selva oscura l’attirante et l’enfouie
si peu sûr dans cette ville si souvent s‘y presque perdre il y a peu des travaux sur les quais fidèle au fleuve l’axe perdu ne plus savoir où dessus dessous plaques de béton de nouveau tenter les quais qu’un peu plus loin peut-être
descendre la rue sienne presque dix ans les volets gris combien de fois de ses mains les avoir poussés refermés sur la nuit l’admettre morte puisqu’elle aussi ses volets clos la vieille du dessus la proprio corps malingre corps voûté sa veste bleue et son caddy dans le couloir au pied de ses escaliers les poireaux qui dépassent sa silhouette dans la cour sans un regard échangé quand glisser un sac dans la poubelle
descendre vers la Loire
qu’une nuit assis sur les pavés seuls le cri des oiseaux l’eau qui coule et la lumière des lampadaires sur l’autre rive ne rien lui dire pas cette fois simplement l’abandon nullement souffrir du silence deux dans la nuit l’alcool ne délie rien le vide délite
remonter jusqu’à ces volets gris et dormir lourd seul ne parvenir à s’inscrire dans l’espace engoncé d’errance nulle part et partout s’heurter au labyrinthe ses cloisons renouvelées
alors immobile prendre posture n’être plus qu’un regard effacer l’isolement voir au travers sans percer les mystères et lentement s’immiscer du côté des ombres
quitter la rocade feu rouge rond-point une bribe de zone industrielle passer le pont dessus la voie rapide un rond-point descendre encore maisons béton jardinets clos thuyas murets caravane un bateau portière claquée retour en maison vide
les clés sur le meuble de l’entrée scotchés sur la porte bouts de papier pense-bêtes ne pas oublier de jeudi piscine Stéphanie lundi 15 son écriture une bière peut-être un disque une bière l’écouter au fauteuil ouvrir la porte-fenêtre et
ne pas trop savoir quoi doigt qui glisse au long des pochettes carton un CD peut-être quoi d’autre sinon combler le silence s’assurer la bande-son d’un moment muet assis au fauteuil quelques lampées les mots en vrac pensées d’absence plaie qu’on caresse Hound Dog Taylor choix judicieux
deux guitares une batterie she’s gone doigts effilés son galurin sur la tête saturation son lourd et slide quelques mots suffisent the woman I love les répéter riffs les mots riffs aux cordes un motif de batterie de rares roulements I ain’t gonna be here long l’accompagner du pied du doigt à la cannette she don’t love me no more chanter avec chanter par bribes
une matière noire non tant de peau qu’autre et radicale selva oscura l’attirante et l’enfouie matière noire matière nuit s’y enfoncer traverser peut-être au moins la parcourir certitude que là le territoire où fouiller fouailler fouler le sol de la matière noire au-delà qu’on porte en soi s’y parcourir matière intime qu’on y devine
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