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Ton visage derrière la vitre du train (3)

Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants. Tu venais tout juste de t’asseoir. A l’instant, ton buste qui s’étire, mon reflet immobile, corps en attente les yeux rivés, accrochés au mouvement de tes bras levés parce que leurs épuisettes. Si maladroits tout à l’heure dans les couloirs, traînant au sol, encombrantes, cognant autour. Tellement plus hautes qu’eux. Réussir à les placer là haut près de ton sac à dos. Sur la pointe des pieds, épaules levées tes bras qui poussent, léger rictus. Les caler, qu’à peine le train démarré elles ne retombent. Quand ce coup de sifflet. L’homme en bleu sa casquette blanche. Et que tous autour s’écartent un peu. Nombreux pourtant mais demeurés silhouettes. Ombres sans chair. Importent peu. S’éloignent de la bordure du quai. Derniers regards. Derniers signes. Et déjà la distance qui s’instaure. Une première secousse, le train qui démarre et voilà qu’on réalise. Mains ballantes marcher sur ce quai. Encore un signe de main. Plus que les corps désormais percevoir le mouvement. Soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent, devenues floues. Tout autant qu’un éloignement un effacement sous l’accélération. Se dire qu’un puzzle à reconstruire. Lequel on ne sait trop. Le mot s’impose. On s’y accroche. Offert et stable dans la mouvance de cet entre-deux. Cette vacance dont on devine qu’on ne saura trop quoi faire. Ce temps accordé qui déjà fait peur. Un vide plus qu’un possible. Parce que l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. L’avoir crue mise à mal et s’être senti fort. L’avoir déclarée moribonde sous les coups d’amour boutoir. Et la retrouver intacte. Se savoir cueilli, emporté par elle. D’expérience la savoir si troublante et douloureuse. Mais bien devoir l’admettre. Puisque maintenant seul au vis-à-vis de la mémoire. Ressasser leurs visages ne suffira pas. Premier signe infaillible, ce léger vertige et sentir aux genoux qu’on oscille. Happé, aspiré par l’horizon des rails. Certitude que le ciel est de trop. Sans rambarde où s’appuyer, marcher la tête baissée, regard au sol. L’escalier. A rebours, rejoindre la voiture. Pierre viendra les chercher. La nuit tombée sûrement. Deux heures d’attente à Rennes. Ces villes de Loire égrenées par la voix du haut-parleur. Une lente remontée du fleuve. L’escalier descendu, remonter les couloirs. Le pas rapide. À contre courant de la masse en vacances. Carreaux de faïence aux murs. Publicités. Se sentir assailli de visages. De formules en lettres grasses. Quelques mots échappés de leurs bouches. Recueillis au passage. Bribes incohérentes. Marcher vite. Corps contournés. Sortir de là. Désemparé. Parce que, de nouveau, se sentir parmi. Non pas libre ou disponible. Pas même ballotté. Mais debout jusqu’au vertige. When the train left the station, there was two lights on behind Quel mot pour dire ce qu’en soi on trouve? Blues ne convient guère. When the train left the station, there was two lights on behind Sentiment d’un vide plus que tristesse. Well, the blue light was my blues And the red light was my mind S’occuper l’esprit d’une mélopée en boucle. Well it’s hard to tell, it’s hard to tell S’oublier en élégie lointaine. Se divertir d’une de ces filles qu’on raccompagne à la gare, une valise à la main. Qu’on regarde dans les yeux tandis qu’autour on accroche les wagons. Et qu’on pleure en regardant s’éloigner les lumières de la dernière voiture. When all your love’s in vain D’autre chose ici qu’il s’agit. Non d’un amour en vain. Mais d’une liberté où affleure l’abandon. D’un champ libre où l’on sait quelles silhouettes chaque fois s’y glissent. S’immiscent. And all my love’s in vain Démons privés, fantômes intimes. A pas pressés, rejoindre le hall.

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