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in my time of dying

S’il suffisait d’une toux tirer la chasse et évacuer encore un effort et racler l’encombrant mais non on le sait pourtant assis à cette table un verre à portée de main in my time of dying on a les héritages qu’on peut les racines qu’on s’invente disque vynil le bouton du volume et s’immiscer dans la façade de briques disque noir open tuning et slide ce qu’on y cherche cette résonance peut-être sous l’écho d’une voix qui meurt ce que sensuel d’une voix de gorge y court le souffle boire encore méandres des ruptures rythme chaos riff obstiné s’avancer au silence rien d’autre qu’un cheminement au final pour en soi trouver quelques mots de ceux qui ne suffisent pas neuf minutes et quelques pour se résoudre à l’abandon à ce que l’on sait qu’il faut tailler à vif refus stérile et passé clos

en prise tout autant qu'aux

si souvent en avance avant le train pour Paris du temps que seul et toute la ville autour de soi l'habitude de se poser là le goût d'happer la foule jusqu'au tournis kaléidoscope des silhouettes qu'on engouffre ogre triste et tout-puissant visages qu’on observe rencontres de hasard ces écoulements de mots qui vous font vasque

témoin des innocents aux mains vides solitudes en mal de dire parce qu’une fois dit que le temps passe ou jusqu’à quand la pluie ces mots toujours revenus ces mots à soi mots qui dévoilent plus que construisent mots témoins mots défaites mots qui détissent mots qui découvrent mots qu’il faut dire puisque le mal est fait que tout cela est loin sans plus de prise offerte à aucune force

les écouter et d’un seul regard attester du roman vrai cette photo au creux de la main ce tatouage sur le torse et la pirouette du rat sur l’épaule

eux que la ville crache engloutit et remâche rien d’autre qu’une longue déglutition de précipices intimes de ceux que l’on porte en soi failles ou fêlures abîmes d’un territoire inexploré savamment repoussé formulé pour mieux le réduire au silence

errance déshérence passe-passe des mots colmater quoi à coups de syllabes ingénu masquer ce que la plaie vomit d'entre ses lèvres où si l'on fouaille on ne sait trop ce qu'on arrache seulement certain que s'en remettre est difficile en prise tout autant qu'aux

jeu dangereux jeu illusoire bientôt désintégré à pareille pantomime sans une paire d'yeux où exister et ces mots enfin qu’on fait sortir de gorge sans que mieux qu’un écho mieux qu’un miroir savoir enfin qu’on est

une bonne chose que le monde ait des témoins

Le sentiment que c'est une bonne chose que le monde ait des témoins, qui naturellement témoignent d'eux-mêmes en même temps que de lui, est sans doute une des raisons qui poussent à écrire. J'ai une disposition plutôt contemplative qu'active. Je ne suis pas du tout sûr que le monde serait incomplet s'il n'était pas dit, plus ou moins bien: c'est moi plutôt qui me sentirais tel, dans une certaine mesure: raison tout à fait suffisante pour écrire sans doute. La littérature nous restitue le monde privé d'"être", soit! mais rien non plus ne peut remplacer ce mode de présence-absence qu'est la fiction; je m'embarque sans complexe sur ce radeau de fortune sur lequel, après tout, ont navigué tous les écrivains. Au surplus Valéry remarque quelque part dans ses Cahiers que le mot "être" utilisé métaphysiquement -- mal défini, mal cerné -- rend tout de suite les problèmes inutilement vertigineux. J'ai envie de l'approuver timidement. Il est permis de laisser de côté la question si c'est bien un supplément d'"être".

