U.S.B.

sex and drugs and rock’n’roll

deviner que là travaille ce que soul ils nomment lieu multiple d’un travail sourd soul body and mind fabrique des images hors lexique grammaire des dissonances espaces multiples de l’harmonie et de là rendre la mort moins probable

It’s a little more than enough

To make a man throw himself away

litanie convenue trilogie pauvre sex and drugs and rock’n’roll formule chape d’où rien ne surgit refrain si fade pour ce qui s’y creuse ressources infinies perpétuelles mises au jour embarquent plus qu’au loin ces miroirs brisés moins que ligne fatale horizons où bascules infinies kaléidoscopes où perdre pied y trouver quoi quelles voies frayées dans ce fatras nocturne

And I continue

To burn the midnight lamp

Alone

rêves dérobés mots dévastés si peu retenu entre les doigts de nos mains lisses mais demeure la compagnie des morts ces éclats de matière venus s’ancrer en nous quand ce trop de vide accumulé si fort besoin se sentir vivre plus tardive l’étrange fratrie des souffrances

Now the smiling portrait of you

Is still smiling on my frowning wall

douleurs lointaines mais qu’on sait propices et qu’on fait siennes échos sonores où s’éploie l’inarticulé qu’on bégaie quand silencieux confondant les femmes et la mort baigné d’ardente illusion qu’un peu moins frêle au corps à corps allongé muet

It really doesn’t bother me too much at all

si vite revenue cette impression qu’attendre seulement attendre sans prise au lisse du monde sans promesse sans réponse et tout désir évacué ce qu’ils y cherchaient peut-être une aspérité un signe s’assurer que la nuit est autre que vide et néant

It’s just the, uh, ever falling dust

That makes it so hard for me to see

si seulement capable de demeurer quiet au silence l’œil sur la glycine au fond du jardin le balancement des peupliers tranquillité de l’instant saisi comme promeneur paisible quand l’œil aux mouvements des bateaux demain ils iront sans doute au port

That forgotten ear-ring laying on the floor

Facing coldly toward the door

dig it

Burning of the midnight lamp

lui comme d’autres de cette cohorte fantômes de ceux qu’on retrouve au matin dont on dit que trop d’excès agonisent seuls de ceux qui sont allés plus loin hommes des frontières rongés de quelle attente ce qu’ils ont vu en ont ramené au travers d’eux la mort qu’on apprivoise

The morning is dead

And the day is too

eux les incapables du non-espoir paisible hommes-fouaille excavateurs d’eux-mêmes comme destin se mettre au vif tailler en pièces cet un peu plus de soi qu’on délivre s’y dire s’y fuir tandis que seul livré à la foule devinant à peine ce qu’on peut voir quand les yeux perdus nuque en arrière les doigts qui courent

There’s nothing left here to greet me

qu’inépuisables se superposent les strates que se mêlent rêves et passé les images de l’ivresse matière sonore surgie nourrie et dévorante

But the velvet moon

audace d’un peu plus loin dans la nuit débusquer quelle loi secrète creuser encore dig it puissance sans limite en comprendre quoi de ce qui extrait des doigts entraîné jusqu’où dans ce tunnel aspiré filtre du son quand seulement à l’écouter y devenir licorne aveugle raison abandonnée

All my loneliness

I have felt today

deviner que là travaille ce que soul ils nomment lieu multiple d’un travail sourd soul body and mind fabrique d’images muettes où rendre la mort moins probable

It’s a little more than enough

To make a man throw himself away

And I continue

To burn the midnight lamp

Alone

Burning of the midnight lamp

si fréquentes alors ces journées blanches ancré sans force pas même un mot qui vaille quand ce grondement sous les trappes intérieures pensée trop volatile pour l’au-delà des contours effrayé d’épaisseur journées pour rien I don’t live today demain peut-être

en attendant s’en donner l’impression boire une bière sur la terrasse écouter encore un disque

