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rien de plus ordinaire

rien de plus ordinaire oui de nombreux comme passé sans plus mais l’avoir revendiqué hissé bannière du non et s’être embrouillaminé d’invectives vaines avoir pris à bras le corps les fantômes et s’être effondré dans la danse rien de plus ordinaire le savoir oui lentement l’admettre on et seulement on on tout autant que je que le on m’apaise et que ma voix prenne forme chanter encore dehors dedans mais toujours plus que ces bribes déchirures qui se heurtent au silence rien de plus ordinaire ne plus déverser

personne ne l’attendait plus

Cette dernière image tout à coup vint le saisir par la nuque et l’assiégea si brusquement, si intimement, qu’il s’en sentit étourdi ; si proche à cette heure, elle l’éloignait de lui : qu’elle ne fût pas là maintenant, tout de suite, c’était comme l’élancement aigu, désespéré, du souvenir d’une morte, comme s’il n’allait plus jamais la revoir. Il regarda autour de lui et ne vit plus un moment qu’une planète éteinte, où toute promesse était condamnée : les roseaux jaunes, les fossés, la route vide, le ciel qui commençait à se recouvrir. Il lui sembla tout à coup que personne ne l’attendait plus.

Julien Gracq,

La Presqu

’île

papy et mamie ils habitent en Amérique

tenir le pas gagné jusque dans les jours blêmes aller puiser la force admettre ce qu’ils possèdent de rage contrainte les mots ravalés ne le sont pas pour long temps simples bulles ou parenthèses apprendre le fil des jours celui des phrases ne rien dire ne rien faire et contempler débusquer chercher l’angle c’est autour qu’on se parcoure dans l’hier et l’alentour trop de gueuserie amassée pour se croire centre enfant des périphéries des champs mités d’usines des nationales grosses de rond points menton sur le poing fenêtre chambre des zébras les bulldozers fanions plastique et voitures d’occasion leurs carcasses en lignes entrecroisées longues files alenties des mois vacances les apercevoir de dessous les volets à l’italienne dos rond d’ennui les vapeurs d’essence de la station tuyaux métal sortis du sol respiration des cuves le blanc du camion citerne les lettres rouges et la clé pour fixer les tuyaux du camion dégueulis pétrole le chauffeur en uniforme le temps pris pour les œufs un coup de blanc un café couper la tournée aujourd’hui au miroir de l’armoire les lumières des marchands sportswear matériel de bureau un bison plastique planté sur une pelouse papy et mamie ils habitent en Amérique plus même le cèdre énorme lui seul pour accueillir le soleil au matin bricolage tôles vertes et blanches jardinerie le clown plastique du mac do pas lui qui l’a bouffé mon coin d’avant pas cette force grignoté seulement miette à bout doucement l’étau qu’on serre huilé d’un doigt venu de là et résister à ça venu de là se construire mot à mot ne plus croire qu’à démolir être un peu plus debout

quoi que

combien de mots

combien de mots resteront enfouis combien d’autres juste bons pour la mise en ombre des silences

J’ai répété comme évidence, pissant dans l’herbe : « Ah ça on pisse moins loin… on vieillit !...»

selva oscura l’attirante et l’enfouie

si peu sûr dans cette ville si souvent s‘y presque perdre il y a peu des travaux sur les quais fidèle au fleuve l’axe perdu ne plus savoir où dessus dessous plaques de béton de nouveau tenter les quais qu’un peu plus loin peut-être

descendre la rue sienne presque dix ans les volets gris combien de fois de ses mains les avoir poussés refermés sur la nuit l’admettre morte puisqu’elle aussi ses volets clos la vieille du dessus la proprio corps malingre corps voûté sa veste bleue et son caddy dans le couloir au pied de ses escaliers les poireaux qui dépassent sa silhouette dans la cour sans un regard échangé quand glisser un sac dans la poubelle

descendre vers

la Loire

toujours ces travaux que jamais cette ville ne soit devenue sienne y vivre depuis presque vingt ans y glisser sans traces repères dissous aussitôt oubliés si ce n’est le fleuve

qu’une nuit assis sur les pavés seuls le cri des oiseaux l’eau qui coule et la lumière des lampadaires sur l’autre rive ne rien lui dire pas cette fois simplement l’abandon nullement souffrir du silence deux dans la nuit l’alcool ne délie rien le vide délite

remonter jusqu’à ces volets gris et dormir lourd seul ne parvenir à s’inscrire dans l’espace engoncé d’errance nulle part et partout s’heurter au labyrinthe ses cloisons renouvelées

alors immobile prendre posture n’être plus qu’un regard effacer l’isolement voir au travers sans percer les mystères et lentement s’immiscer du côté des ombres

quitter la rocade feu rouge rond-point une bribe de zone industrielle passer le pont dessus la voie rapide un rond-point descendre encore maisons béton jardinets clos thuyas murets caravane un bateau portière claquée retour en maison vide

les clés sur le meuble de l’entrée scotchés sur la porte bouts de papier pense-bêtes ne pas oublier de jeudi piscine Stéphanie lundi 15 son écriture une bière peut-être un disque une bière l’écouter au fauteuil ouvrir la porte-fenêtre et

