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21/07/2007

Et en ville les gens se poussaient du coude (s’interrogeant, guidés par cet instinct, cette perspicacité infaillible d’humains vivant en société et chez lesquels, au fur et à mesure que les instincts primitifs se sont étiolés, atrophiés, s’est développée en contrepartie une sorte de flair qui leur permet de déceler avec une certitude égale à celle d’un animal en présence d’un danger ce qui menace, non pas eux-mêmes directement, mais cette personne collective, globale, au sein de laquelle réside leur sécurité et hors de qui ils ne seraient plus, savent qu’ils ne seraient plus -- esprit et corps-- que des blêmes et molles proies; défendant donc cette société, cet ordre, contre tout ce qui peut en ébranler la solidité et par conséquent, comme les troupeaux de bêtes conscientes d’une menace avant même d’en discerner la nature exacte, pressentant dans l’insolite sous toutes ses formes l’ennemi, le mal nombreux, fertile et noir), engageaient des paris, non sur l’issue de tout cela, -- elle ne pouvait, ne devait pas faire de doute-- mais simplement sur sa résistance, son obstination, son aveuglement, la durée, le temps qu’il mettrait à se décourager, renoncer, plier bagage et retourner alors par le premier train d’où il n’aurait jamais dû bouger.

Calude Simon, Le Vent, chapitre II.

03/07/07

surgie brusque comme de nulle part racines lointaines surexposées distance trop brève cette phrase qui ne veut mourir seulement s’acheminer au suspens charroi trop vaste qui échappe se dilue trop se resserre courant où se mêlent se superposent s’entrechoquent et s’organisent quoi sinon l’amas du jour l’amoncellement du souvenir des nuits sans bruit tout et presque rien un désir d’achèvement ce vertige du monde imaginé quand nos yeux clos nos lèvres muettes au goût de la terre quand tout encore à portée de mains fouillis sous le regard qui voudrait tant sinon l’ordre du moins le sens patiemment réapprendre les chemins qui mènent d’une face à l’autre du miroir au reflet s’y réinscrire ou croire le devoir vaine illusion de n’être plus parmi spectateur anonyme des objets sans nom des silhouettes de passage de leurs mots qu’on détisse chanter de nouveau la grue le tournevis le moineau mort au trottoir réinventer les clés en toute humilité les yeux ouverts le cœur éclos ne plus craindre la rue leur regard le chien qui aboie s’approche et tourne son jappement derrière tandis qu’on s’éloigne rien qu’un chemin qu’on trace pour s’accorder parole quand l’écho enfin mort

1/07/2007

Remarquez-vous combien le sens littéraire est rare! La connaissance des langues, l’archéologie, l’histoire, etc., tout cela devrait servir, pourtant! Eh bien, pas du tout! Les gens soi-disant éclairés deviennent de plus en plus ineptes en fait d’art. ce qui est l’art même leur échappe. Les gloses sont pour eux plus importantes que le texte. Ils font plus de cas des béquilles que des jambes.

Flaubert, Correspondance, à George Sand, premier janvier 1869