Electric Ladyland

cassette au fond d’un tiroir photo pochette découpée en magazine soigneusement recollée au carton titres recopiés Bic le nom sur la tranche

The Jimi Hendrix Experience

première face qui s’achève sur une intro harpsichord venu buter au silence parce que Voodoo Chile si long quand 60 minutes de bande morceau avorté

Burning of the midnight lamp

lui comme d’autres de cette cohorte fantômes de ceux qu’on retrouve au matin dont on dit que trop d’excès agonisent seuls de ceux qui sont allés plus loin hommes des frontières rongés de quelle attente ce qu’ils ont vu en ont ramené au travers d’eux la mort qu’on apprivoise

The morning is dead

And the day is too

eux les incapables du non-espoir paisible hommes-fouaille excavateurs d’eux-mêmes comme destin se mettre au vif tailler en pièces cet un peu plus de soi qu’on délivre s’y dire s’y fuir donné seul à la foule ignorante de ce qu’on voit quand les yeux perdus nuque en arrière les doigts qui courent

There’s nothing left here to greet me

qu’inlassable se superposent les strates matière sonore ivresse passé rêves entraîné jusqu’où dans ce tunnel aspiré par ce filtre du son si seulement à l’écouter y devenir licorne aveugle raison abandonnée deviner que là travaille aussi ce que soul ils nomment

But the velvet moon

experienced

à portée de mains ces nuits de les avoir écrites si promptes au réveil effleurées elles resurgissent comme ancienne harmonie un isthme en soi y mène territoire passé presqu’île que l’on arpente parenthèse incertaine

retrouver les fantômes l’absente sans visage cette impression qu’offert ce spectacle dont soi à jamais hors l’ énigme pesante du monde tandis qu’au creux du ventre le labyrinthe et sa clé

comme écho affaibli boucle sans fin se répéter sinon convaincre qu’on n’attend personne que le monde n’attend jamais rien qu’après tout experienced dépouillées les pages ouvertes au vide parcourues les arcanes illusions couleurs en fuite dans l’espace rétractile dansées jusqu’en transes les rythmes sueurs les tambours lourds

blindé mot qu’on brandissait aveugle à la voix brame désabusé à coups d’excès

mais qu’elle descende du train et s’avance sur le quai un à peine balbutiement loin des néons le face à face si déroutant quand refermé l’échappatoire où s’abolir d’un verre une à une y déliter les défaites

faire quoi de ses yeux quand la musique se termine certitude que ni bras ni mains ne suffiront à la retenir conscience qu’il faudrait des mots qu’ils font défaut qu’on en souffrira que déjà on en brûle s’y défait et bascule presque

saisi d’évidence la nuit ne fut qu’attente tentation encore une fois de s’y dérober demeurer muet te regarder assise sur ce coffre derrière toi la lumière du matin pavés d’hiver de la cour l’acier où le rosier l’été

sans ce coup de talon tout à trac ce qu’on balance comme on s’agrippe un corps des mots le miroir n’a plus sa place

seulement l’urgence ce qu’elle dévoile ce qui enfoui a jalonné la fuite et qu’une fois dit libère les pleurs  donne prise au monde

trains

y chercher quoi sinon s’y sentir vivre pérorer que si peu valait la peine si futile l’existence s’y déshabiller des mots appris s’y laver des certitudes parcourir de vives voix ces pages qui meublaient silence et solitude et atteindre l’aube avec ou sans péniche qui hurle au fleuve avec ou sans volcan

seul le cri des oiseaux sur la rive d’en face la lumière des lampadaires pas une voiture sur les quais s’asseoir avec elle sur les pavés et demeurer sans un mot le clapotis du courant l’alcool ne délie rien

