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web bloc

blocs parce que pièces brutes sans le temps du lissé parce que temps pris temps volé temps d’urgence temps soi temps parole cassure qu’on s’impose qu’on se doit blocs parce qu’affleurement de l’enfoui celui qu’en soi sa mise en mots la durée nécessaire blocs parce que matériau et qu’il reste à construire réunir ajuster découper joindre si possible

goût du jailli

non pas autour du monde mais autour des mots seulement serait de trop tentation brève et récurrente vouloir s’y nier ou s’accommoder du silence mots pour le flux pour l’avant pour saisir mots qu’on traîne et qu’on dit soi quelques syllabes la tête qu’on lève ou qu’on retourne l’objet qu’on lâche papier qu’on cache mots engrangés empilés quoi d’autre qu’un récit même lacunaire quelques fusées mots gymkhana et aboutir au je mots qui échappent ne pas s’y diluer demeurer ferme oui mais comment mots amadoués mots décapés nulle délivrance seulement tisser remettre en jeu sans rime ni raison ou cause à défendre mots qu’on a crus et mots qu’on quitte mots d’abandon et mots abîmes mots miroirs mots fissures goût du jailli

parler contre les paroles

N’en déplaise aux paroles elles-mêmes, étant données les habitudes que dans tant de bouches infectes elles ont contractées, il faut un certain courage pour se décider non seulement à écrire mais même à parler. Un tas de vieux chiffons pas à prendre avec des pincettes, voilà ce qu’on nous offre à remuer, à secouer, à changer de place. Dans l’espoir secret que nous nous tairons. Eh bien! relevons le défi.

Pourquoi, tout bien considéré, un homme de telle sorte doit-il parler? Pourquoi les meilleurs, quoi qu’on en dise, ne sont pas ceux qui ont décidé de se taire? Voilà ce que je veux dire.

Je ne parle qu’à ceux qui se taisent (un travail de suscitation), quitte à les juger ensuite sur leurs paroles. Mais si cela même n’avait pas été dit on aurait pu me croire solidaire d’un pareil ordre de choses.

Cela ne m’importerait guère si je ne savais par expérience que je risquerais ainsi de le devenir.

Qu’il faut à chaque instant se secouer de la suie des paroles et que le silence est aussi dangereux dans cet ordre de valeur que possible.

Une seule issue: parler contre les paroles. Les entraîner avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte qu’elles s’y défigurent. Il n’y a point d’autre raison d’écrire. Mais aussitôt conçue celle-ci est absolument déterminante et comminatoire. On ne peut plus y échapper que par une lâcheté rabaissante qu’il n’est pas de mon goût de tolérer.

Francis Ponge, « Des raisons d’écrire »

l'inévitable

ce n’était plus que ça une pièce immense blanc lumineux du sol au cloison rien d’autre et la musique en boucle synthétique sans aucune variation et la roue qui tourne une attente cette femme qui articule plus qu’elle ne parle seule au milieu de rien lisant lente les chiffres chaque fois qu’une boule au tuyau transparent jamais remarqué le trèfle en plus de vingt ans trente peut-être et cette femme qui n’avait pas vieilli sans prise sans heurt impeccable sa jupe droite son décolleté cheveux tirés lente articule non pas lamento annonce de toute sa bouche puisque  l’inévitable de ça qu’il s’agit l’inévitable destin synthétique des boules qui tombent et roulent pas un n’y échappe ce nom qu’elle prononce solennelle son nom le prénom et la ville la semaine prochaine elle saurait qu’elle compose le numéro sur son téléphone et alors

à ne plus savoir qu’en faire

en faire la liste ne pouvait suffire puisqu’on les savait déjà là immobiles enfermés au gros volume dessous sa couverture grise et sa graine pissenlit auraient mérité mieux

les croiser peut-être distribuer le néant des cases noires et le remplir enfin cet espace clos quadrillé un embrouillaminis

les aligner en paquets réguliers l’école regorgeait de ces rectangles sûrs ces carrés sûrs d’où surgissement banni

les habiter peut-être trouver refuge s’y abriter surtout qu’ils ne dévoilent rien quand seule leur évidence un peu lointaine

il n’y avait qu’eux un ailleurs du monde et non lui pas même son reflet pas même écho sonore eux à ne plus savoir qu’en faire

