seul dans un gîte inconnu avec la grande ville autour de soi

20/08/2007

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Partir Revenir : d’où l’on vient

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15/06/2007

emotional rescue

cette ville s‘y presque perdre des travaux sur les quais fidèle au fleuve ne plus savoir dessus dessous plaques de béton de nouveau tenter les quais qu’un peu plus loin peut-être ces volets gris combien de fois de ses mains les avoir poussés refermés sur la nuit l’admettre morte puisqu’elle aussi ses volets clos la vieille du dessus la proprio corps malingre corps voûté sa veste bleue et son caddy dans le couloir au pied de ses escaliers les poireaux qui dépassent sa silhouette dans la cour sans un regard échangé glisser un sac dans la poubelle descendre vers la Loire toujours ces travaux que jamais cette ville ne soit devenue sienne depuis que là y glisser sans traces repères dissous aussitôt oubliés sinon ce fleuve qu’une nuit assis sur les pavés seuls le cri des oiseaux l’eau qui coule et la lumière des lampadaires sur l’autre rive ne rien dire pas cette fois simplement l’abandon nullement souffrir du silence deux dans la nuit l’alcool ne délie rien le vide délite remonter jusqu’à ces volets gris et dormir lourd seul ne parvenir à s’inscrire dans l’espace seul engoncé d’errance nulle part et partout n’être plus qu’un regard effacer l’isolement voir au travers sans percer les mystères et lentement du côté des ombres

29/05/2007

oui un balbutiement non ni quinquet ni néon seulement là s’abolir d’un verre encore déliter les défaites défaites accumulées défaites intimes là rester coi n’attendre rien encore encore la nuit n’est qu’attente et toi sur ce coffre la cour derrière toi la lumière du matin seule et unique dans ce lieu où rien ne retient sinon d’y revenir lieu d’un loyer y demeurer et peu à peu s’y perdre s’y emmurer toi sur ce coffre la fenêtre et la cour les roses absentes seuls les pavés d’hiver l’acier où le rosier l’été ta silhouette et tes mots oui libres encore se dire qu’enfin oui quelques mots et debout