empêtré courir à elle sans pourtant parvenir à y croire encombré d’images savoir seulement que non impossible no puede vivir sin amar mais tout ce que l’on a cru tous ces remparts pacotille trousse de survie où s’entassent les clichés a big leg woman ain’t got no soul nous aussi l’avions quittée Molly laissée sur le quai de la gare parce que ce sale penchant pour les fantômes ce chagrin maxima pour enfin devenir soi-même

is this love or just

confusion

attendre Lee Maitland ne pas tout à fait non plus l’attendre ces trains qui passent dont elle ne descend pas ne plus même avoir la certitude d’être venu l’attendre quand si réelle l’usine de déshydratation d’oignons Suspension’s train blonde angel tous les ingrédients d’une chanson que jamais l’ange blond ne descende du train Suspens

no puede vivir sin amar

si difficile de vivre sans amarres ni personne qui vous attende demeurer entre quatre murs s’y réfugier murs garde-fous habiter là aux heures qui passent pulsation des cloches chaque quinze minutes y durer sans but ni lendemain sinon s’emplir dire que construire chaque jour s’emplir sans perdre miette lire parcourir ces manches de guitare disques qu’on écoute carnets qu’on noircit s’emplir à défaut d’un devenir

et s’oublier aller puiser dans la nuit entendre ces paroles du hors paroles du loin anonyme se glisser aux comptoirs qu’ils les racontent leurs vies qu’ils la donnent cette matière à écrire étalent leur passé leurs misères ceux qui faille ou fêlure ceux qui dans l’errance la faute ou le manque les morsures d’un fouet sans nom

jusqu’à n’en plus titubant sous la lampe qui tressaute parce qu’un train qui passe bicoque béton les rails tout près pas même un passage à niveau à l’entretien des voies qu’il travaille pantalon de bleu son corps qui tangue devant le buffet raconte photos tirées d’un portefeuille d’elle qui est partie qu’elle a bien fait et ses gamins ça qui fait mal de plus les voir douzaine d’oeufs cassés dans la poêle capsule dévissée une canette engloutie que ses parents tout un pack sur la table eux pendant la guerre et les grèves mais que lui rien rien nada   

on le sait comment qu’on est arrivé au bout quand on connaît les mots à venir qu’on peut partir au beau milieu d’une phrase ou qu’on a peur de rester là s’asseoir à la table s’y endormir s’y réveiller la joue sur toile cirée les doigts qui tremblent l’envie de rien

quand trop loin dans l’obscur las de la danse les fantômes qui pèsent aux épaules parce que peu à peu devenir un simple regard posture prise s’y presque perdre sans rien percer des mystères engoncé d’errance lentement s’immiscer du côté des ombres cette crainte qu’indécis basculer

fasse rempart

well come on oh come on

remonter dans la nuit jusqu’aux volets gris l’estomac lourd s’arrêter main posée sur la pierre se libérer de quoi tout au plus d’un spasme ivresse arrière brièvement s’inscrire au réel pensée oscille angoisse s’immisce s’heurter au labyrinthe ses cloisons renouvelées rentrer et dormir lourd

oh come on oh come on

pâte sonore riff en boucle que pression monte expulser jusqu’au cri défoncé rendu fou bouleversé freaked out que prenne corps ce vertige l’hurler qu’un pas déjà côté des ombres gueuler à pleines tripes au dessus du fracas guitares primaires et batterie lourde gueuler pousser hors gorge tandis que tout s’effondre submergé par le vide creusé par l’absence

oh come on baby

s’asseoir au canapé et terminer cette bière comprendre ce qu’on en partage de rage non de désarroi plutôt à mains nues les approcher ces zones frontières qu’enfin s’y passe quelque chose éclate la bulle qui vous fait comme hors du monde qu’on en palpe la matière l’approche enfin ce réel si longtemps différé les atteindre ces dites limites là ce qu’au bout du cri plus que proteste ou appelle à l’aide repousser ce vide autour et agripper