ghost host

il en fallait des mots ce poids sinon silence trop lourd à en palper l’indéfini lappe lappe lèche et sèche de la salive encore délivre les tes impressions le cercle diffus dans lequel tu tournes tu danses tes mains tendues colin-maillard qu’en sais-tu du monde sinon que concentrique mais aussi puits quand au dedans lippe aux lèvres encore un peu ils sont nombreux les invités les gueux fantômes en terre de brume

bien sûr il y avait les chansons rimes prêtes et langue d’ailleurs

coz’ I’m a lover not a fighter

et dire non un peu plus clore le monde parce qu’au ventre le cri rauque bafouillis rage que dans la gorge se résolve toute impuissance ce cri souffle tendu qu’on aide des poings s’y ancrer l’expulser et ce goût du pantelant plutôt que bouche sèche sinon la paix une tension moindre

mais aujourd’hui à buter sur les mots quand autour ce bruissement glauque non le silence d’avant l’orage longtemps déjà que le temps n’écoute plus mais ce glissement de terrain que l’on devine ce sifflement des coups sous les mots sûrs mots assénés mots des masques des certitudes nous avions cru les oublier mais ces traces de glaise à nos bottes ce noir sous les ongles qui nous faisait sourire

stand up get up stand up for your rights

trop peureux ils le savent incapables du moindre coup poings mimétiques mollement levés jamais brandis aller coller nos lèvres à celles si froides sous la glaise peuple muet des rêves et des dérives cohorte mémoire souffle glacé silencieux s’avancer qu’acier nos mots de la bouche d’ombres

récit

trois à table un coin de brasserie femmes des collègues rendez-vous habituel de quoi dire après si long week-end emménagement de l’une profiter du jardin même si les tas de terre encore quelques gravats la plus jeune lui expliquer qu’une terrasse caillebotis pas cher en attendant qu’une vraie météo d’ailleurs qu’un fils confie au téléphone heureusement qu’un récit un comble creux brin d’aventure apologue ma pauvre dame de nos jours on en voit de belles que dans la résidence avec son fils sa belle-fille Noirmoutier les vacances pour le week-end vous comprenez quatre heures du matin tout de même à hurler sur le palier son chien qu’il appelait hurlait Paulo Paulo qu’il vienne lui ouvrir effondré devant sa porte hoquetant sanglots les larmes d’un poivrot à se demander même comment il avait fait pour le digicode que certain sûrement le ramener pas lui rendre service tous ceux qui l’entretiennent dans les bars y boire son aide sociale là étalé pas méchant non mais la braguette ouverte rendez-vous compte braguette ouverte et à des heures pas bien courageux son fils et la belle-fille aussitôt rentrée affolée pas bien dangereux mais le rentrer qu’il donne sa clé arrête d’hurler Paulo Paulo sûrement son chien qui pouvait lui ouvrir enfin bref on a fini par l’avoir la fameuse clé imaginez dans la poche de son pantalon mon fils mon fils pas bien fier mais il fallait ouvrir la porte et l’un aux jambes l’autre aux bras le rentrer et hop le chien le fameux Paulo qui en profite pour se sauver le rattraper ensuite dans l’escalier ma belle-fille qui s’en est occupé nous avec notre saoulot dans les bras et encore il a fallu l’appeler sinon elle aurait pas bouger évidemment me plaindre au gardien le lendemain matin quatre heures du matin braguette ouverte qu’il boive dans la journée encore mais à des heures pareilles et quand on est pas là qui c’est qui s’en occupe enfin bref le Paulo rentré l’autre couché sur son canapé salade du pêcheur steak saignant elle arrive la pizza elle arrive un plat un demi un café pas de dessert comme d’habitude

trappes et strates

quoi d’autre que récit sinon trappes et strates de quoi panser blessures et ne rien dire croire tout dire ne rien penser mal panser se dépasser sans trop savoir jusqu’où oui il vous faudra haïr comment donc autrement supporter un peu seulement qu’un pan seulement du rideau cet entr’ouvert savoir sur quoi trop peu de mensonges il vous faudra haïr et continuer encore malgré dégoût la lassitude continuer hardi petit continuer jusqu’à ce que minuscule lilliputien sans même une corde pris au piège continuer démêler comment trop d’un seul bloc emberlificoté vous ne danserez plus à terre à terre la bête et du haut du tertre minuscule la voix encore codée toujours inlassable débitant délitant délire est mort

