20/10/07
En matière de vedettes, la demande, si elle reste d’abord indistincte, précède l’offre -- la vedette correspond à un besoin: si la foule d’Europe en 1949 les appelle et les crée, après l’Amérique, c’est que, dans sa situation angoissante, elles lui sont devenues nécessaires, elles sont préposées an quelque manière au salut de son âme. Elles sont pour elles comme des gens qui marcheraient sur la mer: elles triomphent par procuration de ce sentiment angoissant du « plongeon » qui est le lot de l’homme moderne happé par l’anonymat vorace de la foule des grandes villes. À voir les regards sur l’écran s’y accrocher comme à une bouée de sauvetage, on comprend que leur contact même imaginaire immunise contre la mort, triomphe pour un moment du sentiment de non-reconnaissance à vie de molécules humaines vainement insurgées contre la condition qui leur est faute d’entrer inexpiablement « en composition ».
Julien Gracq, La littérature à l’estomac
Qu’en dire aujourd’hui du solitaire urbain, fixé à son écran, ouvrant la boîte sans fond du passé, l’Internet rock où s’empilent les images et discours de ceux qu’il a cru être siens sinon lui, icônes qui s’agitent encore même si déjà six pieds sous terre, parlent et provoquent et vacillent embués d’alcool décuplés de chimie, s’engagent au chemin qui les mènent vers, magnifiés par le risque et l’incertain, corps de scène qui s’affirment en un saut une tension du visage et le solo où faire corps se fouailler extirper sans trop savoir quoi mais suspendu à l’instant, collection des saints qu’on s’invente vous accompagne, où parfois s’oublier et feindre s’y reconnaître, encombré de vestiges, s’abandonner au mythe et disparaître sous les figures tutélaires, ou s’y construire retrouver bribe à bribe les pièces d’un puzzle en expansion
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