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Ce qu’il en reste

Ce qu’il en reste ce qu’on en croit deux jours à peine et rassembler aller au long du fleuve la terre gelée un chien qui court peupliers d’une tempête découpes en vrac milieu d’un champ quatre chevaux da,s le cimetière c’était après presque rentrés récit le pas tranquille s’arrêter au lavoir une pierre qu’il a taillée et qu’une vieille aujourd’hui sur ces planches près du bassin amours furtives plein cintre une source tourner la tête le panache blanc de la centrale des raccourcis brinquebale au temps aller chercher une guitare s’arrêter là un verre express bistrot fermé soirée privée n’avoir su que le lendemain pourquoi toutes ces couleurs sur les chaises sur les murs chacun des meubles il dormait le nez dans son assiette lui voulait chanter dehors auprès du feu venus fumer dans le silence des murs couleurs tout dit déjà la blessure du moment un la monté en fil à pêche parler leurs bouches molles n’écoutaient plus d’autres l’ont dit pour elle comment la fuite une fille derrière soi la moitié du pays parcourue et se retrouver nus pieds embringuée dans l’errance et cogner se livrer peu de notes élégie titubante lui ne veut plus travailler pas même aimer deux chevreuils course longue flaques qui gèlent et craquèlent marcher le long du fleuve le bras de rivière au bas du terrain la nasse une anguille la regarder partir et la mer des Sargasses son père prisonnier des Russes la torture une femme qui n’attend pas et quand de retour à Berlin combien de récits s’offrent en quelques heures son arrière grand-père une traversée des Vosges encre violette son journal de 14 tout en place dans la maison rien n’a bougé depuis vingt ans passé Plainfaing col du Bonhomme né là le beau-père ils mangent des patates et du cochon un bon au porteur derrière l’armoire des bijoux dans une boîte de pastilles il lisait un roman sur Pompéi

Ton visage derrière la vitre ( it's hard to tell, it's hard to tell)

Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants. Tu venais tout juste de t’asseoir. A l’instant, ton buste qui s’étire, mon reflet immobile, corps en attente les yeux rivés, accrochés au mouvement de tes bras levés parce que leurs épuisettes. Si maladroits tout à l’heure dans les couloirs, traînant au sol, encombrantes, cognant autour. Tellement plus hautes qu’eux. Réussir à les placer là haut près de ton sac à dos. Sur la pointe des pieds, épaules levées tes bras qui poussent, léger rictus. Les caler, qu’à peine le train démarré elles ne retombent. Quand ce coup de sifflet. L’homme en bleu sa casquette blanche. Et que tous autour s’écartent un peu. Nombreux pourtant mais demeurés silhouettes. Ombres sans chair. Importent peu. S’éloignent de la bordure du quai. Derniers regards. Derniers signes. Et déjà la distance qui s’instaure. Une première secousse, le train qui démarre et voilà qu’on réalise. Mains ballantes marcher sur ce quai. Encore un signe de main. Plus que les corps désormais percevoir le mouvement. Soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent, devenues floues. Tout autant qu’un éloignement un effacement sous l’accélération. Se dire qu’un puzzle à reconstruire. Lequel on ne sait trop. Le mot s’impose. On s’y accroche. Offert et stable dans la mouvance de cet entre-deux. Cette vacance dont on devine qu’on ne saura trop quoi faire. Ce temps accordé qui déjà fait peur. Un vide plus qu’un possible. Parce que l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. L’avoir crue mise à mal et s’être senti fort. L’avoir déclarée moribonde sous les coups d’amour boutoir. Et la retrouver intacte. Se savoir cueilli, emporté par elle. D’expérience la savoir si troublante et douloureuse. Mais bien devoir l’admettre. Puisque maintenant seul au vis-à-vis de la mémoire. Ressasser leurs visages ne suffira pas. Premier signe infaillible, ce léger vertige et sentir aux genoux qu’on oscille. Happé, aspiré par l’horizon des rails. Certitude que le ciel est de trop. Sans rambarde où s’appuyer, marcher la tête baissée, regard au sol. L’escalier. A rebours, rejoindre la voiture. Pierre viendra les chercher. La nuit tombée sûrement. Deux heures d’attente à Rennes. Ces villes de Loire égrenées par la voix du haut-parleur. Une lente remontée du fleuve. L’escalier descendu, remonter les couloirs. Le pas rapide. À contre courant de la masse en vacances. Carreaux de faïence aux murs. Publicités. Se sentir assailli de visages. De formules en lettres grasses. Quelques mots échappés de leurs bouches. Recueillis au passage. Bribes incohérentes. Marcher vite. Corps contournés. Sortir de là. Désemparé. Parce que, de nouveau, se sentir parmi. Non pas libre ou disponible. Pas même ballotté. Mais debout jusqu’au vertige. When the train left the station, there was two lights on behind Quel mot pour dire ce qu’en soi on trouve? Blues ne convient guère. When the train left the station, there was two lights on behind Sentiment d’un vide plus que tristesse. Well, the blue light was my blues And the red light was my mind S’occuper l’esprit d’une mélopée en boucle. La retrouver bientôt dans la voiture. Cassette qu’on pousse et là… Well it’s hard to tell, it’s hard to tell Conduire et s’oublier en élégie lointaine. Se divertir d’une de ces filles qu’on raccompagne à la gare, une valise à la main. Qu’on regarde dans les yeux tandis qu’autour on accroche les wagons. Et qu’on pleure en regardant s’éloigner les lumières de la dernière voiture. When all your love’s in vain D’autre chose ici qu’il s’agit. Non d’un amour en vain. Mais d’une liberté où affleure l’abandon. D’un champ libre où l’on sait quelles silhouettes chaque fois s’y glissent. S’immiscent. And all my love’s in vain Démons privés, fantômes intimes. A pas pressés, rejoindre le hall. Queues aux guichets. Tous ces corps debout, une valise, un sac aux pieds. Silencieux l’œil au panneau des horaires. Ceux qui partent, affublés déjà casquette et short, inévitables t-shirt rayés marine. Et les autres, clés de voiture à la main. Polis demeurent encore un peu, regard ailleurs. Contourner ces groupes. Traverser cet espace qui s’ouvre à chaque pas. Jambes écartées des vigiles. Pantalons bleus et pelages sombres. Courroie de cuir des muselières. Sac de couchage roulé sous un bras. Une boîte de bière à la main. Cigarette dessus l’oreille. Lui va et vient. Connaît l’errance où l’on se jette. Les pavés des rues piétonnes où l’on s’affale. Le béton des parkings. Un à un les cachetons de la plaquette aluminium. Qu’ils passent en gorge. Et s’engloutir au temps que la chimie modèle. Pétrit. Étire. Lentement basculer au gouffre. Elle aussi contourne. Seaux au chariot, sa serpillière. Ne la voit pas, cous tendus aux tableaux d’affichage. Qu’elle efface tout, cette femme noire. Qu’elle lave tout à grande eau. Les pas perdus et le reste. Ces visages figés tous leurs mots en chaos cet après midi sans projet … Well I followed her to the station, with her suitcase, in my hand N’en sortirait peut-être jamais de cette gare. Tournant là, son chariot sa serpillière. Soucieuse d’effacer les traces. Elle, savait, à Cleveland. Se soustraire au monde, abolir tout à venir. Dans l’attente d’un train de nuit pour retourner à New York. L’avoir observée d’heure en heure, silhouette noire au retour programmé. Well I followed her to the station, with her suitcase, in my hand Hissée sur la pointe des pieds, cou tendu, achetait son billet au guichet. Puis revenait un peu plus tard. Se le faisait rembourser. Well it’s hard to tell, it’s hard to tell, when all your life’s in vain Tournait virait dans la salle d’attente. Remontait jusqu’au parking. Redescendait vers le quai. Et de nouveau le guichet l’hygiaphone. Billet en poche ce même parcours. Ce rite qui clôt l’instant. Cette longue agonie du possible. And all my life’s in vain Sortir de cette gare. Ligne des taxis les rails du tram l’esplanade de dalles blanches. Cette béance sac au dos. N’avoir pas bien compris ce qu’avait dit l’homme au guichet. Les Aubrais Orléans. Nœud ferroviaire. Saint Pierre des Corps. Navette ratée. Dans deux heures la prochaine. Un faux départ pour cette première fois dans la ville. A peine arrivé et déjà en rade au milieu d’une gare de banlieue vide. Matinée d’août. Attendre au buffet. Trop tôt pour un demi. Café. Heureusement qu’un livre en poche. Le buffet d’alors n’est plus. Ses deux portes rouges battantes. Un hublot en haut de chacune. De là que les déjantés du hall s’offraient le spectacle. L’œil collé à la vitre apercevoir la grosse blonde au t-shirt léopard le serveur gominé cou serré chemise blanche décapsuleur dans la poche du gilet noir plateau d’une main glissades nerveuses au carrelage mégots éteints papier des sucres billets compostés virevolte et gueule les commandes. Ici la vie ici l’on passe ici l’errance ici l’attente et la solitude ses rencontres de hasard ses visages qu’on observe ses écoulements de mots qui vous font vasque.

