"Quand je me mets à engueuler mes contemporains, je n'en finis plus."
La France (…) vivait, depuis quelques années, dans un état mental extraordinaire. (…) Cette folie est la suite d’une trop grande bêtise. Et cette bêtise vient d’un excès de blague, car, à force de mentir, on était devenu idiot. On avait perdu toute notion du bien et du mal, du beau et du laid. Rappelez-vous la critique de ces dernières années. Quelle différence faisait-elle entre le sublime et le ridicule? Quel irrespect! Quel ignorance! Quel gâchis! « Bouilli ou rôti, la même chose! » et en même temps quelle servitude envers l’opinion du jour, le plat à la mode!
Tout était faux: faux réalisme, fausse armée, faux crédit, et même fausses catins. On les appelait « marquises », de même que les grandes dames se traitaient familièrement de « cochonnettes ». (…) Et cette fausseté (qui est peut-être une suite du romantisme, prédominance de la Passion sur la forme et de l’inspiration sur la règle) s’appliquait surtout dans la manière de juger. On vantait une actrice, mais comme bonne mère de famille. On demandait à l’art d’être moral, à la philosophie d’être claire, au vice d’être décent et à la Science « de se ranger à la portée du peuple. »
G. Flaubert, lettre à Georges Sand, 30 avril 1871
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