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« rien ne subsiste, qu’un pan de mur | Accueil | presque une année »

Mots silence voix

des mots qu’on use, des mots qu’on se refuse, des mots qu’on écrit, des mots qu’on dit, des mots dont on s’étonne, des mots qu’on ignorait, et tous ceux dont on ne saura jamais rien, des mots dont on s’entoure, des mots qu’on nous impose, des mots qu’on nous balance, des mots à trop ne savoir qu’en faire, des mots qui clignotent, lettres digitales qui défilent aux enseignes, mots qui flashent jusque dans la nuit quand plus personne ne passe, des mots qu’on se répète pour encore croire au courage, des mots qui surgissent, mots des trappes intérieures, mots enfouis ou volatiles, mots qui macèrent ou que l’on crache, des mots qu’on lit, des mots qu’on braille, des mots qu’on pleure ou qu’on assène, mots qu’on récite pour faire silence, mots qu’on martèle, mots qu’on étame, mots dérobés, mots à couvert, mots en bouche que l’on voudrait pâte, mots d’excuse ou mots tournis que l’on répète en boucles, mots d’avant, mots d’ailleurs, mots qui mordillent et mots qui portent, mots valises où l’on s’évase, mots matière où caresser un peu du monde, mots transparence où tant d’autres mots s’amènent, mots dont on s’abstient, mots qui se refusent, mots qui se perdent en route, mots des vies alentour, mots qui vous appellent, mots que l’on déchiffre, mots que l’on déchire, mots qui vous rappellent, ces mots que l’on met bout à bout, ces mots au bout de la langue, ces mots au creux du ventre, mots qui tournoient ou qui traînent dans un coin du cerveau, mots silencieux, mots qui bégaient, mots regrettés, mots ravalés, mots repoussoirs, mots des curés, mots gominés, des mots qu’on chante, mots des langues apprises, mots des langues inconnues, mots qui nous font, nous défont, mots qui résument, mots épitaphes, mots dans la pierre ou bien au chaud, mots qui s’envolent ou mots qui crissent, mots des phrases mortes et des histoires, mots bredouillés et mots déjoués, ces mots défi, ces mots obscurs, ces mots premiers, ces mots couleurs, ces bons mots, ces mots d’enfant et des dernières paroles, ces mots enfouis sous un dernier soupir

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mots bouche mots souche mots de peu, mots terre mots des morts d’un monde ancien déjà si faible, affleurant à peine, les leurs, avec eux que la musique intime, que l’accordage de l’entre-joues, avec eux que sentie l’autre langue et ses déliés pâte au palais

à peine en être las les avoir confondus avec sa propre gangue : les taire et les trahir pour surtout ne pas s’assoupir et mourir (la vie était ailleurs, ici on repose)

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majeur tendu lèvres serrées, à coups de lattes aux portes closes le poing aux murs, que monte le cri, force l’obstacle, trop plein du souffle que ça sorte, l’hurler crier, quoi qu’importe, rage haine ou mort, volonté nouée qu’elle explose, casser sentir l’être, descente si lourde fatigue s’y reconnaître, titubant se dénuder de la guitare, sangle décrochée la poser contre l’ampli, bafouiller au micro, pas plus, le larsen ta voix, illusion s’y reconnaître s’y décharger, simili force, asséner, non tes mots simple discours, provocations vaines, non ta vie mais ce que tu crois qu’en ont fait les autres, cette faille que tu brandis, cette fêlure grognée rauque, cet incertain faiblesse inavouée, nommé à peine, cet hors la langue et tout en soi, ce passé noué, porté mais tu, cette tapisserie sans perspectives, ces séquences alignées où vaguement se reconnaître