Ton visage derrière la vitre du train (3)

Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants. Tu venais tout juste de t’asseoir. A l’instant, ton buste qui s’étire, mon reflet immobile, corps en attente les yeux rivés, accrochés au mouvement de tes bras levés parce que leurs épuisettes. Si maladroits tout à l’heure dans les couloirs, traînant au sol, encombrantes, cognant autour. Tellement plus hautes qu’eux. Réussir à les placer là haut près de ton sac à dos. Sur la pointe des pieds, épaules levées tes bras qui poussent, léger rictus. Les caler, qu’à peine le train démarré elles ne retombent. Quand ce coup de sifflet. L’homme en bleu sa casquette blanche. Et que tous autour s’écartent un peu. Nombreux pourtant mais demeurés silhouettes. Ombres sans chair. Importent peu. S’éloignent de la bordure du quai. Derniers regards. Derniers signes. Et déjà la distance qui s’instaure. Une première secousse, le train qui démarre et voilà qu’on réalise. Mains ballantes marcher sur ce quai. Encore un signe de main. Plus que les corps désormais percevoir le mouvement. Soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent, devenues floues. Tout autant qu’un éloignement un effacement sous l’accélération. Se dire qu’un puzzle à reconstruire. Lequel on ne sait trop. Le mot s’impose. On s’y accroche. Offert et stable dans la mouvance de cet entre-deux. Cette vacance dont on devine qu’on ne saura trop quoi faire. Ce temps accordé qui déjà fait peur. Un vide plus qu’un possible. Parce que l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. L’avoir crue mise à mal et s’être senti fort. L’avoir déclarée moribonde sous les coups d’amour boutoir. Et la retrouver intacte. Se savoir cueilli, emporté par elle. D’expérience la savoir si troublante et douloureuse. Mais bien devoir l’admettre. Puisque maintenant seul au vis-à-vis de la mémoire. Ressasser leurs visages ne suffira pas. Premier signe infaillible, ce léger vertige et sentir aux genoux qu’on oscille. Happé, aspiré par l’horizon des rails. Certitude que le ciel est de trop. Sans rambarde où s’appuyer, marcher la tête baissée, regard au sol. L’escalier. A rebours, rejoindre la voiture. Pierre viendra les chercher. La nuit tombée sûrement. Deux heures d’attente à Rennes. Ces villes de Loire égrenées par la voix du haut-parleur. Une lente remontée du fleuve. L’escalier descendu, remonter les couloirs. Le pas rapide. À contre courant de la masse en vacances. Carreaux de faïence aux murs. Publicités. Se sentir assailli de visages. De formules en lettres grasses. Quelques mots échappés de leurs bouches. Recueillis au passage. Bribes incohérentes. Marcher vite. Corps contournés. Sortir de là. Désemparé. Parce que, de nouveau, se sentir parmi. Non pas libre ou disponible. Pas même ballotté. Mais debout jusqu’au vertige. When the train left the station, there was two lights on behind Quel mot pour dire ce qu’en soi on trouve? Blues ne convient guère. When the train left the station, there was two lights on behind Sentiment d’un vide plus que tristesse. Well, the blue light was my blues And the red light was my mind S’occuper l’esprit d’une mélopée en boucle. Well it’s hard to tell, it’s hard to tell S’oublier en élégie lointaine. Se divertir d’une de ces filles qu’on raccompagne à la gare, une valise à la main. Qu’on regarde dans les yeux tandis qu’autour on accroche les wagons. Et qu’on pleure en regardant s’éloigner les lumières de la dernière voiture. When all your love’s in vain D’autre chose ici qu’il s’agit. Non d’un amour en vain. Mais d’une liberté où affleure l’abandon. D’un champ libre où l’on sait quelles silhouettes chaque fois s’y glissent. S’immiscent. And all my love’s in vain Démons privés, fantômes intimes. A pas pressés, rejoindre le hall.

