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14/11/2007

Prédiction

Tout à l’heure, marcher sous les marronniers, les feuilles qui glissent, qu’on pousse du pied, plaisir d’un son, s’y enfoncer sans crainte, à moins que la souffleuse, déni du temps qui passe, reste la terre qui colle aux semelles, passer cette porte blanche, porte lourde, porte qu’on blinde, et retrouver l’étuve, cette odeur d’humide, le chauffage pourtant, la laisser là, ses couettes et ses ballerines, assise au tapis mousse, ces corps raides qui demeurent, attendre là regard au leur de poutre en galipettes, sortir, en croiser qui marchent vite, toujours pressés, toujours en retard, ces mines à monospace, des corps mous sur talons, partir de là, les feuilles et la terre, les drapeaux décrochés au cimetière, boucherie reléguée le temps d’une année, à moins qu’un poilu ne clamse dans son lit et qu’on traîne son cadavre en cathédrale, la nation reconnaissante, la patrie éplorée, non le cimetière mais le parc, longer le fleuve et avec lui discuter au pied des arbres, des feuilles qui tombent et de l’âge du séquoia, qu’il faut mourir et de ce qu’on aimerait faire d’une vie, la semaine dernière déjà, il reviendra à la charge, que lui son rêve, voler d’une hélice à la main

13/11/2007

Des mots toujours, ce qu’ils en comprennent, ce qu’en font leurs bouches miroirs d’un temps, que de l’égalité ils en viennent à l’uniformité, au danger de l’ennui

on est parfois tellement sérieux quand on a dix sept ans

12/11/2007

Ils arrivaient, non paquets de mer mais file discontinue, passaient la porte leurs mots en bouche, aux oreilles, parfois, l’enveloppe douce des sons d’ailleurs, s’asseyaient dans l’attente d’on ne sait quoi, des mots encore et toujours, injonctifs et préservés, mots d’un au-delà qui devient fade, s’éloigne sans qu’on sache trop comment, un tel monde immobile, ces mots que lui prononce, l’homme regard à la bouche qui débite, l’homme couperet qui dit qu’encore les livres, que les fenêtres et les yeux l’aujourd’hui, fermer vite le musée, ne plus craindre que la poussière s’y entasse, et n’y revenir que par effraction, quand l’envie de briser les portes arriver par les toits, carreau cassé avaler goulu l’appel d’air, que leurs paupières se dessillent, décèlent l’ailleurs oublié, l’au-delà lavé, délavé, délivré, qu’à grands paquets de mer sur la grève, qu’ils respirent enfin, eux qui ressortent par la même porte, leurs mots vite repris en bouche, parce que tant de silence au goût de plâtre, courbés sur l’écran lumineux, y lire ce qu’autrefois peut-être dans une bouteille, messages aux vagues et qu’une voile à l’horizon, et cette idée folle, reprendre goût à l’aventure.

9/11/2007

mis à part son treillis sur la corde à linge, puisque les signes sont rares des hommes de guerre, au temps des crânes si ras des regards durs, même cette démarche à la John Wayne, un colt imaginaire et les souvenirs d’enfance des panoplies la cartouchière aux balles plastiques, ce besoin d’en parler pourtant, l’apéro bu à la santé du dernier né, ses semaines afghanes, cette période de vingt six jours, si peu sorti de la base et qu’à chaque fois bardé de chargeurs, ces six que l’on porte sur le ventre, et l’autre, engagé déjà dans l’arme automatique, qu’il n’a pas tiré, que personne n’a jamais peur de tirer, mais qu’après, quatre ou cinq jours souvent, qu’une voiture s’arrête et aussitôt, puisque la consigne et qu’on ne sait jamais, qu’un gosse ainsi parfois, mort innocent, et que d’autres gamins parfois, bardés d’explosifs, et qu’on ne sait plus à l’écouter si l’on doit le croire ou sourire au débit de la légende, hocher la tête encore et laisser dire, qu’il aille jusqu’au bout de sa parole, sa femme là haut couche le gosse, qu’il continue et dise qu’il n’a rien vu, sinon un pays sans arbre, et qu’un champ de blindés soviétiques, si haut dans la montagne, qu’on se demande comment ils ont pu parvenir jusque là, des milliers sur un plateau, les familles à qui l’on répond d’un signe du haut d’un char, que les Américains eux ne répondent jamais et qu’ils ont beaucoup plus de pertes humaines, que les Français là-bas sont appréciés, cet homme blessé par erreur qu’on a tout fait pour le sauver les chirurgiens et tout et que même si mort la famille les remerciait d’avoir soigné, la main qui blesse est la main qui guérit, et que les voitures s’arrêtent quand un char, ne jamais stopper, foncer dans le tas si nécessaire, même si là dans la voiture, l’écouter encore, s’engluer de pathos de discours recrachés et n’avoir encore rien dit de la peur de crever sans trop savoir pourquoi sinon ce qu’au « 20 heures »

8/11/2007

ce qui change quand l’un meurt, le chien en laisse qui trop rapide, l’entraîne à droite elle n’y peut rien, même si le bâton de bois clair tenu mou, le chien la traîne à pas précipités, quelques semaines seulement, ces pas tranquilles quand lui la devançant au trottoir, l’épagneul tenu ferme et le bâton pointé, son béret bleu vissé au crâne, sûr et tranquille, silhouette hiératique qui sous des pelletées de terre humide, ses premières chrysanthèmes, peut-être le chien venu, comme cette femme l’autre jour, astiquer le marbre d’une tombe parler de son bâtard, des riens d’une vie derrière le portail d’une cour, la bête qui gueule aux passants