Julien Gracq, Entretiens

ton visage derrière la vitre du train nos deux enfants ce coup de sifflet

ton visage derrière la vitre du train nos deux enfants ce coup de sifflet

tu viens tout juste de t’asseoir à l’instant ton buste qui s’étirait mon reflet immobile corps en attente les yeux rivés accrochés au mouvement de tes bras levés parce que leurs épuisettes si maladroits tout à l’heure dans les couloirs traînant au sol encombrantes cognant autour tellement plus hautes qu’eux réussir à les placer là haut près de ton sac à dos sur la pointe des pieds épaules levées tes bras qui poussent léger rictus les caler qu’à peine le train démarré elles ne retombent

ce coup de sifflet l’homme en bleu sa casquette blanche s’écarter nombreux autour mais demeurés incertains ombres sans chair importent peu s’éloignent eux aussi de la bordure du quai derniers regards derniers signes et déjà la distance qui s’instaure

une première secousse le train qui démarre mains ballantes marcher sur ce quai encore un signe de main plus que les corps désormais percevoir le mouvement soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent devenues floues tout autant qu’un éloignement un effacement sous l’accélération se dire qu’un puzzle à reconstruire lequel on ne sait trop seulement le mot s’impose on s’y accroche offert et stable dans la mouvance de cet entre-deux de cette vacance dont on devine qu’on ne saura trop quoi faire ce temps accordé qui déjà fait peur

un vide plus qu’un possible parce que l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes l’avoir crue mise à mal et s’être senti fort l’avoir déclarée moribonde sous les coups d’amour boutoir et la retrouver intacte se savoir cueilli emporté par elle d’expérience la savoir si troublante et douloureuse mais bien devoir admettre sa présence puisque maintenant seul au vis-à-vis de la mémoire

ressasser leurs visages ne suffira pas

premier signe infaillible ce léger vertige et sentir aux genoux qu’on oscille happé aspiré par l’horizon des rails certitude que le ciel est de trop démuni parce que sans rambarde où s’appuyer marcher tête baissée regard au sol les marches de l’escalier le pas rapide remonter les couloirs à contre courant de la masse en vacances carreaux de faïence aux murs publicités se sentir assailli de visages formules en lettres grasses quelques mots échappés de leurs bouches bribes incohérentes recueillies au passage marcher vite corps contournés sortir de là désemparé parce que de nouveau se sentir parmi non pas libre ou disponible pas même ballotté mais debout jusqu’au vertige

When the train left the station, there was two lights on behind

quel mot pour dire ce qu’en soi on trouve blues ne convient guère

When the train left the station, there was two lights on behind

sentiment d’un vide plus que tristesse

Well, the blue light was my blues And the red light was my mind

s’occuper l’esprit d’une mélopée en boucle la retrouver bientôt dans la voiture cassette qu’on pousse et là

Well it’s hard to tell, it’s hard to tell

conduire et s’oublier en élégie lointaine se divertir d’une de ces filles qu’on raccompagne à la gare une valise à la main qu’on regarde dans les yeux tandis qu’autour on accroche les wagons et qu’on pleure en regardant s’éloigner les lumières de la dernière voiture

When all your love’s in vain

d'autre chose ici qu’il s’agit non d’un amour en vain un faux départ plutôt liberté grande où affleure l'abandon champ libre où l’on sait quelles silhouettes chaque fois s’y glissent s’immiscent démons privés fantômes intimes 

And all my love’s in vain

à pas pressés rejoindre le hall tous ces corps debout queues aux guichets une valise un sac aux pieds silencieux l’œil au panneau des horaires casquettes et shorts inévitables t-shirt rayés marine clés de voiture à la main demeurent encore un peu regard ailleurs contourner ces grappes immobiles traverser cet espace qui s’ouvre à chaque pas

jambes écartées des vigiles pantalons bleus et pelages sombres courroie de cuir des muselières leurs chiens sont des sexes brandis

lui va et vient une boîte de bière à la main sac de couchage roulé sous un bras cigarette dessus l’oreille connaît l’errance où l’on se jette lles pavés des rues piétonnes où l’on s’affale le béton des parkings un à un les cachetons de la plaquette aluminium qu’ils passent en gorge et s’engloutir au temps que la chimie modèle pétrit étire lentement basculer au gouffre

Well I followed her to the station, with her suitcase, in my hand

elle aussi les contourne ses pas lents mesurés son dos penché sous l'acrylique bleu pâle ses deux bras en appui sur la barre du chariot deux ou trois seaux un balai serpillière ne la voit pas penchés au dessus des poussettes le cou tendu aux tableaux d’affichage promesse du départ que ces lettres tournent indiquent blanches le quai où se rendre s'abandonner au flux mouvant et partir

elle n'en sortirait peut-être jamais de cette gare tournant là son chariot sa serpillière soucieuse d’effacer toutes traces de leur passage ce mouvement continuel

