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Ton visage derrière la vitre ( it's hard to tell, it's hard to tell)

Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants. Tu venais tout juste de t’asseoir. A l’instant, ton buste qui s’étire, mon reflet immobile, corps en attente les yeux rivés, accrochés au mouvement de tes bras levés parce que leurs épuisettes. Si maladroits tout à l’heure dans les couloirs, traînant au sol, encombrantes, cognant autour. Tellement plus hautes qu’eux. Réussir à les placer là haut près de ton sac à dos. Sur la pointe des pieds, épaules levées tes bras qui poussent, léger rictus. Les caler, qu’à peine le train démarré elles ne retombent. Quand ce coup de sifflet. L’homme en bleu sa casquette blanche. Et que tous autour s’écartent un peu. Nombreux pourtant mais demeurés silhouettes. Ombres sans chair. Importent peu. S’éloignent de la bordure du quai. Derniers regards. Derniers signes. Et déjà la distance qui s’instaure. Une première secousse, le train qui démarre et voilà qu’on réalise. Mains ballantes marcher sur ce quai. Encore un signe de main. Plus que les corps désormais percevoir le mouvement. Soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent, devenues floues. Tout autant qu’un éloignement un effacement sous l’accélération. Se dire qu’un puzzle à reconstruire. Lequel on ne sait trop. Le mot s’impose. On s’y accroche. Offert et stable dans la mouvance de cet entre-deux. Cette vacance dont on devine qu’on ne saura trop quoi faire. Ce temps accordé qui déjà fait peur. Un vide plus qu’un possible. Parce que l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. L’avoir crue mise à mal et s’être senti fort. L’avoir déclarée moribonde sous les coups d’amour boutoir. Et la retrouver intacte. Se savoir cueilli, emporté par elle. D’expérience la savoir si troublante et douloureuse. Mais bien devoir l’admettre. Puisque maintenant seul au vis-à-vis de la mémoire. Ressasser leurs visages ne suffira pas. Premier signe infaillible, ce léger vertige et sentir aux genoux qu’on oscille. Happé, aspiré par l’horizon des rails. Certitude que le ciel est de trop. Sans rambarde où s’appuyer, marcher la tête baissée, regard au sol. L’escalier. A rebours, rejoindre la voiture. Pierre viendra les chercher. La nuit tombée sûrement. Deux heures d’attente à Rennes. Ces villes de Loire égrenées par la voix du haut-parleur. Une lente remontée du fleuve. L’escalier descendu, remonter les couloirs. Le pas rapide. À contre courant de la masse en vacances. Carreaux de faïence aux murs. Publicités. Se sentir assailli de visages. De formules en lettres grasses. Quelques mots échappés de leurs bouches. Recueillis au passage. Bribes incohérentes. Marcher vite. Corps contournés. Sortir de là. Désemparé. Parce que, de nouveau, se sentir parmi. Non pas libre ou disponible. Pas même ballotté. Mais debout jusqu’au vertige. When the train left the station, there was two lights on behind Quel mot pour dire ce qu’en soi on trouve? Blues ne convient guère. When the train left the station, there was two lights on behind Sentiment d’un vide plus que tristesse. Well, the blue light was my blues And the red light was my mind S’occuper l’esprit d’une mélopée en boucle. La retrouver bientôt dans la voiture. Cassette qu’on pousse et là… Well it’s hard to tell, it’s hard to tell Conduire et s’oublier en élégie lointaine. Se divertir d’une de ces filles qu’on raccompagne à la gare, une valise à la main. Qu’on regarde dans les yeux tandis qu’autour on accroche les wagons. Et qu’on pleure en regardant s’éloigner les lumières de la dernière voiture. When all your love’s in vain D’autre chose ici qu’il s’agit. Non d’un amour en vain. Mais d’une liberté où affleure l’abandon. D’un champ libre où l’on sait quelles silhouettes chaque fois s’y glissent. S’immiscent. And all my love’s in vain Démons privés, fantômes intimes. A pas pressés, rejoindre le hall. Queues aux guichets. Tous ces corps debout, une valise, un sac aux pieds. Silencieux l’œil au panneau des horaires. Ceux qui partent, affublés déjà casquette et short, inévitables t-shirt rayés marine. Et les autres, clés de voiture à la main. Polis demeurent encore un peu, regard ailleurs. Contourner ces groupes. Traverser cet espace qui s’ouvre à chaque pas. Jambes écartées des vigiles. Pantalons bleus et pelages sombres. Courroie de cuir des muselières. Sac de couchage roulé sous un bras. Une boîte de bière à la main. Cigarette dessus l’oreille. Lui va et vient. Connaît l’errance où l’on se jette. Les pavés des rues piétonnes où l’on s’affale. Le béton des parkings. Un à un les cachetons de la plaquette aluminium. Qu’ils passent en gorge. Et s’engloutir au temps que la chimie modèle. Pétrit. Étire. Lentement basculer au gouffre. Elle aussi contourne. Seaux au chariot, sa serpillière. Ne la voit pas, cous tendus aux tableaux d’affichage. Qu’elle efface tout, cette femme noire. Qu’elle lave tout à grande eau. Les pas perdus et le reste. Ces visages figés tous leurs mots en chaos cet après midi sans projet … Well I followed her to the station, with her suitcase, in my hand N’en sortirait peut-être jamais de cette gare. Tournant là, son chariot sa serpillière. Soucieuse d’effacer les traces. Elle, savait, à Cleveland. Se soustraire au monde, abolir tout à venir. Dans l’attente d’un train de nuit pour retourner à New York. L’avoir observée d’heure en heure, silhouette noire au retour programmé. Well I followed her to the station, with her suitcase, in my hand Hissée sur la pointe des pieds, cou tendu, achetait son billet au guichet. Puis revenait un peu plus tard. Se le faisait rembourser. Well it’s hard to tell, it’s hard to tell, when all your life’s in vain Tournait virait dans la salle d’attente. Remontait jusqu’au parking. Redescendait vers le quai. Et de nouveau le guichet l’hygiaphone. Billet en poche ce même parcours. Ce rite qui clôt l’instant. Cette longue agonie du possible. And all my life’s in vain Sortir de cette gare. Ligne des taxis les rails du tram l’esplanade de dalles blanches. Cette béance sac au dos. N’avoir pas bien compris ce qu’avait dit l’homme au guichet. Les Aubrais Orléans. Nœud ferroviaire. Saint Pierre des Corps. Navette ratée. Dans deux heures la prochaine. Un faux départ pour cette première fois dans la ville. A peine arrivé et déjà en rade au milieu d’une gare de banlieue vide. Matinée d’août. Attendre au buffet. Trop tôt pour un demi. Café. Heureusement qu’un livre en poche. Le buffet d’alors n’est plus. Ses deux portes rouges battantes. Un hublot en haut de chacune. De là que les déjantés du hall s’offraient le spectacle. L’œil collé à la vitre apercevoir la grosse blonde au t-shirt léopard le serveur gominé cou serré chemise blanche décapsuleur dans la poche du gilet noir plateau d’une main glissades nerveuses au carrelage mégots éteints papier des sucres billets compostés virevolte et gueule les commandes. Ici la vie ici l’on passe ici l’errance ici l’attente et la solitude ses rencontres de hasard ses visages qu’on observe ses écoulements de mots qui vous font vasque.

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