I don’t know how I feel

non hurler comme est inutile embarquerait trop loin temps révolu où découvrir ce qu’on peut de l’enveloppe d’un corps l’apprendre en cerner les contours découvrir que de poitrine et de gorge ce qu’on peut sur un souffle qu’en appui des deux pieds fermes ce soudain lâchez tout

demeurer muet se dire que familiers désormais ces précipices intimes images et voix qui s’en échappent ce passé qui s’engouffre au silence et désirer qu’elle soit là maintenant sensation idiote ne plus jamais la revoir souvenir d’une morte à la gare déjà médaillons accrochés au marbre d’une main photo qu’on caresse effacer quoi qu’elle soit là maintenant parle et fasse rempart la bière ne chassera rien qu’elle soit là fasse rempart

no fun

lampée de bière regard qui glisse sur l’étagère cd qu’on tire et torse nu torse maigre iguane pâle yeux trop larges côtes saillantes voilà qui convient pour l’instant un peu de bière encore

papa c’est sur la flèche qu’on appuie

accord plaqué larsen prolonge roulement batterie chaos guitares

no fun my babe no fun

silence qu’on rompt contrer ces murs lisses livres en rangs leurs jouets qui traînent au parquet miettes sous la table quatre chaises autour journaux en vrac sur la table basse tasse vide ses mégots au cendrier le chat qui descend l’escalier dormir avec lui ce soir

no fun to hang around

l’occuper ce silence bande-son d’un moment muet feindre combler l’attente rompre l’ennui ou masquer la solitude exorciser l’absence briser quoi sinon la peur instaurer digue au souvenir passé tapi

feeling that same old way

chasser l’avant pièces vides où parler haut y mesurer l’espace autant que solitude miroir au dessus de la cheminée morte s’en approcher s’y retrouver quelques mots suffisent apostrophe où sombrer de dérision dehors s’en aller sans même prétexte d’une lettre à la poste une baguette partir

no fun to hang around

saisir ses clés portefeuille et partir franchir cette porte dehors s’y livrer s’y dissoudre s’oublier arpenter sans but sinon libérer l’énergie noire accumulée de celle qui pèse au bas du ventre marcher réfugié au rythme simple s’en rassurer

freaked out for another day

sortir de là fenêtre sur cour un rosier ces mêmes disques autour main qui s’avance au miroir poignée de monnaie un billet les clés carton plastifié d’une pièce d’identité arpenter les rues long cercle qui longe au fleuve y descendre remonter comptoir où un café

no fun my babe no fun

sortir ni bouleversé ni rendu fou personne pour défoncé encore moins mais seul dans ce gîte trop connu et la grande ville autour de soi seul et ces quelques objets téléphone disques guitares bouquins ampli tant bien que mal l’occuper ce meublé au mobilier anonyme gorgé de passé jamais le sien

no fun my babe no fun

désemparé conviendrait mieux affaibli parce qu’incapable de prendre possession de faire rempart de ce lieu y découvrir qu’on ne peut pas vivre sans amarres

no fun to be around

avoir remonté cette rue fin juin des travaux sur les quais sienne presque dix ans les volets gris combien de fois de ses mains les avoir poussés refermés sur la nuit l’admettre morte puisqu’elle aussi ses volets clos la vieille du dessus la proprio corps malingre corps voûté sa veste bleue et son caddy dans le couloir au pied de ses escaliers les poireaux qui dépassent sa silhouette dans la cour sans un regard échangé quand glisser un sac dans la poubelle

walking by myself

rue ombreuse aux façades grises leurs portails verts deux tours de cathédrale si ce n’étaient les cris des enfants dans la cour à chaque quart d’heure les trois clochers proches

no fun to be alone

en bas l’échappée belle la trouée lumineuse s’y laisser aspirer le pas rapide descendre au fleuve pavés inégaux longer longtemps pierres blanches des digues les îles aux arbres tors les reflets au courant de là-bas qu’on vient

in love with nobody else

ce qu’on a quitté laissé derrière soi ce matin d’août où dos voûté sous un sac à dos à peine parti et déjà s’envaser descendu trop tôt patienter au buffet