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mot à mot depuis toujours tenir le pas gagné (vouloir le croire), apprendre le fil des jours et des phrases, jusque dans les heures blêmes aller puiser la force, admettre ce qu’elles possèdent de rage contrainte ( les mots ravalés ne peuvent l’être pour longtemps )

ne rien dire ne rien faire contempler débusquer chercher l’angle, dans l’hier et l’alentour se parcourir, trop de gueuserie amassée pour se croire centre, pour s’oser dire : enfant périphéries aux champs mités d’usines, nationales grosses de rond points, menton sur le poing, fenêtre chambre, des zébras les bulldozers fanions plastique et voitures d’occasion, leurs carcasses en lignes entrecroisées, longues files alenties des mois vacances, les apercevoir de dessous les volets à l’italienne, dos rond d’ennui, vapeurs d’essence de la station, tuyaux métal sortis du sol, respiration des cuves, le blanc du camion citerne, les lettres rouges et la clé pour fixer les tuyaux du camion, dégueulis pétrole

venu de là y résister, venu de là se construire mot à mot, progressivement ne plus croire qu’à démolir être un peu plus debout

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avoir appris qu’une autre langue était possible d’autres mots, déglutie à l’école amplifiée aux vynils, langue d’ailleurs langue au-delà, langue rupture langue métal langue qui brise, langue graffiti

FUCK OFF

KILL ‘EM ALL

DESTROY

sans clinquant ni fioriture, un autre rude, très loin, mots éraillés, langue plainte langue vie, d’autres mots qu’on mâche pour se dire à l’instant, s’y délivrer ou s’y défaire et d’un souffle poser la charge

sun’s gonna shine in my backyard someday

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longtemps toujours un peu plus dire non, clore le monde parce qu’au ventre le cri rauque bafouillis rage, espérer que dans la gorge se résolve toute impuissance, aller puiser dans ce cri, souffle tendu qu’on aide des poings, s’y ancrer l’expulser, et préférer ce goût du pantelant à la bouche sèche, sinon la paix une tension moindre 

mais aujourd’hui, à encore buter sur les mots quand autour ce bruissement glauque, non le silence d’avant l’orage, longtemps déjà que le temps n’écoute plus, mais ce glissement de terrain que l’on devine, ce sifflement des coups sous les mots surs mots assénés mots certitudes

avoir cru les oublier, quand ces traces de glaise à nos bottes ce noir sous les ongles qui nous faisait sourire, s’être persuadé qu’ incapable du moindre coup, poing mimétique mollement levé jamais brandi

            

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mots évidés mots jongleries, mots pour faire comme mômeries passées, mots silencieux mots laminés mots méfiance mots brisés désamorcés mots au rebut mots délaissés

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mots futurs, bouche grosse en débords, mots qu’on clame mots plusieurs, vacarme désir, à peine si rêve admis

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tête lourde bouche vide, coller nos lèvres aux leurs si froides sous la glaise, peuple muet des rêves et des dérives, cohorte mémoire, souffle glacé, lentement s’avancer et qu’acier nos mots de la bouche d’ombres

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seul avec les siens, ses propres mots propos intimes, mots portés mots qui reclus mots qui récusent, mots blessés, mots d’avant, mots du recul, mots des boucles en écho sourd, folie prison égrener les mots durs chapelet des peurs, mots stigmates, mots renoncements

lui avoir dit (s’en délivrer) que bien du mal avec les mots qui passent en gorge, le regard mort sous trop de silence, yeux qu’on baisse envie de pleurer, là sans doute qu’elle était faille fêlure

seul avec ces mots présents, mots de toujours, évidence croire qu’ils nous disent, parce que l’entassement leurs connexions, répètent enflent tant, un piège où s’engluer du passé, nulle force, un ressassement stérile parce qu’inarticulé, certain que réduit au silence, réduit à si peu hors du cri

parce que crier hors de propos, elle qui se lève, n’avoir rien de plus à dire, et pourtant !

mots de gorge mots du dedans, mots qu’on écrit mots dérobade, mots attendus mots désirés, faire siens ces mots attendus, les offrir à son désir y formuler le sien, par les mots, oui, dire que ça fait mal et que ne plus savoir, et qu’elle, elle

mots sur le fil vider son sac d’un souffle s’y livrer, et croire que délivrance (toujours là mots amers mots dureté mots murés mots cassure mots pour mordre ou grogner sourd)

mots rentrés, cette source vive d’énergie noire (tarir est taire ?)