Well I followed her to the station, with her suitcase, in my hand

oui qu’elle lave tout à grande eau les pas perdus et le reste ces visages figés tous leurs mots en chaos cet après midi sans projet cette ombre qu'ils piétinent au trottoir quand soi seul parmi la foule

elle savait à Cleveland connaissait la formule pour se soustraire au monde abolir tout à venir l’avoir observée d’heure en heure dans l’attente d’un train de nuit pour retour vers New York  silhouette noire au retour programmé se hissant sur la pointe des pieds jusqu'au guichet achetait son billet repartait puis revenant un peu plus tard sortait le billet de sa poche se le faisait rembourser tournait virait dans la salle d’attente remontait jusqu’au parking redescendait vers le quai et de nouveau le guichet l’hygiaphone puis billet en poche ce même parcours encore une fois répétait ce rite qui clôt l’instant une longue agonie du possible

Well it’s hard to tell, it’s hard to tell, when all your life’s in vain

sortir de cette gare traverser la ligne des taxis les rails du tram l’esplanade de dalles blanches retrouver la voiture l'avoir compris quinze ans plus tôt la première fois qu'ici descendu sur le quai matinée d’août sans voyageurs l'escalier quasi désert non la ville mais son approche ce parking immense venu buter sur les thuyas en ligne aucun dallage alors seul le bitume le panneau pour l'Intermarché à deux minutes au premier feu à droite les maisonnettes grises comme villas rabougries jardinets exposés nord confirmation sous l'abri bus gare des Aubrais coup d'oeil au plan une gare en ville l'autre à l'écart pas bien compris ce qu’avait dit l’homme au guichet de Cholet Les Aubrais Orléans nœud ferroviaire Saint Pierre des Corps tout comme rien de moins qu'un faux départ dans deux heures la prochaine navette pour Orléans à peine arrivé et déjà en rade au milieu d’une gare de banlieue vide

ce rêve il y a peu phrase qui poursuit même éveillé plus que je ne l’agis ce monde m’agite passager sur un quai tranquille sinon heureux tant que passe la foule autour et soudain si désemparé quand se retrouver seul l’agitation terminée l’agitation terminée les voyageurs égaillés quand plus rien sinon les rails quelques wagons de marchandises les citernes rouille rien d'autre à faire que marcher mains aux poches jeter un coup d'oeil aux confiseries derrière la vitre s'attarder à cette fente où la pièce un journal abandonné au sac poubelle plus que je ne l’agis ce monde m’agite  

And all my life’s in vain

trop tôt pour un demi café heureusement qu’un livre en poche attendre au buffet remettre à plus tard à quoi bon prendre un bus demeurer là un peu une antichambre un condensé d'échéances repoussées attendues refusées désirées seulement cette certitude qu'ici la vie ici l’on passe ici l'on part ici l’errance ici l’attente ici le rêve ici l'ailleurs ici la marge ici latence ici fêlure lieu des corps qui s'éloignent des mains qu'on serre des bras qui s'ouvrent du journal qu'on lit pour passer le temps de la pendule que l'on fixe des ballons que l'on boit sans jamais billet en poche    

deux heures d'attente à Nantes largement le temps pour un sandwich elle a dit que Pierre viendrait les chercher la nuit tombée sûrement pour l'instant une lente remontée du fleuve sur le quai ces villes de Loire égénées haut-parleur mots paysages progressivement s'enfoncer au bocage ce qui en reste leur envier ces quinze jours dans la presqu'île

non pas aujourd'hui pas maintenant y faire quoi accoudé au comptoir esseulé et sans prises parmi les courants d'air mieux que formica un lissé laque inquiet d'un tel espace sans cloison ni recoin ni libre ni sûr  vitrines obscènes défilé des voitures et du tram

y demeurer comment exposé aux regards tournis des yeux abstinents en haut des corps pressés silhouettes attachés-cases épaules basses des valises masse emportée par la vague destination en tête et pressurés d'horaires pas de temps à perdre un gobelet vite avalé puis repartir sans traces encaisse muette tablier blanc casquette idem cheveux chignon d'un signe de main la poubelle désignée pour l'hésitant  couvercle aveugle aussitôt qu'entrouvert déchets entassés sous l'armature plastique y faire quoi immobile quand tout ce flux autour