Les Aubrais Orléans Les Aubrais Orléans

articuler trop peu dire plus fort plus net un expresso un que le temps soit celui de la tasse qu’on vide délai qu’on s’accorde avant de glisser le sucre tourner lentement trop chaud cuillère reposée attendre encore leurs mots leurs vies tout autour silhouette silencieuse prendre part leur dire quoi quelques gorgées encore coup d’œil à la pendule ce temps avant de poser la monnaie soucoupe qu’on fait  glisser repartir retrouver le quai la lumière vive du dehors cubiques ces bâtiments blancs ripolinés caténaires madriers fendus

maybe go out maybe stay home

comme écho ce rêve d’il y a peu sa phrase qui poursuit même éveillé

plus que je ne l’agis ce monde m’agite

passager sur un quai tranquille sinon heureux tant que passe la foule autour et soudain si désemparé quand se retrouver seul l’agitation terminée les voyageurs égaillés quand plus rien sinon les rails quelques wagons de marchandises les citernes rouille rien d'autre à faire que marcher mains aux poches jeter un coup d'oeil aux confiseries derrière la vitre s'attarder à cette fente où la pièce un journal abandonné au sac poubelle

maybe call Mom on the telephone

si fréquentes alors ces parenthèses comptoirs écouter ceux que la ville engloutit crache et remâche et d’un seul regard attester du roman vrai quand photo au portefeuille tatouage au torse ou pirouette du rat sur l’épaule

plus que je ne l’agis ce monde m’agite

les livrer aux carnets empiler ces destins puis les enfermer dans une caisse un placard espérer quoi qu’opère la longue déglutition des précipices intimes réduire au silence ceux qu’en soi l’on porte phrases écrans mots fumées pantomime illusoire en prise tout autant qu'aux

well come on oh come on

south side

Chicago south side sur les pancartes ces mots lus aux pochettes quitter la rocade avec elle dans cet au-delà transatlantique pèlerinage accompli bascule au mythe et dire demi-tour que rien à faire là trop grande la distance maintenant que confronté parpaings aux portes et fenêtres les seules lumières jaunes des boutiques à picole cahots des nids de poule

continuer ne pas avoir peur du rêve qu’il cavale hors mémoire Checkerboard lounge y aller palper respirer s’imprégner de quoi sinon d’un peu d’humain pas plus notre monde au bout de la rue derrière ce grillage promenade long du lac les lumières des immeubles

voiture au parking carabine posée sur les cuisses du vieux quelques dollars pour l’entrée chaîne qu’on abaisse derrière la porte aller au bar avant que le set ne démarre scène minuscule là que Muddy Waters là que Buddy Guy à cette table devant que Jagger Richard et les autres photos dédicacées accrochées tout autour

we’re all mannish boys

quarante ans de mariage qu’eux y fêtaient billets tendus calés en paume pour un morceau longue tablée commune où s’asseoir y dériver verre à la main de France de là-bas qu’on vient pas de cette terre et que bien sûr c’est plus facile pour se parler se comprendre ivresse l’illusion d’avoir atteint sentiment flou d’une bascule au miroir

tant de kilomètres pour le croiser compagnon de longue date son visage sur une pochette carton ne plus pourtant se souvenir de son nom trop de verres avalés s’était levé de la table invité sur la scène sa voix dans les enceintes entre deux coups d’harmonica Chicago

oh Willie Mae, Willie Mae

le savait gare de Cleveland se soustraire au monde abolir tout à venir l’avoir observée d’heure en heure attente d’un train de nuit pour New York silhouette noire son retour programmé hissée sur la pointe des pieds jusqu'au guichet billet acheté tournait virait dans la salle d’attente remontait jusqu’au parking redescendait vers le quai et de nouveau le guichet l’hygiaphone billet remboursé repartait puis encore une fois gestes rituels instant clos cette lente agonie du possible

