le quai ces lignes parallèles tous ces poteaux ces fils cet espace quadrillé caténaires et graviers madriers leur bois fendu ces bâtiments cubiques peints de blanc et les escaliers de sortie, à pics de faïences souterrains vers la ville

plus que je ne l’agis ce monde m’agite…

4. se lever tôt ne rien savoir du lieu sinon que gare de Lyon : de ces déplacements impératifs aller parce qu’un tampon, une feuille signée en poche… affectation « Maison de Ailes » Echouboulains s’y présenter en uniforme scientifique du contingent, cette absence aux tableaux d’affichage destination inconnue nul arrêt sur quelle ligne, demander honteux là en uniforme vif sentiment du ridicule, ce bureau au mur un tableau lumineux réseau clignotis l’annuaire des stations et des gares et là pourtant écrit sur cette feuille ce nom le trouver sur une carte, au-delà RER village sans gare descendre à Montereau

plus que je ne l’agis ce monde m’agite…

5. ces longues descentes nocturnes au matin les cyprès : au pied des Alpilles courir sur la pierre blanche sentir le poids d’un chargeur… bidasses au train leurs cheveux déjà ras se savoir pris au piège les mâles sont là la bière les cris, immobile et muet y prendre part aux yeux des femmes qui passent au couloir et aux quais

plus que je ne l’agis ce monde m’agite…

6. dormir là sur ce banc : plexiglas de l’abri sur le quai une affiche… loin des errants leur litanie leurs pas perdus le hall parcouru isolés bien à l’abri derrière leurs tempêtes, frissonner dans la nuit du mois d’août, correspondance au matin se souvenir de Grenade

plus que je ne l’agis ce monde m’agite…

7. gare de Cholet où les seuls errants étaient des vieux… assis sur un banc le kiosque fermé devisant des horaires des locos incongrues, mégots dépecés fumer encore discuter de peu et rentrer à l’hôpital descendre à l’hospice d’un bar à l’autre quelques ballons, me souvenir encore de cette phrase notée alors perdue depuis ah ça il manque « mon capitaine » pour sûr qu’il manque

plus que je ne l’agis ce monde m’agite…

8. silhouette familière lui qui là sans nulle part où aller : maigre et pourtant court cette canne à chatterton veste et pantalon marron un t-shirt et toujours ces énormes lunettes de soleil sous la visière d’une casquette rouge… traînait là sans paroles nulle aumône allées venues du kiosque au buffet et là parler un peu le temps d’un verre

plus que je ne l’agis ce monde m’agite…

20/05/07

Balzac l’électronique 2

Quoique certaines répétitions soient inévitables dans une histoire aussi considérable et aussi chargée de détails que l’est une histoire complète de la société française au dix-neuvième siècle, il est inutile de peindre le taudis de madame Fontaine, déjà décrit dans les Comédiens sans le savoir.

Balzac, Le cousin Pons, chapitre 32

20/05/2007

hier la mort à voix haute

bords du Cher s’asseoir au banc d’après manger les gosses qui jouent grimpent et descendent échelles et cordes l’herbe verte cette surface synthétique pour rebonds indolores gamine aux cheveux longs blouson fermé jusqu’au menton descendre lente au toboggan se relever et encore droite et raide monter l’échelle descendre lente sa mère là-bas assise un rocher son téléphone à l’oreille sa vie répandue les siens pépère qu’il est tombé que le médecin ne voulait rien faire qu’elle l’a fait admettre à l’hôpital ça va pas fort j’l’avais jamais vu au plus mal comme ça ne s’alimente plus ne boit même pas il ouvre même plus les yeux pourtant mangé avec eux jeudi et puis tombé le soir j’ai pas pu l’ret’nir que veux-tu il est tombé comme ça d’un autre son frère sans doute qu’il n’a pas voulu parler à leur mère qu’elle n’y peut rien moi j’lui ai dit moi j’viens j’suis gentille j’m’occupe de c’qui faut faire et tout qu’elle aurait bien aimé le voir lui qui l’a appelée Cédric avant qu’elle parte que lui il faudrait bien quand même qu’il passe le permis là on est au bord du Cher on est v’nues s’changer les idées à une heure et demi dimanche repartir avec les gosses passer près d’elle monter les marches la vieille en contrebas poignée de pissenlits en main cheveux gris tirés en arrière quarante de fièvre qu’il avait hier soir oh bèh ça s’ra pas long sûrement qu’y vont l’garder là jusqu’à la fin

18/05/2007

toucher le fonds

parcouru quelques manuels ces derniers temps, arrivages quotidiens piles de neuf nouveau programme comme à chaque fois… grand retour du roman cette année au détriment du biographique, comme si l’un et l’autre en exclusion cadenasser encore un peu plus représentations brouillées ces cases où inscrire… Martin du Gard Princesse de Clèves Faux Monnayeurs si souvent Céline absent Proust entrevu et si difficile d’oser parler d’après 1950 !... Dostoïevski oublié Faulkner idem Woolf quoi Woolf ? Joyce ? mais Joyce allons !... si peu de changements aux catalogues des « classiques » pour scolaires… tant que le fond peut tourner à quoi bon s’empêcher d’éditer en rond ?