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28/06/2007

Le temps est passé du beau. L’humanité, quitte à y revenir, n’en a que faire pour le quart d’heure. Plus il ira, plus l’art sera scientifique, de même que la science deviendra artistique. Tous deux se rejoindront au sommet après s’être séparés à la base. Aucune pensée humaine ne peut prévoir, maintenant, à quels éblouissants soleils psychiques écloreront les œuvres de l’avenir. En attendant, nous sommes dans un corridor plein d’ombre, nous tâtonnons dans les ténèbres. Nous manquons de levier, la terre nous glisse sous les pieds. Le point d’appui nous fait défaut, à tous, littérateurs et écrivailleurs que nous sommes. À quoi ça sert-il? À quel besoin répond ce bavardage? De la foule, à nous, aucun lien. Tant pis pour la foule, tant pis pour nous, surtout.

Flaubert, Correspondance, à Louise Colet, 24 avril 1852

26/06/07

ils étaient deux derrière l’Écomarché le parking aux graviers flaques du bitume creusé raviné la haie de thuyas le pavillon d’à côté tôle blanche et bleue quelques voitures le réceptacle aux vêtements usagés container des bonnes oeuvres aux réceptacles étroits deux goulets noirs que d’autres pauvres n’aillent s’y glisser dérober deux leurs voitures portières ouvertes elle adossée à la portière arrière tête en arrière un peu seulement et lui devant s’accollant au corps ses deux mains aux épaules elle son regard en écrire quoi ce sourire aux lèvres rendez-vous furtif enfin l’avoir dit lui un peu plus grand se penche et s’approche sous ses moustaches lèvres tendues bedonnant sous la chemise pantalon bleu son portefeuille en poche arrière qui dépasse en dire quoi graveleux un mot qui passe et la certitude de ne rien savoir sinon tout cet espoir confondu à l’abandon deux yeux deux corps et deux mains qui vous aggrippent

21/06/2007

exercice autobiographique (à distance zéro ou presque)

cette insistance pour que je lise bien la seule fois en presque quarante ans qu’il m’ait mis sous les yeux quelques pages celles-ci sorties d’un tiroir sous les chemises colorées leurs élastiques dessus l’étiquette avec ses pleins et déliés les mêmes autrefois sur mes cahiers les manuels de l’école dessous tout au fond ses mains qui tremblent ne plus pouvoir extirper ces paperasses temps qui passe ce lent déclin des forces se réveiller le matin et croire encore que puis se souvenir de son âge papier déchiré couleur fanée pleins et déliés l’encre violette l’encre vieillotte papiers notaire simple histoire un bout de ferme quelques prés du second empire à nos jours au levans au midi selon l’usage local la récolte des foins lire et les voir défiler boucher du centre-ville officier de l’empire député cohorte balzacienne propriétaires d’une terre qu’ils n’ont jamais travaillée propriétaires d’un bien puis l’homme aux bacchantes l’arrière grand-père sa femme et son frère quatorze ans avant qu’il n’aille mourir au front cultivateurs et négociants en bestiaux avoir rangé ces papiers ne rien dire à ses mots foutre tout ça en l’air quel intérêt n’avoir même pas compris que les lui demander les emporter en faire trace

15/06/2007

emotional rescue

cette ville s‘y presque perdre des travaux sur les quais fidèle au fleuve ne plus savoir dessus dessous plaques de béton de nouveau tenter les quais qu’un peu plus loin peut-être ces volets gris combien de fois de ses mains les avoir poussés refermés sur la nuit l’admettre morte puisqu’elle aussi ses volets clos la vieille du dessus la proprio corps malingre corps voûté sa veste bleue et son caddy dans le couloir au pied de ses escaliers les poireaux qui dépassent sa silhouette dans la cour sans un regard échangé glisser un sac dans la poubelle descendre vers la Loire toujours ces travaux que jamais cette ville ne soit devenue sienne depuis que là y glisser sans traces repères dissous aussitôt oubliés sinon ce fleuve qu’une nuit assis sur les pavés seuls le cri des oiseaux l’eau qui coule et la lumière des lampadaires sur l’autre rive ne rien dire pas cette fois simplement l’abandon nullement souffrir du silence deux dans la nuit l’alcool ne délie rien le vide délite remonter jusqu’à ces volets gris et dormir lourd seul ne parvenir à s’inscrire dans l’espace seul engoncé d’errance nulle part et partout n’être plus qu’un regard effacer l’isolement voir au travers sans percer les mystères et lentement du côté des ombres

13/06/2007

Il avait envie, expliquait-il, de classer ces étiquettes, mais c’était très difficile: évidemment, il y avait l’ordre chronologique, mais il le trouvait pauvre, plus pauvre encore que l’ordre alphabétique. Il avait essayé par continents, puis par pays, mais cela ne le satisfaisait pas. Ce qu’il aurait voulu c’est que chaque étiquette soit reliée à la suivante, mais chaque fois pour une raison différente; par exemple, elles pourraient posséder un détail commun, une montagne ou un volcan, une baie illuminée, telle fleur particulière, un même liseré rouge et or, la face épanouie d’un groom, ou bien avoir un même format, une même graphie, deux slogans proches (« La Perle de l’Océan », « Le Diamant de la Côte »), ou bien une relation fondée, non sur une ressemblance, mais sur une opposition, ou sur une association fragile, presque arbitraire,: un minuscule village au bord d’un lac italien suivi par les gratte-ciel de Manhattan, des skieurs succédant à des nageurs, un feu d’artifice à un dîner aux chandelles, un chemin de fer à un avion, une table de baccara à un chemin de fer, etc. Ce n’est pas seulement difficile, ajoutait Winckler, c’est surtout inutile: en laissant les étiquettes en vrac et en choisissant deux au hasard, on peut être sûr qu’elles auront toujours au moins trois points communs.