sortir du hall ligne des taxis les rails du tram station gare des Aubrais pelouse un dallage blanc rangée de thuyas le parking premier feu à droite l'Intermarché à deux minutes maisonnettes grises rehauts de briques comme villas rabougries jardinets muets non la ville mais son approche

rangées du parking incertain les parcourir du regard première demi heure gratuite un peu de son tabac à rouler sur le siège voyants rouges des bonshommes ceinturés première enclenchée glisser dans la fente ticket hors barrière levée

d’un doigt l’autoradio longer la voie ferrée rails en surplomb ronces du talus bâtiments SNCF volets clos vitres brisées feu rouge du pont de pierres bar du Bosquet esplanade calcaire saturée de lumière

échangeur voie rapide masse béton affiches recouvertes qu’on déchire clignotant cirque FN joui.com lettres peinture noire Willie Mae Willie Mae boucle rassurante du turnaround s’inscrire au flux

déjà loin Willie l’aimée syllabes en bouche son prénom sa photo au portefeuille comme médaillon des tombes un regard qu’on croit pour soi vaine imposture imaginer recomposer l’ombre fuyante inexacte sienne

oh Willie Mae, Willie Mae

deux heures d'attente à Nantes largement le temps pour un sandwich la nuit tombée sûrement quand la presqu'île son frère viendrait les chercher

oh Willie Mae, Willie Mae

villes de Loire égrenées haut parleur de là qu’il venait quinze ans plus tôt de l’autre bout du fleuve seul sur le quai sans voyageurs l'escalier quasi désert matinée d’août où descendu trop tôt Les Aubrais Orléans Les Aubrais Orléans prochaine navette dans plus d’une heure

oh Willie Mae, Willie Mae

pris au flux s’abandonner à la rocade puis la suite des hangars un rocade continuer régulier s’éloigner des lotissements leurs tuiles béton quelques immeubles hangars alignés vieux camion posé sur le toit de l’un champs de poiriers ronces aux pieds quitter bientôt à peine un kilomètre encore

oh Willie Mae, Willie Mae

effleurer la ville sans y pénétrer si souvent s‘y égarer quand perdu l’axe du fleuve travaux sur les quais y vivre pourtant depuis presque vingt ans y glisser

oh Willie Mae, Willie Mae

si souvent descendu vers le fleuve lumière en contrebas au-delà des façades atteindre ces quelques enfilades de Loire où dévaler comme vers la mer

quitter la rocade descendre jusqu’au feu rouge un rond-point une bribe de zone industrielle passer le pont dessus la voie rapide de nouveau un rond-point descendre encore béton des maisons jumelles thuyas murets jardinets clos volets fermés une caravane un bateau rues vidées de la longue dégorgée jusqu’aux plages

portière claquée fermeture à distance clignotis bref clés qu’on extirpe fond poche de jean verrou serrure retour en maison vide

les clés sur le meuble de l’entrée ne pas oublier de… jeudi piscine Stéphanie… lundi 15… bouts de papier scotchés son écriture

un disque une bière l’écouter au fauteuil ouvrir la porte-fenêtre et

regard glisse tranches colorées King Rush Waters doigts effilés galurin sur la tête Hound Dog Taylor slide au doigt deux guitares une batterie riffs saturés son lourd

rock me

see me in the evening

it hurts me too

the sky is crying

shake your moneymaker

ain’t it lonesome

stormy monday

she’s gone

le remettre à sa place laisser là cette matière noire forêt obscure plus tard peut-être en fouler le sol y fouiller dans ces sonorités qu’on fouaille jusqu’aux replis matière nuit au creux du bide élégie d’un corps vivant tensions rythme d’un corps debout rage qu’en paumes larmes et sueurs