le buffet n'est plus la parenthèse est morte rouges ses deux portes battantes un hublot en haut de chacune de là que les déjantés du hall s’offraient le spectacle eux qui tournent en innocence l'œil collé à la vitre le comptoir et derrière la grosse blonde au t-shirt léopard les bidasses aux doigts lents sur leurs crânes ras glissades nerveuses du serveur gominé quelques mètres carrés de carrelage où tourner souliers vernis mégots éteints billets compostés déchirés papiers des sucres le cou serré dans sa chemise blanche décapsuleur dans la poche du gilet noir plateau d’une main virevoltait commandes gueulées 

si souvent en avance avant le train pour Paris du temps que seul et toute la ville autour de soi l'habitude de se poser là le goût d'happer la foule jusqu'au tournis kaléidoscope des silhouettes qu'on engouffre ogre triste et tout-puissant

Habiter un lieu

Habiter une chambre, qu’est-ce que c’est ? Habiter un lieu, est-ce se l’approprier ? Qu’est-ce que s’approprier un lieu ? A partir de quand un lieu devient-il vraiment vôtre ? Est-ce quand on a mis à tremper ses trois paires de chaussettes dans une bassine de matière plastique rose ? Est-ce quand on s’est fait réchauffer des spaghettis au-dessus d’un camping-gaz ? Est-ce quand on a utilisé tous les cintres dépareillés de l’armoire-penderie ? Est-ce quand on a punaisé au mur une vieille carte postale représentant le Songe de sainte Ursule de Carpaccio ? Est-ce quand on y a éprouvé les affres de l’attente, ou les exaltations de la passion, ou les tourments de la rage de dents ? Est-ce quand on tendu les fenêtres de rideaux à sa convenance, et posé les papiers peints, et poncé les parquets ?

G. Perec, Espèces d’espaces

se retrouver seul avec ses mots

Ce n’était donc que cela le silence d’un qui s’était tu et certitude que le silence n’est pas la mort même si l’inverse pourtant vrai pourquoi cette obsession d’une dernière fois parler des mots pour en faire quoi se souvenir de ces deux heures dernière visite du besoin de dire ce que lui et son père et les débuts à l’usine une mise en ordre chronologique l’écouter et se savoir absent de ses phrases on la fait comment sa place parmi les mots se caser aux lignes d’une vie désir idiot l’écho ne peut naître que d’un creux d’un espace libre où les mots en boucle le chaos des bandes vasque réceptacle abîme où les mots encore eux cette mise à distance qu’ils permettent cette sourde et lointaine préparation à l’absence as he’ll lay dead le nom d’un fichier en témoigne de là tout partirait point focal duquel l’espace et le temps la trame des images des renoncements et des refus les lignes des paysages et l’abandon aux zones frontières rien ici ne s’arrête tout s’y concentre y fait poids jusqu’à brisure tout s’y malaxe tout y hurle tandis que là il va gire la mort et ses consonnes qu’elle traîne derrière elle amour remords on a beau savoir les avoir lus aux pages colonnes tous ces hasards de langue connaître ce qui s’y niche et tiraille se redire ces mots des autres plaqués sur cette matière que l’on dit soi et d’où l’on vient ce dernier fragment du vieux monde ce dernier lien cette dernière voix ce n’était donc que cela se retrouver seul avec ses mots

la vie qui va la vie qui lutte

Et dire qu'on a vu grandir un de ceux capables d'écrire ça:

http://www.liberation.fr/rebonds/309470.FR.php

Pas si souvent qu'on peut faire siens les mots des autres...

Parce que sa bouche entr’ouverte au silence

Parce que sa bouche entr’ouverte au silence lèvres immobiles le souffle absent se souvenir de cette certitude à mesure que la route se déroule toujours plus vite la nationale savoir qu’une fois là-bas son masque dessus un drap et les serrer dans les bras parce que nous autres êtres grammaire nous êtres sanglots d’un ne plus simple constat et le passé en pleine gueule