ce qu’un enfant de sept ans sait parfaitement

J’ai toujours été étonné de la méprise qui fait du roman, pour tant d’écrivains, un instrument de connaissance, de dévoilement ou d’élucidation (même Proust pensait que sa gloire allait se jouer sur la découverte de quelques grandes lois psychologiques). Le roman est addendum à la création, addendum qui ne l’éclaire ni ne la dévoile en rien : ce qu’un enfant de sept ans sait parfaitement dès qu’il a mis le nez dans son premier vrai livre (il aura tout le temps de ses études pour tenter de l’oublier laborieusement). Que le roman soit création parasitaire, qu’il naisse et se nourrisse exclusivement du vivant ne change rien à l’autonomie de sa chimie spécifique, ni à son efficacité : les orchidées sont des épiphytes.

   J. Gracq, en lisant en écrivant

Sortir

Prendre les clés, un peu d’argent. Permis de conduire en guise d’identité. Qui sait ? Les flics, peut-être. Dans la rue déserte leur voiture lente. Contrôle. Qu’il compare ces traits cette photo. Minot. Effarouché. Quel visage se composer quelle expression ? Encore faudrait-il avoir quelque chose à faire sortir de soi !... De quoi qui soit présentable. Encore maintenant ce regard sur soi au miroir. Attendre planté là. Y déceler quoi ? S’y regarder présent… Mais si vite encombré de silence. Ce mur derrière soi la fenêtre sur la cour quelques roses table chaises ce coffre sous la fenêtre porte du placard porte du couloir et les lattes du parquet. Briser là. Sans plus tarder avancer la main. Qu’elle s’avance au miroir et prendre en poignée sur la tablette de la cheminée le billet quelques pièces les clés le carton plastifié. Sortir.

où dévaler comme vers la mer

Ce n’était rien. Seulement les rues vides (aussi vides que la nuit, ces mêmes volets clos où la peinture s’écaille). Tous partis déjà : longue dégorgée jusqu’aux plages... Quoi faire ici ? Attendre encore (l’attente comme remède à l’aporie ! simple phrase qui passe), marcher dans ces rues, même si certain de n’y rencontrer personne. Loin déjà les quelques visages amis. Une maison de campagne, un retour au pays, un parasol sur un peu de sable. Personne, et pourtant sortir de ces deux pièces. Pas même un prétexte, d’un bout de pain des cigarettes lettre qu’on poste. Sortir de là, et marcher. Descendre vers le fleuve, cette lumière en contrebas, cet au-delà des façades. Enfilades de Loire où dévaler comme vers la mer.