24/05/2007 Bis

rien sinon cette odeur de Gauloises sur le palier seul indice d’un retour d’approcher le chez soi et ces clés dans la poche mais si bien là parmi la monnaie ce billet plié ces clés un verrou une serrure nécessaire adéquation ne pas s’être trompé d’étage cette porte bleue quelques années déjà identiques ces portes commandes de l’Etat ces couloirs identiques le même carrelage les mêmes peintures aux murs et ce même téléphone collectif au milieu du couloir sa chambre là du côté droit résidence universitaire s’être trompé d’étage essayer cette clé introduite le tour se refuse essayer encore sortir introduire et ces quelques chiffres un carré noir sur la porte bleue non au dessus s’être trompé parce que les bières et ces heures de lecture prendre des notes les entasser tous ces bouquins bibliographies infinies et ces réserves immenses bibliothèques danaïdes s’y perdre s’y noyer trouver là l’abandon quelques années rentrer chez soi quelques mètres carrés en supplément maintenant qu’une fiche de paye après ces bourses habiter là y vivre y dormir de là se rendre au travail revenir corriger des copies faire des courses le supermarché là-bas cette zone commerciale sur chaque bord de nationale N20 qui jusqu’au Châtelet ou plein sud habiter là y avoir déménagé amener quelques meubles un peu de vaisselle usagée acheté un matelas des étagères d’agglo y entasser quelques livres de poche serrer les disques vynils en bas lester l’étagère acheter une platine CD un ampli Marshall faire la cuisine sur deux plaques électriques quelques canettes au frigo des grands parents maintenant que morts leurs assiettes idem se perpétuent que d’un objet leurs ombres s’allongent Bushmill au placard sous l’évier manger là face au mur cette table de pin s’asseoir sur cette chaise et mâcher seul se remémorer ceux avec qui quelques paroles si peu parfois ces jours sans travail mais la radio leurs voix entre ces murs l’espace habité enfin l’air qui résonne et tout savoir du monde écouter même la météo marine cela vaut bien d’aller se laver les mains trois fois tellement l’ennui d’une soirée voix claire sa précision sensuelle deux lèvres au souffle long souffle où la chair des mots litanie qu’on enrobe Fischer Viking et Ouessant avis de grand frais pour les secteurs non pas l’imaginer son corps derrière une table un micro elle se penche une main à plat l’autre tient la feuille la tenir de deux doigts feuille soulevée non pas l’imaginer mais s’abandonner au texte lu cet ordre figé si peu de sens mais l’écouter encore s’y apaiser s’abandonner à sa présence cette voix familière celle des quais de gare ainsi suave et rassurante pas une syllabe ne manque l’entendre et aller lavé du doute quai numéro deux veuillez emprunter le passage souterrain pour les passagers manger là fenêtre entrouverte la buée sur la vitre buée des nouilles buée patates frugal manger vite entre guitare et lecture atténuer cette ivresse douce ivresse latente s’être attardé encore un verre et puis un autre manger se rétablir et lire ensuite seul et ces murs à moins qu’au cinéma là-bas en ville prendre la voiture ce week-end peut-être travailler demain lire un peu vidéos Internet flux des images pour l’ivresse douce vieillerie US agitation doux rockers déjantés frénésie punk retrouvée à l’écran ce monde figé collectors entassés inlassable se baigner au passé manger face au mur nu demain à la cantine face à face mastiquer parler peu l’inévitable antienne dire des élèves et leurs parents ces quelques cas mots de peu mots filets s’en dépêtrer penser encore penser mentir à soi aussi des balivernes qu’un jour bientôt nécessité absolue qu’un autre boulot une autre voie en attendant laïus facile fantasme économique les pieds ici les yeux ailleurs et ne pas voir grand-chose autour sinon la fuite se convaincre d’errance l’impression du mouvement son illusion manger là des jingles qui défilent cette voix qu’on pose arrière plan musical ce soir l’invité encore et encore des discours bout à bout disparate n’attendre rien nullement choisir écouter oublier intérêt passager demain peut-être en parler dans la salle des profs pouvoir rebondir communauté d’auditeurs partage d’un souvenir ces mots des autres tant bien que mal les redire trouver à redire commenter soi l’entre glose éternelle penser peu de bribe en bouts sans but ne rien atteindre amis effleurer rassuré qu’un autre à la même heure une autre postés là dans l’écoute habités de quelques phrases phrasé provisoire emplis vague nourriture ne convient guère nul aliment mis à part converser ensemble déverser se vider de s’animer encore solitudes en miroir de faciles diversions demain oui travailler quelques copies corriger autorité couperet qui tombe terminer ce paquet sur l’étagère voir le tas diminuer se montrer juste simple corvée travail à la chaîne lassé là aussi ces mêmes phrases s’en vouloir n’avoir su reproduction sociale la confirmer la rendre ferme soi même pourtant éviter l’usine se retrouver là prolétaire du savoir autre temps autres jobs tous ces livres laissés derrière soi bibliothèque universitaire ces phrases absconses jargon creux s’enivrer qu’un monde s’ouvre enfin recopier feuilles entassées citations listes des titres à lire laisser derrière soi chambre adolescente chez eux là-bas en faire quoi aujourd’hui demain démarrer la voiture descendre au parking la porte en fer local aux poubelles le concierge là sa patte folle cette place numérotée trois lignes blanches au bitume les rosiers un arbuste une cassette pour la route

11/05/2007

un kaléidoscope doué de conscience, qui, à chacun de ses mouvements, représente la vie multiple et la grâce mouvante de tous les éléments de la vie (…) un moi insatiable du non‑moi, qui, à chaque instant, le rend et l'exprime en images plus vivantes que la vie elle‑même, toujours instable et fugitive

Baudelaire, Le peintre de la vie moderne, III. "L'artiste, homme du monde, homme des foules et enfant", Le Figaro, novembre–décembre 1863, La Pléiade, p. 1156-1162.