way down inside

encore un peu encore un peu s’il vous plaît trop du silence du bruit sinon repère qu’opère magie comme ils disent qu’on s’y croit de l’opéra du qui respect inspire aspire à quoi qu’importe à l’éternel devrait suffire présent dissous présent diffus présent abscons présent dilué du rêve une pluie d’argent et l’homme sucre l’homme sucre encore qu’il nous donne et pardonne nos péchés comme à ceux qui miséricorde jusqu’à tomber rouler s’écraser au fond du fossé s’y complaire et pas même à l’aide pas une idée non aspirer au silence et savoir que non toujours cette morsure non encore une fois tendre lèvres essayer ce qu’on en sait ce qu’on a cru craché juré aimé brisé pris au piège

Mais les réveils ?... Avec la lumière vive du dehors…

Mais les réveils ?... Avec la lumière vive du dehors… S’y glisser comment jusqu’au réel ? Par quel interstice ? S’imaginer quelle intrigue pour encore avoir prise ? Pour encore avoir lien… Aller où ?... Une fois la main passée sur le visage, et pas même la force d’un clin d’œil au miroir… La trouver où la force ? Celle qui fait que debout… Ne pas s’allonger là, au frais sur les lattes du parquet… Fermer les yeux et attendre… S’envelopper du silence… Un à un faire taire tous les mots… Mais à chaque fois une sirène, des pas à l’étage, les cris des gosses dans une cour d’école… Aussitôt des images… Aller boire un café… Suivre son ombre jusqu’au comptoir… Articuler trop peu… Répéter… Devoir lui dire plus fort plus net… Un expresso, un… Que le temps soit celui de la tasse que l’on vide… Du délai qu’on s’accorde avant que glisser le sucre… Tourner lentement… Cuillère reposée… Trop chaud attendre encore… Leurs mots, leurs vies tout autour… Soi, une silhouette silencieuse… Prendre part… Mais si longtemps… Leur dire quoi ?... Quelques gorgées encore… Coup d’œil à la pendule…Ce temps avant que de poser la monnaie… La soucoupe que l’on fait glisser… Repartir… Retrouver la rue… La lumière vive du dehors… Ne pas rentrer… Aller… Promenade prétexte… Pas même s’y délasser…

s’accommoder du silence

voie ferrée en surplomb d’un doigt la cassette au lecteur volets clos des bâtiments SNCF vitres brisées caténaires de la voie ronces du talus au feu rouge un pont de pierre le bar en face lumière saturée sur l’esplanade calcaire

masse béton voie rapide chaque fois des affiches cirque FN joui.com affiches recouvertes affiches qu’on déchire quelques lettres de peinture noire clignotant Willie Mae Willie Mae boucle rassurante du turnaround maintenant s’inscrire au flux

déjà loin Willie l’aimée plus qu’un prénom syllabes en bouche syllabes en tête au mieux sa photo sous le cuir d’un portefeuille l’image figée celle d’un passé sur les tombes ainsi les médaillons regard encore distance creusée porter en soi souvenir vivant une imposture souvenir seulement recomposition l’imaginer ombre fuyante inexacte et sienne

les voix peut-être les plus rapides à s’éteindre s’accommoder du silence des quelques mots qu’on garde des questions sans réponse le deuil et l’absence sont silence de l’autre sinon les rêves le téléphone résonance d’une voix quand parler haut et seul l’espace qu’elle creuse autour et le sentiment d’inutile d’une si faible parade

pris au flux s’abandonner à la rocade continuer régulier s’éloigner des lotissements leurs tuiles béton quelques immeubles puis la suite des hangars un camion posé sur le toit de l’un champs de poiriers les ronces aux pieds quitter bientôt à peine un kilomètre

effleurer la ville sans y pénétrer si souvent s‘y presque perdre si peu sûr il y a peu des travaux sur les quais ne plus savoir où dessus dessous plaques de béton fidèle au fleuve l’axe perdu de nouveau tenter les quais qu’un peu plus loin peut-être