parution mars

à paraître au mois de mars, en souvenir du temps où l'omniprésident n'était encore que ministre de l'Intérieur

http://www.editiondubarbu.com/index.php?id_page=4

faire rempart du langage

quinze ans huit heures du matin coma éthylique quatre tournées deux centilitres vodka une demi bouteille achetée la veille anniversaire fermeture temporaire il empilait les couches de vêtements le froid la nuit sa voiture leur dire qu’au travail un parking y dormir et l’hiver se dire que ces vêtements dissimulés un sac au coffre quatre heures durant sur le trottoir d’en face métal en boucle sans qu’un instant son corps ne bouge son visage pâle de jeune femme immobile ce qu’elle attend les voisins d’en face non plus attendre mais dire quoi posée là déranger qui signifier qu’un pan qui s’écroule un tournant une impasse théâtrale une fiction qui surgit un mensonge silencieuse y trouver quoi sous les plis du métal cette voiture où soi seul un recueillement si long s’y endormir qu’ils y croient encore un peu que la vie continue vaille que vaille coûte que coûte des mots une chape de plomb une autre vie et demain s’enfoncer dans l’oubli silhouette qui s’effondre jambes qui plient sous l’alcool quatre jours d’hospitalisation deux grammes et quelque assez pour qu’au silence qu’enfin plus rien n’atteigne parce qu’il faut que ça sorte d’une manière ou d’une autre batterie qu’on cogne ou verre qu’on brise pour mieux crier un flux qui s’amorce charrier hoquetant la vie qu’on dénude le réel qui échappe et qu’on a cru destin parce qu’illusion c’est trop et qu’on a ces mots là qu’il suffirait de commencer un roulement une gorge qu’on racle ou un accord de quinte et lentement désordonné en furie bribe à bribe faire rempart du langage

un tel chantier

Démolition, entasser ces ferrailles où ne plus rien reconnaître, empilement tors et radical où tout s’emmêle, cet inextricable de la benne, ce container qu’on a abandonné là, au beau milieu de la rue, certitude que nul n’y touche, ne veuille l’emmener, benne rouille où le métal tordu s’amasse, plus rien bientôt du hangar, de l’usine, la semaine prochaine au plus, une question de jours, ces tôles qu’on abat, le toit déjà parti ces piliers un à un tendus vers le ciel gris, qu’il n’en reste plus rien (ce fracas des tôles qui retournent au silence), qu’à grands coups de masses, de tout le poids de la matière, qu’un à un les plans du bâtiment s’affaissent, que rien ne demeure debout, que s’entassent les poutrelles horizontales et muettes, déjà tordues comme si le feu, ou cette quelconque mâchoire capable de broyer déchiqueter n’en rien laisser, que tout cela fonde et reprenne forme tandis que soi

palette intime

Il ne suffit pas qu’un roman soit porté par la chaleur d’une émotion sincère ; il faut que cette émotion sache ranimer les images élues, emmagasinées et sommeillantes, toute cette iconographie intime, secrète, qui représente – elle seule et non les documents, les « petits faits vrais », collectionnés à l’extérieur – les réelles archives dont un romancier étoffe ses livres. Le mauvais romancier – je veux dire le romancier habile et indifférent – est celui qui essaie de faire vivre, d’animer de l’extérieur, et en somme loyalement, la couleur locale qui lui paraît propre à un sujet, lequel il a jugé ingénieux ou pittoresque – le vrai est celui qui triche, qui demande au sujet avant tout, et par des voies obliques et imprévues, de lui rouvrir une fois de plus l’accès de sa palette intime, sachant trop bien qu’en fait de couleur locale, la seule qui puisse faire impression, c’est la sienne.

J. Gracq, en lisant en écrivant