Georges Perec, La vie mode d'emploi

11/06/2007

tache jaune une voiture grise l’avoir devinée endormie envier sa sieste soi dans cette salle attendre encore quatre heures durant si peu à faire sinon lire ses mots regarder ses mains sur la photo  C’est par lui que l’épanchement s’est fait jour dans le monde de l’écriture, et c’est par l’épanchement que j’y suis entré comprendre de piétinement en aller retour qu’elle soit restée là improbable choix close la radio peut-être allumée attendre que sa fille le fiston l’épreuve terminée ne les avoir vu partir seule et immobile cette passerelle sous ses yeux ferraille grise et les voitures qui ralentissent au virage sans même le geste de la vitesse enclenchée les visages dans le bus un regard qu’on accroche ce privilège de la hauteur les voir et parfois même capter leurs yeux levés J’ai toujours pour ma part, en littérature, fait confiance au temps de façon presque illimitée ces trois lettres blanches au rectangle de bitume CAR

11/06/2007

d’un mot qui manque parce que pathétique ne convient pas nulle envie ni même l’amorce d’une compassion quelconque cette voix au bout du fil puis la sonnerie longtemps qui résonne tentatives amoncelées au vide du silence d’un mot qui manque cette recherche de la pitié ce goût du glauque croire le conflit nécessaire et tout ramener au pouvoir ne pas savoir à qui l’on parle d’un qui s’est rêvé Raskolnikov et se réveille prince Mychkine perpétuelle logorrhée d’un soi qu’on déballe toujours rappeler qu’on en n’est plus là que désormais oui une autre étape un autre cap et que personne ne peut comprendre comprendre peut-être mais personne ne peut se mettre à la place il ne me dit rien que tu me parles raccrocher mais à quoi bon installer là le conflit tant souhaité détester se retrouver pris au piège d’un mot qui manque vouloir déclencher la pitié et submerger l’autre d’une culpabilité cette habitude de parler au nom des autres leur faire dire et ainsi mieux asséner déstabiliser et toujours répéter que soi bien sûr au dessus de tout ça maintenant si loin nulle part conviendrait mieux parce que la mort bien sûr la mort de l’autre et soi sa propre vieillesse perpétuellement englober brouiller les pistes quand là au bout du fil d’autre désir que rester quiet retourner à l’écran ce texte en chantier s’en vouloir d’avoir cru décrocher pourtant si rarement avoir pensé voulu souhaité toute autre voix et que ce soir au frais dans la verdure siroter quelques verres mais non déçu trahi sur un seul mot d’une seule syllabe déception qui s’affiche prince Mychkine ne sait mentir mais s’affliger du mensonge ne vouloir s’affliger et se souvenir qu’autrefois d’un riff et d’une batterie qui cogne avoir chanté d’une grammaire imprécise mais pourtant signifiante y’a qu’une chose qui nous mène: LA VOLONTE ! LA HAINE!

7/06/2007

écrire réécrire

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4/06/07

qui pourra dire combien de carrefours se superposent combien de voix se proposent break on through to the other side break on through to the other side ces amorces velléités d’un dire offres passagères les fêter les oublier savoir que parfois trop légères étapes inédites faibles mais nécessaires s’y délivrer et parfois qu’un ailleurs l’entrevoir mieux l’entr’ouvert s’y fondre et toutes voiles dehors s’éloigner de l ‘abîme roulement d’un dé le silence et alors puisqu’encore la vie encore et toujours l’apostrophe

2/06/2007

retrouvé un manuscrit dans la baignoire la vie d’ailleurs les mots d’ici l’indicible errance sans porte-voix feuillets amassés entassés qu’un peu plus encore le silence pèse dire aujourd’hui la mort de Pons et le secret des caveaux recoins oubliés et le prix du café au comptoir sans un seul meurtre à l’horizon sinon dix-huit qu’on repêche près de Malte pas évident pas évident pas évident humainement pas évident rien qu’une voix dans la radio une frégate qui rentre au port que le monde fasse monde à défaut d’un sens monde par défaut à l’envers et sous toutes les coutures comédie saine et qu’un à un les fils forment trame tissu linceul Schmuke l’enlace tissu jean qu’on déchire la plaie si vive tissu d’un corps au travers qu’on caresse tissu où la tache vêtements répandus aux pieds d’un corps nu l’anti-mites aux tiroirs commodes et penderies cette mince couche dessus l’agglo quand l’odeur de la sciure celle qui coule aux doigts huile de vidange répandue le lapin dans sa cage le grillage des clapiers et le brin d’herbe offert premières heures du temps perdu à regarder du temps perdu à apprendre à temps offert le monde autour et s’y sentir sur ses deux pieds face à face sans miroir l’odeur du foin l’appui aux pattes arrières purulente énormité des têtes quand la myxomatose y rêver kangourou d’un bout du jardin faire une île et là Robinson y faire monde et tout y convoquer