chantier ouvert au public (suite n°1)
majeur tendu lèvres serrées, à coups de lattes aux portes closes le poing aux murs, que monte le cri, force l’obstacle, trop plein du souffle que ça sorte, l’hurler crier, quoi qu’importe, rage haine ou la mort, volonté nouée qu’elle explose, descente si lourde fatigue s’y reconnaître et s’y sentir, destroy ergo sum, titubant se dénuder de la guitare, sangle décroche et pose contre l’ampli, bafouiller au micro, pas plus, le larsen ta voix, s’y reconnaître s’y décharger, l’illusion d’un peu de force, asséner, non tes mots seulement discours, provocations vaines, non ta vie mais ce que tu crois qu’en ont fait les autres, cette faille que tu brandis, cette fêlure grognée rauque, cet incertain que tu ne pouvais dire faiblesse, cet inavouable que tu nommes à peine, cet hors la langue et tout en soi, ce passé noué, porté mais tu, cette tapisserie sans perspectives, ces séquences alignées où vaguement te reconnaître, souviens-toi, les mains tremblantes et tous ces fils en vrac
on a les héritages qu’on peut, les racines qu’on s’invente : disque vynil le bouton du volume et s’immiscer dans la façade de briques, in my time of dying, assis à la table un verre à portée de main ; ce qu’on y cherche ? open tuning et slide cette résonance, l’écho d’une voix qui meurt, ce que sensuel qu’une gorge râcle quand court le souffle, boire encore, méandres des ruptures rythme chaos riff obstiné, s’avancer au silence, rien d’autre qu’un cheminement pour en soi trouver quelques mots, de ceux qui ne suffisent pas, certitude qui s’impose, neuf minutes et quelques pour se résoudre à l’abandon prochain de ce que l’on sait qu’il faut tailler à vif, refus stérile et passé clos
il en fallait des mots : ce poids sinon, silence trop lourd à en palper l’indéfini ; alors lappe lappe lèche et sèche de la salive encore ! délivre les tes impressions, le cercle diffus dans lequel tu tournes tu danses, tes mains tendues colin-maillard ! qu’en sais-tu du monde sinon que concentrique ? mais aussi puits quand au dedans surgis, lippe aux lèvres encore un peu : ils sont nombreux les invités, les gueux fantômes en terre de brume
mots bouche mots souche mots de peu, avec les leurs que la musique intime, que l’accordage de l’entre-joues, avec eux que l’autre langue et ses déliés quand au palais cette pâte, mots terre mots des morts d’un monde ancien affleurant à peine, déjà si faible ; pas même de quoi en être las, mais le confondre avec sa propre gangue : s’en extraire ne pouvait suffire à être libre, ni le tournis derviche
psycho killer
southbound train
guns of Brixton
voodoo chile baby
see you in the next world and don’t be late
il fallait taire leurs mots, les trahir pour surtout ne pas mourir : la vie était ailleurs, sans clinquant ni fioriture, un autre rude, très loin, puisqu’ici on repose
s’y défaire et d’un souffle poser la charge
sun’s gonna shine in my backyard someday
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