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Ton visage derrière la vitre du train (2)

Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants. Tu venais tout juste de t’asseoir. A l’instant, ton buste qui s’étire, tes bras levés parce leurs épuisettes, si encombrantes déjà dans les couloirs, traînant au sol, cognant autour. Si maladroits. Bien plus hautes qu’eux. Réussir à les placer là haut près de ton sac à dos. Qu’à peine le train démarré elles ne retombent. Quand ce coup de sifflet. L’homme en bleu et sa casquette. Et déjà la distance qui s’instaure. Qu’on réalise. Mains ballantes sur ce quai marcher tandis que le train démarre. Un dernier signe de main. Plus que les corps percevoir le mouvement. Soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent floues. Vous que j’ai dit miens vous effaçant sous l’accélération. Se dire qu’un puzzle à reconstruire. Et l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. Celle qu’on croyait mise à mal. D’expérience la savoir si troublante et douloureuse. Mais bien devoir l’admettre. Puisque seul au vis-à-vis de la mémoire.

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ce matin-là

ce matin-là, pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre, engrangé en mémoire, mais surtout revenu, non pas resurgi mais affleurant doux, sans gêne tout à fait, plutôt l’hésitation quand le recevoir, quelque chose ici vacille, cette impression que ce matin-là avoir un peu compris, un peu perçu, de ce que soi devant l’horizon, ce matin de brume où marcher en surplomb du fleuve, puis redescendre au long du canal, marcher droit devant parce que ne rien savoir s’offrir, temps vacant qui s’ouvre en béance, et ressentir au creux du ventre, non une pulsion, ici le rythme est mort, un grondement tout au plus, l’afflux d’un trop plein dont on n’a rien su faire, cet influx avarié, bloqué là, voué à macération, pris de stagnation l’énergie niée, alors marcher au gris blanc de la brume, silhouettes des arbres sur les îles, longtemps marcher avant que de nouveau se savoir lié, les yeux déclos et prêt à prendre un peu du monde aux paumes

encore des mots

Lui avoir dit que bien du mal avec les mots qui passent en gorge, et demeurer là penaud, les bras ballants, le regard mort sous trop de silence, les yeux qu’on baisse et cette soudaine envie de pleurer, là sans doute qu’était la faille, la fêlure, cet incertain que tu ne pouvais dire faiblesse, cet inavouable que tu nommes à peine, cet hors la langue et tout en soi, ce passé noué, porté mais tu, cette tapisserie sans perspectives, ces séquences alignées où vaguement te reconnaître, recouvert des mots des autres, incapable encore du moindre tissage, t’énerver à l’écheveau les mains tremblantes, nullement inquiet de ta vie mais de ce que tu crois qu’en ont fait les autres, prêt désormais à tambouriner sur les portes, le poing fermé lèvres serrées majeur tendu, titubant appliquer ta guitare contre l’ampli et bafouiller au micro, ta voix, le larsen, l’illusion d’un peu de force, croire asséner, pas encore des mots, seulement un discours, provocations vaines, mais maintenant que lui parler, elle debout devant toi, ses yeux qui cherchent déjà se voilent, déçue de ta fuite

des mots

des mots qu’on use, des mots qu’on se refuse, des mots qu’on écrit, des mots qu’on dit, des mots dont on s’étonne, des mots qu’on ignorait, et tous ceux dont on ne saura jamais rien, des mots dont on s’entoure, des mots qu’on nous impose, des mots qu’on nous balance, des mots à trop ne savoir qu’en faire, des mots qui clignotent, des mots qui flashent jusque dans la nuit quand plus personne ne passe, des mots en lettres digitales qui défilent aux enseignes, des mots qu’on se répète pour encore croire au courage, des mots qui surgissent, mots des trappes intérieures, mots enfouis ou volatiles, mots qui macèrent ou que l’on crache, des mots qu’on lit, des mots qu’on braille, des mots qu’on pleure ou qu’on assène, mots qu’on récite pour faire silence, mots qu’on martèle, mots qu’on étame, mots dérobés, mots à couvert, mots en bouche que l’on voudrait pâte, mots d’excuse ou mots tournis que l’on répète en boucles, mots d’avant, mots d’ailleurs, mots qui mordillent te mots qui portent, mots valises où l’on s’évase, mots matière où caresser un peu du monde, mots transparence où tant d’autres mots s’amènent, mots dont on s’abstient, mots qui se refusent, mots qui se perdent en route, mots des vies alentour, mots qui vous appellent, mots que l’on déchiffre, mots que l’on déchire, mots qui vous rappellent, ces mots que l’on met bout à bout, ces mots au bout de la langue, ces mots au creux du ventre, mots qui tournoient ou qui traînent dans un coin du cerveau, mots silencieux, mots qui bégaient, mots regrettés, mots ravalés, mots repoussoirs, mots des curés, mots gominés, des mots qu’on chante, mots des langues apprises, mots des langues inconnues, mots qui nous font, nous défont, mots qui résument, mots épitaphes, mots dans la pierre ou bien au chaud, mots qui s’envolent ou mots qui crissent, mots des phrases mortes et des histoires, mots bredouillés et mots déjoués, ces mots défi, ces mots obscurs, ces mots premiers, ces mots couleurs, ces bons mots, ces mots d’enfant et des dernières paroles, ces mots enfouis sous un dernier soupir

