28/10/2007
D’une bascule fantastique de la ville où l’errance
Je pensais être tout près de l’Ancienne Cathédrale, le terminus de cette ligne, et je la croyais devant moi, cachée par quelque haute maison, alors qu’elle était à ma droite.
Les rues, les places que j’avais traversées, les bâtiments que j’avais vus et même ceux dont je ne connaissais que l’existence, s’étaient déjà organisés dans mon esprit, s’agglomérant en une vague représentation générale très fausse de la ville, par laquelle je m’orientais sans en prendre clairement conscience, de cette ville dont je n’avais pas encore vu de plan, et dont j’étais encore incapable d’apprécier les véritables dimensions.
De toutes les portes sortaient des employés en imperméables et chapeaux melons; les voitures passaient lentement, serrées; mais alors que je m’attendais à voir la foule et le nombre de magasins augmenter à mesure que j’avancerais, au contraire j’entrais dans des zones de plus en plus calmes où les vitrines, les enseignes, déjà rares près de Matthews and Sons, s’espaçaient encore, et où il y avait de moins en moins de bruit.
Michel Butor, L’Emploi du temps