ne pas se pencher, non… qui encore se jetterait là, corps en avant tête happée, l’échafaud train tête aux graviers du sang aux madriers qu’elle roule enfin s’arrête se bloque calée au bois une joue sur l’acier froid les yeux posés sur quoi kleenex canettes papiers roses desséchés ces herbes mortes herbes jaunies herbes brûlées…

en raison d’un incident sur la voie… elle pensait quoi lisant ce message, un casque aux oreilles un micro lire à l’écran ou bout de papier en raison elle a fait quoi de sa soirée s’est endormie ces phrases en boucle s’est réveillée, trop de mots s’y plonger s’y cogner ou qu’ils glissent, les abandonner là les laisser derrière elle…

veuillez vous éloigner de… sursaute encore quand sa voix surgie, elle sur le quai, sa valise pour le week-end voyage gratuit peut-être, cette fille de cheminots qui disait descendre dans le sud retour dans la nuit du dimanche au lundi descendre rouler partir, parenthèse folle et l’abandon dormir bercé se réveiller en sueur sur la banquette, peur de tomber les freins qui crissent lumières des gares…

deux minutes d’arrêt…un type qui monte, s’asseoir, convenances, ses bras tendus bras en l’air qu’il installe ses bagages cale ses gros sacs sa valise il va où tous ces paquets à peine bonjour le souffle court courir peut-être le poids du barda cette odeur de tabac le tissu mouillé…

partir revenir… passer devant la sucrerie l’odeur rance la fumée blanche, s’ajoute à la brume, toutes ces colonnes tous ces tuyaux ces projecteurs éclairer quoi, blanche et sale, ces tas de betteraves déversés empilés les mêmes demain depuis la nationale, verrues d’une plaine…

fidèle au poste y retourner… longer de nouveau cette ligne de béton gris cette voie abandonnée jamais achevée non à l’avortement piliers énormes qu’un train pneumatique y glisse liaison rapide qu’ici devienne banlieue mais banlieue propre l’air pur et les betteraves cette odeur âcre…

laissez les vivre… tous ces graffitis sur l’ouvrage inutile ce thème unique, culs bénis en bottes l’aérosol en poche pinceaux en mains, blé d’hiver ou colza quelques lampes torches…

ces piliers cette dalle dessus un air d’autel…

bientôt descendre… la zone commerciale parkings quelques voitures isolées poids lourds en ligne, quadrillé blanc immense et vide, pylônes accumulés cet enclos EDF, vert bouteille spirales comme gélatine figée, maisonnette aveugle porte métal bunker aux câbles, maisonnettes jardinets supermarché entrepôts panonceaux feux lumineux tortillon l’aiguillage le quai les rails pilier l’horloge…

tous déjà debout au couloir… s’entassent de profil encombrés, sac à main en bandoulière un portable à la main mouvements du pouce tête à l’écran lumineux, guitare verticale appuyé des deux mains sur l’étui dos arrondi, tenue ferme la poignée d’une valise à roulettes, dernières pages d’un livre l’épaule à la vitre…

mesdames et messieurs nous arrivons bientôt… occuper l’espace sans trop se rétractent s’amoindrissent ce désir de s’effacer toucher sans faire mal ne plus bouger attendre ne pas heurter ne pas déranger bousculer se raidir freins qui grincent frottis aux rails la butée bientôt ce léger choc avant l’haut-parleur la voix suave les consignes mortes…

ne pas partir vers l’avant… corps en appui s’ancrer au sol, conscience que l’objet agrippé ne peut suffire rambarde fragile garde-fou inutile, réduire le contact à son minimum heurter léger regard vide sur l’horizon d’un corps prochain, mieux encore cette surface colorée un peu de tissu quelques lignes ou ces doigts isolés, les abstraire les retirer de leur ensemble et ne voir qu’eux pièce détachée inoffensive et pourtant décharnés ces doigts ces taches cette alliance si près des os saillants, mais elle qui parle les yeux en l’air le coude menaçant au va-et-vient lui elle sur le quai dans le hall dans sa voiture encore, se dépêche et hier, assène énonce dans ce peu de distance, tout autour sa propre pâte étalée, piégés aux mots s’en abstraire s’extraire du discours gratter du doigt la couture de l’étui jeter un œil sur le quai…