ça (chantier)

7/05/2007

un chantier s’ouvrait devant moi

(dire qu’il est vaste; gaste conviendrait mieux…)

le chantier tient du cahier: l’ouvrir se tenir là devant y voir se construire peu à peu

la grue toujours

distinguer la silhouette, cette cabine d’où l’un dirige

(pendulaire)

de la grue image du destin

la grue désigne, direction incertaine, aller venir

clocher en perspective, immobile et muet

les arbres s’élancent se balancent au vent simple danse, agitation de celui qui sans bras ni tête

le château d’eau, hauts parleurs aux sirènes

une massue debout

(gaste) si le chantier est lande à dépierrer, construire quelques murets (produire de l’ombre)

convoquer les lieux absents

invoquer les morts

révoquer sa conscience y trouver voix

28/03/2007 Bis

tant pourtant l’ont dit

(…) réfugiez-vous, loin des motifs généraux, auprès de ceux que vous offre votre propre quotidien ; peignez vos tristesses et vos désirs, les pensées fugitives et la foi ardente en quelque beauté – peignez tout cela avec une ardente, silencieuse, humble sincérité, et servez-vous, pour vous exprimer, des choses qui vous entourent, des images de vos rêves et des objets de votre souvenir. Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas ; accusez-vous vous-même, dites-vous que vous n’êtes pas assez poète pour en évoquer les richesses ; car pour celui qui crée, il n’y a pas de lieu pauvre, indifférent. Et quand vous seriez vous-même dans une prison dont les murs ne laisseraient parvenir jusqu’à vos sens aucun des bruits du monde, -- n’auriez-vous pas encore votre enfance, cette richesse précieuse, royale, cette chambre forte des souvenirs ? C’est vers elle qu’il faut tourner votre attention. Essayez de faire remonter les sensations enfouies de ce vaste passé (…) Vous ne tenterez pas non plus d’intéresser des revues à ces travaux – car vous verrez en eux une propriété naturelle et qui vous est chère, une part et une voix de votre vie. Une œuvre d’art est bonne quand elle est issue de la nécessité. Elle est jugée par la nature de son origine, et par rien d’autre.

Rilke, Lettres à un jeune poète

ça (chantier) éléments 1 et 2

entrer lent… doucement la porte ouverte… silencieux au parquet… glisser jusqu’à la lampe… napperon blanc posé chevet… boîte convoitée… striée blanc tourner de l’autre… couvercle à la feuille verte… menthe arborée Valda tue la toux… douce à la langue pâte qui s‘épand… deux doigts suffisent quand amoncelées… rondes à la base vaguement coniques… sucre blanc parsemé… au fond seulement quelques unes… déposée lie blanchâtre… sortir sans bruit poignée lente… larcin différé…

porte ouverte au couloir… un à un les carrés… neuf enclos de seize… blanc moucheté/noir encadré rouge… jambe tendue pied lancé parcourir au blanc seul… pied posé qu’englouti la douleur… mystiques enfantines… d’un bond sans effleurer… géométries sacrées l’interdit qu’on s’impose… champ de mines ou brèches béances d’un éclat bref… passer là…

ça (chantier) étape 3

1. même si… et parce que l’autre inatteignable… insaisissable… habité d’images sinon construit… comme refrains tournent en boucles… s’amoncèlent inutiles… 2. crayonner jusqu’où… de strates en traces… silhouette… oubli… sésame… perte ou bascule franchir quoi… ombre ou profil s’exposer soi au monde… 3. travail au progrès lent… procès hésitant et peureux… chantier permanent… chaque jour un peu plus déposer à l’écran… 4. quelques lignes… tout autant de rayons… espaces passés superposés enchevêtrés… quelle structure ici s’impose 5. rendre compte sans régler… de mots en signes laisser s’ancrer la résonance… régulière métronomie s’égoutte 6. visages objets silhouettes en mémoire… empreintes et traces… soi… et ce qu’on a cru le monde autour… 7. pénombre douce… forêt obscure… l’orée raisonne les laisser là… ce qu’ on a cru lignes droites… 8. d’un bout à l’autre et ça et là… oui, se parcourir…

ça (chantier) étape 2

même si… et parce que l’autre inatteignable… insaisissable… et soi inconstructible… chantier permanent… travail au progrès lent… hésitant et peureux… quelques lignes… tout autant de rayons… kaléidoscope… enchevêtrement du lierre… broderies inutiles… visages et objets… silhouettes en mémoire… empreintes et traces… soi… et ce qu’on a cru le monde autour…

assis sur le muret… béton gris… bordure de nationale… sac de toile en bandoulière… blouson de skaï crème… qu’il pleuve qu’il vente… toujours là… devant l’usine…regard droit devant… en attente qu’une voiture bientôt…

au bout du fil tressé… torsade… pétales de verre blanc… corolle où l’ampoule… bribes d’avant-guerre… et pourtant là…

elle s’est levée… main à plat au buffet… corps qui penche et balance… silhouette frêle… s’évanouit et cogne au carrelage…

colline de Montereau… boire un Ricard au pied des barres… pas un vapeur…

sourire balafre… chimique et fixe… de retour du Mexique… les champignons…

crayonner jusqu’où… de states en traces… pour quelle silhouette… quel oubli… quel sésame… perte ou bascule… franchir…

chaque jour… faux plat descendu… roue libre… bruit des roues sans la chaîne… lui sur le muret…

tout près… derrière la cloison… couple complice au sourire… cette peur du ridicule… que le vieux se taise… boive son rouge… mange en silence…

diaphane… perles au front… voile de gaze… entre chair et fantôme…

de retour du désert… cassettes pirates en vrac… boire un coup quand l’ennui…

cordes nylon… méthode à Dadi… tant bien que mal…

ça (chantier) étape 1

même si… et parce que l’autre inatteignable… insaisissable… et soi inconstructible… chantier permanent… travail au progrès lent… hésitant et peureux… quelques lignes… tout autant de rayons… kaléidoscope… enchevêtrement du lierre… broderies inutiles… visages et objets… silhouettes en mémoire… empreintes et traces… soi… et ce qu’on a cru le monde autour…

assis sur le muret… béton gris… bordure de nationale… sac de toile en bandoulière… blouson de skaï crème… qu’il pleuve qu’il vente… toujours là… devant l’usine…regard droit devant… en attente qu’une voiture bientôt…

au bout du fil tressé… torsade… pétales de verre blanc… corolle où l’ampoule… bribes d’avant-guerre… et pourtant là…

elle s’est levée… main à plat au buffet… corps qui penche et balance… silhouette frêle… s’évanouit et cogne au carrelage…

roue du vélo qui tourne… trait de craie blanche au pneu … calcul!…

colline de Montereau… boire un Ricard au pied des barres… pas un vapeur…

à mort… à mort… à mort… à mort… un homme est pendu… à mort… à mort… à mort… autres cris autres vents…

sourire balafre… chimique et fixe… de retour du Mexique… les champignons…

hérisson au nez qui saigne… pages cartonnées… épaisses… strates s’écornent… blessé d’un tire-bouchon boule aux pics!…