ce matin-là
ce matin-là, pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre, engrangé en mémoire, mais surtout revenu, non pas resurgi mais affleurant doux, sans gêne tout à fait, plutôt l’hésitation quand le recevoir, quelque chose ici vacille, cette impression que ce matin-là avoir un peu compris, un peu perçu, de ce que soi devant l’horizon, ce matin de brume où marcher en surplomb du fleuve, puis redescendre au long du canal, marcher droit devant parce que ne rien savoir s’offrir, temps vacant qui s’ouvre en béance, et ressentir au creux du ventre, non une pulsion, ici le rythme est mort, un grondement tout au plus, l’afflux d’un trop plein dont on n’a rien su faire, cet influx avarié, bloqué là, voué à macération, pris de stagnation l’énergie niée, alors marcher au gris blanc de la brume, silhouettes des arbres sur les îles, longtemps marcher avant que de nouveau se savoir lié, les yeux déclos et prêt à prendre un peu du monde aux paumes
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