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mots à l’écran ce qu’on y risque, ce qu’on y ose, déposition limite atteinte, ce qu’on y trouve de soi, qu’on y déchire, liminaires effondrés, ce qu’on y cherche, ce qu’on y fouaille, fouille au corps systématique, ce qu’on y habite, ce qu’on y héberge, reflets pâlis et murs en brut, ce qu’on y fuit, ce qu’on y rêve de fracasser, double grosse caisse et halètement, ce qu’on y meurtrit, ce qu’on y grave, fenêtre au vide, ce qu’on y panse, ce qu’on y

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ces jours entre deux feux, aux prises avec l’oubli d’un monde qu’on délite, où se sentir si nu, au seuil sans jamais trop savoir de quoi, fermer les yeux et se croire à l’abri, s’émonder encore une fois, que de nouveau ce jaillissement qu’on avait fini par ignorer, le regard ailleurs, sur ces plaies caressées par habitude, parce qu’il faut bien croire se connaître, qu’il est si laborieux de s’inventer un ailleurs, choisir ses ciels

ces soirs sans un bruissement, descendre l’escalier sans lumière, qu’une voiture passe dans la rue, brise le silence, rétablisse le flux alentour, absolue désagrège l’obscur bosquet où l’on feignait de se perdre, suspendu à quoi sinon ce qu’on a cru l’abandon

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ce matin-là, pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre, engrangé en mémoire, mais surtout revenu, non pas resurgi mais affleurant doux, sans gêne tout à fait, plutôt l’hésitation quand le recevoir, quelque chose ici vacille, cette impression que ce matin-là avoir un peu compris, un peu perçu, de ce que soi devant l’horizon, ce matin de brume où marcher en surplomb du fleuve, puis redescendre au long du canal, marcher droit devant parce que ne rien savoir s’offrir, temps vacant qui s’ouvre en béance, et ressentir au creux du ventre, non une pulsion, ici le rythme est mort, un grondement tout au plus, l’afflux d’un trop plein dont on n’a rien su faire, cet influx invariable, bloqué là, voué à macération, pris de stagnation l’énergie niée, certitude que marcher au gris blanc de la brume, silhouettes des arbres sur les îles, longtemps marcher avant que de nouveau se savoir lié, les yeux déclos et prêt à prendre un peu du monde aux paumes

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se souvenir de cette certitude à mesure que la route se déroule toujours plus vite la nationale savoir qu’une fois là-bas son masque dessus un drap sa bouche entr’ouverte au silence lèvres immobiles le souffle absent, un à un les serrer dans les bras parce que nous autres êtres grammaire nous êtres sanglots d’un ne plus simple constat et le passé en pleine gueule

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la dernière fois qu’ensemble derniers fragments du vieux monde dernier lien dernière voix, besoin de dire ce que lui et son père et les débuts à l’usine, mise en ordre chronologique, l’écouter et se savoir absent de ses phrases (on la fait comment sa place parmi les mots ?)

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s’être dit ce n’était donc que cela, le silence d’un qui s’était tu: se retrouver seul avec ses mots

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Commentaires

Sun's gonna shine on my back door someday... Hot Tuna chantait ça il y a bien longtemps... sur un live ou sur le 1er ou le 2ème morceau on entendait un verre qui se brise... les fans ensuite lorsqu'ils jouaient ce titre, brisaient systématiquement des verres au même moment...

Très beau texte sinon.

des mots qui fragmentent
des mots qui étreignent le champ des possibles des mots
un texte de mots vertigineux

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