the sun is shining although it’s raining in my heart

folklore qu’on s’invente magnétophone dessus le lit adolescent chambre close s’y impriment les lignes de force riffs qu’on imite guitare classique cordes nylon y puiser sans savoir quoi mais certain qu’une tension commune quelques mots phares pour résumer la vie

peu pourtant autour qui encore patte lapin en poche étrangers le souvenir du tracteur et le blanc du coton l’homme seul au carrefour genoux pliés dans la poussière lointaines encore ces femmes qui partent valise à la main mot griffonné sur la table mais comme un souvenir familier derrière la vitre la regarder s’éloigner

pas à pas

ton visage derrière la vitre du train nos deux enfants ce coup de sifflet mon reflet immobile corps en attente tu viens tout juste de t’asseoir

à l’instant ton buste qui s’étirait mes yeux rivés accrochés au mouvement de tes bras levés parce que leurs épuisettes si maladroits tout à l’heure dans les couloirs traînant au sol encombrantes cognant autour tellement plus hautes qu’eux réussir à les placer là haut près de ton sac à dos sur la pointe des pieds épaules levées pommettes haussées tes bras qui poussent

ce coup de sifflet l’homme en bleu sa casquette blanche s’écarter comme nombreux autour demeurés incertains pour une fois ombres sans chair importent peu s’éloigner de la bordure du quai derniers regards derniers signes déjà la distance qui s’instaure

première secousse le train qui démarre mains ballantes marcher sur ce quai encore un signe de main désormais percevoir le mouvement soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent devenues floues s’effacent sous l’accélération

se dire qu’un puzzle à reconstruire lequel on ne sait trop seulement le mot s’impose on s’y accroche offert et stable dans l’ouverture de cet entre-deux vacance dont on devine qu’on ne saura trop quoi faire ce temps accordé que l’on craint déjà

un vide plus qu’un possible parce que l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes elle crue mise à mal déclarée moribonde s’être senti fort quand l’amour boutoir et la retrouver intacte puisque maintenant seul au vis-à-vis de la mémoire

premier signe infaillible vertige léger sentir qu’aux genoux on oscille happé aspiré par l’horizon perspective des rails le ciel est de trop démuni marcher sans rambarde où s’appuyer alors tête baissée regard au sol les marches de l’escalier le pas rapide remonter les couloirs contre courant masse en vacances carreaux de faïence aux murs publicités assailli de visages formules en lettres grasses mots échappés de leurs bouches incohérence des bribes corps contournés marcher vite

Well, I followed her to the station, with her suitcase in my hand

l’écouter dans la voiture l’image de cette fille qu’on raccompagne à la gare s’en divertir une valise à la main la regarder dans les yeux tandis qu’autour on accroche les wagons et pleurer le dernier wagon qui s’éloigne

Well, the blue light was my blues / And the red light was my mind

autre chose ici non d’un amour en vain nul abandon mais champ libre offert liberté grande (toi qui manques toujours de temps et de tranquillité pour écrire)

And all my love’s in vain

digue abolie ce qu’en soi on trouve blues ne convient guère désoeuvré parce que béance désemparé peut-être dérive intime et l’impuissance quand les fantômes glissent s’immiscent ressasser leurs visages ne suffira pas

rejoindre le hall à pas pressés corps debout queues aux guichets valises sacs aux pieds silencieux yeux au panneau horaires shorts et casquettes inévitables t-shirts marins grappes immobiles les contourner

When the train left the station, I couldn’t help but cry

pantalons bleus des vigiles jambes écartées leurs chiens sexes brandis pelages sombres courroie de cuir des muselières

It’s hard to tell, it’s hard to tell / When all your love’s in vain

va et vient boîte de bière à la main duvet roulé sous un bras cigarette dessus l’oreille l’errance où l’on se jette pavés des rues piétonnes s’y affaler béton des parkings cachetons un à un qu’ils passent en gorge s’engloutir au temps que la chimie modèle pétrit étire élastique basculer au gouffre

