des mots qu’on use, des mots qu’on se refuse, des mots qu’on écrit, des mots qu’on dit, des mots dont on s’étonne, des mots qu’on ignorait, et tous ceux dont on ne saura jamais rien, des mots dont on s’entoure, des mots qu’on nous impose, des mots qu’on nous balance, des mots à trop ne savoir qu’en faire, des mots qui clignotent, lettres digitales qui défilent aux enseignes, mots qui flashent jusque dans la nuit quand plus personne ne passe, des mots qu’on se répète pour encore croire au courage, des mots qui surgissent, mots des trappes intérieures, mots enfouis ou volatiles, mots qui macèrent ou que l’on crache, des mots qu’on lit, des mots qu’on braille, des mots qu’on pleure ou qu’on assène, mots qu’on récite pour faire silence, mots qu’on martèle, mots qu’on étame, mots dérobés, mots à couvert, mots en bouche que l’on voudrait pâte, mots d’excuse ou mots tournis que l’on répète en boucles, mots d’avant, mots d’ailleurs, mots qui mordillent et mots qui portent, mots valises où l’on s’évase, mots matière où caresser un peu du monde, mots transparence où tant d’autres mots s’amènent, mots dont on s’abstient, mots qui se refusent, mots qui se perdent en route, mots des vies alentour, mots qui vous appellent, mots que l’on déchiffre, mots que l’on déchire, mots qui vous rappellent, ces mots que l’on met bout à bout, ces mots au bout de la langue, ces mots au creux du ventre, mots qui tournoient ou qui traînent dans un coin du cerveau, mots silencieux, mots qui bégaient, mots regrettés, mots ravalés, mots repoussoirs, mots des curés, mots gominés, des mots qu’on chante, mots des langues apprises, mots des langues inconnues, mots qui nous font, nous défont, mots qui résument, mots épitaphes, mots dans la pierre ou bien au chaud, mots qui s’envolent ou mots qui crissent, mots des phrases mortes et des histoires, mots bredouillés et mots déjoués, ces mots défi, ces mots obscurs, ces mots premiers, ces mots couleurs, ces bons mots, ces mots d’enfant et des dernières paroles, ces mots enfouis sous un dernier soupir
mot à mot tenir le pas gagné, jusque dans les jours blêmes aller puiser la force, admettre ce qu’ils possèdent de rage contrainte, les mots ravalés, ne le sont pas pour long temps, simples bulles ou parenthèses, apprendre le fil des jours, celui des phrases, ne rien dire ne rien faire et contempler débusquer chercher l’angle, dans l’hier et l’alentour se parcourir, trop de gueuserie amassée pour se croire centre, enfant périphéries aux champs mités d’usines, nationales grosses de rond points : menton sur le poing, fenêtre chambre, des zébras les bulldozers fanions plastique et voitures d’occasion, leurs carcasses en lignes entrecroisées, longues files alenties des mois vacances, les apercevoir de dessous les volets à l’italienne, dos rond d’ennui, vapeurs d’essence de la station, tuyaux métal sortis du sol, respiration des cuves, le blanc du camion citerne, les lettres rouges et la clé pour fixer les tuyaux du camion, dégueulis pétrole, le chauffeur en uniforme Total : du bleu un liseré rouge ; le temps pris pour les œufs un coup de blanc un café, couper la tournée ; aujourd’hui dans la glace de l’armoire : lumières des marchands sportswear matériel de bureau, un bison plastique planté sur une pelouse : « papy et mamie ils habitent en Amérique », plus même le cèdre énorme, lui seul pour accueillir le soleil au matin, bricolage tôles vertes et blanches, jardinerie, clown plastique du mac do, pas lui qui l’a bouffé mon paysage d’avant, pas cette force, grignoté seulement miette à bout, doucement l’étau huilé qu’on serre d’un doigt, venu de là et résister à ça, venu de là se construire mot à mot, ne plus croire qu’à démolir être un peu plus debout