ne pas trop savoir quoi doigt qui glisse au long des pochettes carton un CD peut-être quoi d’autre sinon combler le silence s’assurer la bande-son d’un moment muet assis au fauteuil quelques lampées les mots en vrac pensées d’absence plaie qu’on caresse Hound Dog Taylor choix judicieux

deux guitares une batterie she’s gone doigts effilés son galurin sur la tête saturation son lourd et slide quelques mots suffisent the woman I love les répéter riffs les mots riffs aux cordes un motif de batterie de rares roulements I ain’t gonna be here long l’accompagner du pied du doigt à la cannette she don’t love me no more chanter avec chanter par bribes

une matière noire non tant de peau qu’autre et radicale selva oscura l’attirante et l’enfouie matière noire matière nuit s’y enfoncer traverser peut-être au moins la parcourir certitude que là le territoire où fouiller fouailler fouler le sol de la matière noire au-delà qu’on porte en soi s’y parcourir matière intime qu’on y devine

et lentement du côté des ombres

voie ferrée en surplomb d’un doigt la cassette au lecteur volets clos des bâtiments SNCF vitres brisées caténaires de la voie ronces du talus au feu rouge un pont de pierre le bar en face lumière saturée sur l’esplanade calcaire

masse béton voie rapide chaque fois des affiches cirque FN joui.com affiches recouvertes affiches qu’on déchire quelques lettres de peinture noire clignotant Willie Mae Willie Mae turnaround s’inscrire au flux

déjà loin Willie l’aimée plus qu’un prénom syllabes en bouche au mieux sa photo sous le cuir d’un portefeuille les voix peut-être les plus rapides à s’éteindre

sauvegardée la sienne race records traversée d’un siècle s’inventer un folklore et pourtant qui encore une patte lapin en poche le souvenir du tracteur et le blanc du coton qu’importe ailleurs la réponse l’hésitation majeur mineur et soi seul sur la route abandonné ou fou d’amour les plaies que l’on noie ces carrefours dont on ne sait trop quoi faire

s’abandonner à la rocade ses panneaux pris au flux pas d’hésitation ici rouler au cul d’un camion d’un doigt dans la poussière un doigt a écrit sale continuer régulier sur la rocade s’éloigner des lotissements aux tuiles béton quelques immeubles puis la suite des hangars un camion posé sur le toit de l’un champs de poiriers les ronces aux pieds sortir bientôt

si peu sûr dans cette ville si souvent s‘y presque perdre il y a peu des travaux sur les quais fidèle au fleuve l’axe perdu ne plus savoir où dessus dessous plaques de béton de nouveau tenter les quais qu’un peu plus loin peut-être descendre cette rue sienne presque dix ans

ces volets gris combien de fois de ses mains les avoir poussés refermés sur la nuit l’admettre morte puisqu’elle aussi ses volets clos la vieille du dessus la proprio corps malingre corps voûté sa veste bleue et son caddy dans le couloir au pied de ses escaliers les poireaux qui dépassent sa silhouette dans la cour sans un regard échangé glisser un sac dans la poubelle

descendre vers

la Loire

toujours ces travaux que jamais cette ville ne soit devenue sienne y vivre depuis presque vingt ans y glisser sans traces repères dissous aussitôt oubliés sinon ce fleuve

qu’une nuit assis sur les pavés seuls le cri des oiseaux l’eau qui coule et la lumière des lampadaires sur l’autre rive ne rien lui dire pas cette fois simplement l’abandon nullement souffrir du silence deux dans la nuit l’alcool ne délie rien le vide délite

remonter jusqu’à ces volets gris et dormir lourd seul ne parvenir à s’inscrire dans l’espace seul engoncé d’errance nulle part et partout n’être plus qu’un regard effacer l’isolement voir au travers sans percer les mystères et lentement du côté des ombres

les constellations étaient chaos

J’ai vu les soldats poser le lance-roquette en mains, les carcasses de voitures calcinées, les grands yeux ronds des enfants presque morts, les façades des immeubles en ruines, là où sniper, un mot nouveau

J’ai dormi sur les bancs des villes, un sac à dos dessous ma tête, un portefeuille glissé au slip, rencogné le long des vieilles pierres quand le vent froid

J’ai marché ignorant le nom des herbes, des arbres et des buissons, les constellations étaient chaos

J’ai marché la tête basse sur les trottoirs, regardé de longues heures aux terrasses, sans que jamais pourtant vraiment dilué

J’ai chanté des mots anglais, joué des notes en boucle

J’ai entendu le nom des décideurs des politiques politiciens le cours des bourses taux d’inflation relance reprise rigueur chômage pragmatique

J’ai vu les herbes hautes tout autour des hangars de tôle, les portails clos (même les lettres pour nommer avaient été déboulonnées)

J’ai bu des verres de blanc, le rond des verres sur la toile cirée, jusqu’à ma main posée sur la cuisse, l’autre au godet

J’ai récité des verbes irréguliers, des déclinaisons latines et allemandes, debout devant un buffet ciré, les clés astiquées

J’ai écouté des vies, des mères reniées, des pères trop morts, vies qu’on détisse, mots détestés

J’ai ouvert les livres sans savoir quoi, Strogoff fut le premier choisi, tout de suite à droite après l’entrée, incapable de remonter plus loin

J’ai écouté une vieille dame parler voyoucratie et Mitruand, un lavoir dans la cour, liseré doré sur les verres de cassis