19/12/2007

ces jours entre deux feux, aux prises avec l’oubli d’un monde qu’on délite, où se sentir si nu, au seuil sans jamais trop savoir de quoi, fermer les yeux et se croire à l’abri, s’émonder encore une fois, que de nouveau ce jaillissement qu’on avait fini par ignorer, le regard ailleurs, sur ces plaies caressées par habitude, parce qu’il faut bien croire se connaître, qu’il est si laborieux de s’inventer un ailleurs, choisir ses ciels

ces soirs sans un bruissement, descendre l’escalier sans lumière, qu’une voiture passe dans la rue, brise le silence, rétablisse le flux alentour, absolue désagrège l’obscur bosquet où l’on feignait de se perdre, suspendu à quoi sinon ce qu’on a cru l’abandon

18/12/2007

Difficile de dire quand, nommer l’instant, non de la décision, un vieux rêve qu’ils ont en eux enfoui, une évidence qu’il garde au chaud et prépare nonchalants, si sûrs d’eux et certains de leur bon droit, mais ce moment où nous-mêmes, un peu plus éveillés ou un peu plus douloureux, avons commencé à pouvoir dire, vaguement encore, ce ressenti informe, cette espèce d’intuition qui s’impose, oui, c’est ça, comment le dire autrement, ce sentiment d’être demeurés au bord de la route, cette certitude aujourd’hui, que le peuple uni lentement détissé, cette claque en pleine figure du journal sur l’écran, ces mots que l’on copie, que l’on enterre, ces visages que l’on croise, ces quelques paroles recueillies, temps d’y fouir y chercher quoi, sinon l’état d’un monde qui pourrit sous ses voiles

une vieille histoire

À Argelès-sur-Mer, cent mille campeurs ont pris le relais volontaire des réfugiés d’Espagne de 1939: le camp de concentration moins les barbelés est la forme palpable que prend en 1963 la joie de vivre pour sept à huit millions de Français; les barbelés repousseront tout seuls: leur contenu future a déjà le pli.

J. Gracq, Lettrines

trappes intérieures

Je propose à chacun l’ouverture de trappes intérieures, un voyage dans l’épaisseur des choses, une invasion de qualités, une révolution ou une subversion comparable à celle qu’opère la charrue ou la pelle, lorsque, tout à coup et pour la première fois, sont mises au jour des millions de parcelles, de paillettes, de racines et de vers et de petites bêtes jusqu’alors enfouies. O ressources infinies de l’épaisseur des choses, rendues par les ressources infinies de l’épaisseur sémantique des mots!

F. Ponge, Introduction au Galet

merci Littré

Instrument ordinairement en fer, servant à ouvrir et à fermer une serrure.

Une clef de caisse, de secrétaire, de bureau.

Il est bien assuré que l'angoisse qu'il porte Ne s'emprisonne pas sous les clefs d'une porte, MALH. I, 4.

Fausse clef, clef imitée ou non, dont les voleurs se servent pour ouvrir les serrures.

Gentilshommes de la clef d'or, certains grands officiers de la cour d'Autriche, d'Espagne et autres, qui ont le droit d'entrer dans la chambre des princes, et qui, en signe, portent une clef d'or à leur ceinture. Clef de chambellan, charge de chambellan.

