Wervik + Kemmel
Ce soir, deux thuyas, un mobile home, son auvent marron, quelques arbustes nains.
Hier, la guinguette a fermé ses volets, terrasse vide, les chaises autour des tables, les fûts Shell, (jaunes) posés là pour tenir les piquets d’où flottent les banderoles plastiques (les mêmes autrefois l’été dans les stations services, parées pour les grands départs), l’allée de graviers gris, la pluie (la flaque s’élargira jusqu’au matin), chats qui passent furètent et s’abritent aux arbustes, l’un d’eux ce matin dans le lit d’Elsa, convaincue au réveil que sa peluche avait pris vie.
Lieu en tête, avoir regretté d’être parti sans appareil photo, derrière les dunes, mobiles homes détruits, quelques fauteuils plastiques blancs, des tables idem, caravanes éventrées, rideaux qui s’agitent au vent vitres brisées, fauteuils banquettes qui pourrissent, traces de feu, une cabine téléphonique encore là, ce qui fut un camping, seul encore demeure le bar
Ce matin
Egarés, s’arrêter au Flamenco, bistrot d’Houtem ; le patron, la quarantaine, chauve au t-shirt noir, venu s’asseoir à la table raconter son histoire ; pendant 25 ans éducateur spécialisé, divorcé, remarié ici en Belgique, chaque jour parcourir 198 kilomètres
et puis l’envie d’un autre boulot, reprendre ce bar ; bar déserté qui de nouveau, télé venue là un reportage sur l’écran, jeu local remis en état (« bourloir »)
Colette, dite « Côtelette » danse avec son chien, « le plus beau de tous les tangos du monde », « j’attendrai »… (son « kien » ) ; tour de magie papiers collés sur une lame de couteau, tourne retourne apparus disparus ; pouce trempé dans l’eau d’un verre de bière, à l’oreille parce que les enfants « pour savoir la taille de ton zizi » ; minimum 70 ans, jambes maigres robe à fleurs ; une bouteille de bière, assise à une table avec un vieux à pantalon à pinces usé et parka ; « j’aime bien boire une pinte » ; le vieux nous attend dehors pour nous guider sur son vélo, courbé dans le vent, visage tanné yeux noyés, m’attend parfois déporté sur la gauche me montrer l’élevage de poulets puis de porcs « plus de 2 000 par an », les choux fleurs récoltés deux fois l’an, sa maison où devant une mobylette à vendre, le hangar où la fête de la bière chaque dernier week-end de juillet, y aller à pieds emmener son vélo, le laisser là.
Quelques instants plus tard, nationale traversée, Porsche grise puis une décapotable noire, les injections qui soufflent moteurs qui ronflent sans peine, gamins ray-bann au volant, gosses qui jouent l’objet des riches en mains, font demi tour, hésitent avant d’aller passer la frontière toute proche, chair à fait divers de retour d’Amsterdam.