Ton visage derrière la vitre
Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants. Tu te débattais avec leurs épuisettes. Les placer là-haut, près de ton sac à dos. Si encombrantes. Et puis ce coup de sifflet. Et l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. Mains ballantes sur ce quai, marcher tandis que le train s’éloigne. Un dernier signe de main. Plus que les corps, percevoir le mouvement. L’effacement. Soumises à la vitesse, vos silhouettes qui s’éloignent floues. Devoir déjà reconstituer le puzzle. Seul au vis-à-vis de la mémoire.
Descendre l’escalier. Le pas rapide. À contre courant de la masse en vacances, remonter les couloirs. Carreaux de faïence aux murs. Publicités. Assailli de visages. Formules en lettres grasses. Quelques mots échappés de leurs bouches. Recueillis au passage. Bribes incohérentes. Marcher vite. Corps contournés. Sortir de là. Désemparé. Parce que, de nouveau, se sentir parmi. Non pas libre ou disponible. Pas même ballotté. Mais debout jusqu’au vertige. Traverser cet espace qui s’ouvre à chaque pas. Et rejoindre le hall. Jambes écartées des vigiles. Pantalons bleus et pelages sombres. Queues aux guichets. Courroie de cuir des muselières. Sac de couchage roulé sous un bras. Une cigarette dessus l’oreille. Allant venant. Seaux au chariot, sa serpillière. Cous tendus aux tableaux d’affichage. Valises aux pieds. Qu’elle efface tout, cette femme noire. Les pas perdus et le reste. Cet après midi sans projet, sinon rouler. Cette maison vide où rentrer. L’errance où l’on se jette. Une boîte de bière à la main, s’engloutir au temps que la chimie modèle. Pétrit. Étire. Et basculer au gouffre.
Attendre un peu. Ne pas repartir tout de suite. Cette route si longue. Aller s’asseoir en terrasse. Y boire une bière à l’ombre des platanes. Corps qui remuent. Corps qui passent. Voyageurs aux bagages. File des taxis qui s’avancent. Ne rien vouloir sinon s’abandonner…