Fig. Jeter, mettre les clefs sur la fosse, renoncer à la succession d'une personne parce qu'elle doit trop : locution qui vient de ce que, dans l'ancien droit, la personne qui renonçait mettait effectivement les clefs sur la fosse.

Fig. Mettre la clef sous la porte, déménager furtivement.

Fig. Prendre la clef des champs, s'évader, prendre la fuite. Donner la clef des champs, donner la permission de sortir, de s'en aller. Avoir la clef des champs, être en liberté d'aller où l'on veut.

Caliste N'eut pas la clef des champs, qu'adieu les livres saints, LA FONT. Coupe.

Fig. Sous clef, en prison. Une lettre de cachet le tenait sous clef. Dans un autre sens, tenir sous clef, tenir caché.

Les clefs d'une ville, les clefs qui ferment les portes de la ville.

Présenter les clefs d'une ville au vainqueur, se rendre.

Fig. Passage, place par où l'on peut avoir accès dans un pays. Les Thermopyles sont la clef de

la Grèce.

Terme de théologie. La puissance des clefs, la puissance d'ouvrir et de fermer le paradis, de lier et de délier, de condamner et d'absoudre, que Jésus-Christ donna à ses apôtres. Les clefs de saint Pierre, l'autorité du saint-siége. Les clefs du royaume des cieux, la puissance de lier et de délier.

Terme de blason. Il y a des clefs posées en pal, en sautoir, ou couchées, ou adossées selon la disposition des pannetons. Le pape porte deux clefs posées en sautoir.

Ce qui ouvre, ce qui prépare, ce qui explique.

Ne leur donnez jamais la clef de vos affaires, FÉN. Tél. XXIV.

Convention d'après laquelle on peut lire une écriture secrète.

Clef du chiffre, alphabet convenu d'avance qui sert soit à chiffrer soit à déchiffrer les dépêches secrètes.

Explication de caractères énigmatiques, ou de noms supposés.

La clef de la cabale.

Les clefs du livre des Caractères de

la Bruyère.

Ajouter une clef à un ouvrage, faire connaître le nom des personnes à qui il est fait allusion.

Par extension, ensemble de connaissances ou de renseignements nécessaires pour comprendre une chose.

La clef d'un système de philosophie.

La clef d'une affaire.

Terme de musique. Caractère de musique posé au commencement d'une portée, pour déterminer le degré d'élévation de cette portée dans le clavier général et indiquer le nom des notes placées sur la ligne de la clef. Il y a trois clefs, la clef de fa, la clef de sol et la clef d'ut.

Ce qui, dans les arts, sert à ouvrir, à fermer, à serrer, à détendre, à monter et à démonter des instruments, des appareils, des machines, etc.

La clef d'une montre, d'une pendule, petit instrument creusé en carré avec lequel on monte le ressort.

Clef de pressoir, la vis qui serre et desserre le pressoir.

Une clef de voiture, l'instrument qui sert à monter, à démonter et à serrer les écrous.

Clef d'étau, morceau de fer qui sert à serrer l'étau.

Clef anglaise, espèce de marteau à deux mâchoires, dont une se meut par une vis et qui sert à serrer et à desserrer.

Terme d'architecture. Clef de voûte, pierre du milieu et du haut d'une voûte, et qui, étant plus étroite en bas qu'en haut, presse et affermit toutes les autres pierres composant la voûte.

Fig. Le point capital d'une affaire.

Clefs du crâne, nom donné autrefois aux os wormiens

Clef du caveau, recueil, aujourd'hui très considérable, de tous les airs sur lesquels ont été faites ou chantées les innombrables chansons dues aux membres du caveau, et qui sont connus sous un nom particulier, comme La catacoua, Pour la baronne, La faridondaine, etc.

Espèce de cabaret, de café où se réunissaient vers 1735 les gens de lettres et les chansonniers connus par leur joyeuse humeur, Piron, Gallet, Collé, Crébillon fils, Saurin, Fuzelier, etc.

Les habitués, les chansonniers du caveau.

Cette société même, ses actes, ses repas, ses chansons. Le caveau ne se dispersa qu'en 1749 ; il se reconstitua bientôt et dura jusqu'en 1796. Renouvelé en 1806, il cessa d'exister en 1817 ; enfin il a repris depuis en 1834 et dure encore.

Au caveau je n'osais frapper ; Des méchants m'avaient su tromper, BÉRANG. Acad. et Cav.