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partir revenir

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Je marche sur la route de Saint Laurent. Les échappées de vue ménagées par les longues clairières qui s’ouvrent maintenant en tous sens à travers le bocage obsèdent l’œil presque partout et rafraîchissent le sentiment de la promenade. Les fermes que j’ai connues pendant un demi-siècle emmurées par les haies, hostiles et soupçonneuses, remparées de clôtures d’épines, alertées de loin contre toute approche par les abois de chiens hargneux, semblent cligner de toutes leurs fenêtres comme une bonne auberge, dérouler de loin un tapis vert jusqu’au bord de la route pour inviter la flânerie du passant. (…) Toute la contrée des Mauges me fait penser quand je m’y promène à une demeure longtemps endeuillée qui une à une rouvrirait ses fenêtres; un ban semble levé qui pesait sur cette terre méfiante et sauvage: on enlève les housses, les maisons blanches sont nues et claires dans l’air qui les baigne comme une lessive de printemps.

Julien Gracq, Lettrines 2, p140

4/10/2007

Ultime silence balisé Un si bel été Usine, sirène, bric-à-brac Une si belle journée Un sortilège bancal Un seul baiser Ulcère Uléma Satisfaction Salissure Bribes Bordures Broderies

Ultime silence balisé

Ne l’avoir pourtant point convoqué, mais bien devoir l’admettre, lui et nul autre, immiscé sans prévenir, désormais récurrent, figure familière d’un avant peu, visage du suspens sa mort prochaine, visage qui fait signe lèvres qui parlent, plongé au bourdon d’avant sommeil, bousculade du verbe élastique, corps tendu d’un sommeil qui s’éloigne, soi gisant s’obstiner pour qu’enfin l’abandon, mais lui, ses lèvres muettes pour tant d’années, deux plis d’où s’arrachent les formules qui font mal, plis béants d’où l’on attend sans que rien, non décidément rien, pas même le dire des mots qu’on ne sait trop, rien, et là se promettre que bientôt, au face à face enfin possible, chacun derrière sa ligne, soi au sommeil et lui à la mort, se parler, enfin discuter que les mots l’un à l’autre, et savoir qu’au réveil traces lointaines qu’on enfouit, laisser au flux ne rien fixer, chaque nuit se retrouver et l’un à l’autre

3/10/2007

ciel gris brume incertaine gouttes au pare brise l’avoir croisé son sac orange regard capté le temps d’un carrefour qui s’éloigne lui qui marche au rétro traverse et diminue épaules qu’on voûte son blouson cuir démarche lente ses yeux qui captent cheveux mi longs qu’on peigne en arrière cheveux mouillés marcher longtemps aller jusqu’où se dire qu’ainsi celui qui sac de sport lui aussi monté dans la navette SNCF brinqueballe grise et lui qui hurle leurs yeux baissés l’évacuer lui qui enfin se savoir dehors avoir bu peu peut-être si longtemps déjà suffisamment pour fêter qu’enfin libre les murs là bas pas si loin quels arrêts quelles stations bistrots une épicerie s’acheter quoi bières d’une victoire étourdi d’être là titubant quand l’entrave disparue libre le leur dire l’hurler encore arrimé au sac de sport ces vêtements d’avant du temps où ne plus derrière la vitre d’un fourgon dernières images du dehors quelles branches d’arbres façades d’immeuble avant que le portail et la cour gueuler aller jusqu’où arrimé à son sac dehors et seul dans les cahots d’un train la ligne d’un trottoir silencieux et ne sachant où sagesse ancienne no place to go refrains d’une vie d’autres errances chercher des yeux s’arrimer là aspirer quoi n’espérer rien seulement passer

2/10/2007

tout dire aller jusqu’où dans le dénuement l’impossible limite où bascule l’envie d’encore regard au miroir s’y reconnaître une à une du bout du doigt ces failles qu’on inspecte et ce mur blanc derrière qu’un à un mis bout à bout les chants vertige souvenir des barbelés cuisse écorchée ou tout le jour ces routes droites simple décor pour encore ces musiques highway 66 souvenir garde fou rempart au réel oui s’y faire son cinéma classic rock radio un pack de bière quelques affaires un sac de sport mains au tableau de bord ce canon pointé vers la tempe autre scène bribe de soi revoir quoi quand au grand saut dernière contracture village hopi la misère crasse un rêve brisé y voir quoi quand au matin jeté au monde arpenter la rue leurs deux mains dans les miennes et qu’un rat mort au caniveau dire la brume et la forêt où lui s’en va les escaliers à vis et la photo devant le château elle encore toute petite John à côté touriste en short un enfant était né ce soir là une cuite à prendre dans l’atelier aux machines muettes tant de compas la poutre ornée souvenirs paravents nullement matière mais l’espace où basculé l’oubli des failles et leur retour s’y constituer retrouver quoi parcours chaos et quelques peurs aux visages floues tout dire et qu’enfin ils se taisent langues certitudes gorgés d’avenir passants des musées tout dire et qu’ils saignent morts nés à la douleur cavale les mots appris la mine convenue tout dire parce que jusqu’à l’insupportable