And all my life’s in vain

pas lents mesurés les contourne dos penché sous l'acrylique bleu pâle ses deux bras en appui sur la barre du chariot deux ou trois seaux un balai serpillière ne la voit pas penchés au dessus des poussettes cous tendus aux tableaux d’affichage promesse du départ que ces lettres tournent indiquent blanches le quai où se rendre s'abandonner au flux mouvant et partir tandis qu’elle tournant là son chariot sa serpillière soucieuse d’effacer toutes traces de leur passage ce mouvement continuel

le savait gare de Cleveland se soustraire au monde abolir tout à venir l’avoir observée d’heure en heure attente d’un train de nuit pour New York silhouette noire son retour programmé hissée sur la pointe des pieds jusqu'au guichet billet acheté tournait virait dans la salle d’attente remontait jusqu’au parking redescendait vers le quai et de nouveau le guichet l’hygiaphone billet remboursé repartait puis encore une fois gestes rituels instant clos cette lente agonie du possible

inexorable devenir fleuve

un souterrain bloqué un soutènement blême un si brave homme un signe bordel un simple baiser une solide bourrade s’être dérobé à soi aux siens et quand ne plus rejoindre l’impression que dupe volé brisé blessé libre peut-être l’espérer le vouloir d’autres fondations à clamer fils des voleurs et des arc en ciel on était né de peu et pourtant qui sait combien de ces pères en soi porté fils du chien noir et de l’homme de boue de tous les fleuves faire sien l’imaginer emporté quand le sommeil absent béant marcher sur la route et l’animal à ses côtés allant venant la certitude d’un campement où s’arrêter quelques notes d’autres visages d’autres mains ses paumes inaccessibles quand gire mains du silence et la bouche entr’ouverte visages où lire les mots ce kit qui fait qu’on va rambardes et garde fous ces directions qu’on suit inexorable devenir fleuve

U.S.B.

ton visage derrière la vitre du train nos deux enfants ce coup de sifflet

tu viens tout juste de t’asseoir à l’instant ton buste qui s’étirait mon reflet immobile corps en attente les yeux rivés accrochés au mouvement de tes bras levés parce que leurs épuisettes si maladroits tout à l’heure dans les couloirs traînant au sol encombrantes cognant autour tellement plus hautes qu’eux réussir à les placer là haut près de ton sac à dos sur la pointe des pieds épaules levées tes bras qui poussent léger rictus les caler qu’à peine le train démarré elles ne retombent

ce coup de sifflet l’homme en bleu sa casquette blanche s’écarter nombreux autour mais demeurés incertains ombres sans chair importent peu s’éloignent eux aussi de la bordure du quai derniers regards derniers signes et déjà la distance qui s’instaure

une première secousse le train qui démarre mains ballantes marcher sur ce quai encore un signe de main plus que les corps désormais percevoir le mouvement soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent devenues floues tout autant qu’un éloignement un effacement sous l’accélération se dire qu’un puzzle à reconstruire lequel on ne sait trop seulement le mot s’impose on s’y accroche offert et stable dans la mouvance de cet entre-deux de cette vacance dont on devine qu’on ne saura trop quoi faire ce temps accordé qui déjà fait peur

un vide plus qu’un possible parce que l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes l’avoir crue mise à mal et s’être senti fort l’avoir déclarée moribonde sous les coups d’amour boutoir et la retrouver intacte se savoir cueilli emporté par elle d’expérience la savoir si troublante et douloureuse mais bien devoir admettre sa présence puisque maintenant seul au vis-à-vis de la mémoire

ressasser leurs visages ne suffira pas

premier signe infaillible ce léger vertige et sentir aux genoux qu’on oscille happé aspiré par l’horizon des rails certitude que le ciel est de trop démuni parce que sans rambarde où s’appuyer marcher tête baissée regard au sol les marches de l’escalier le pas rapide remonter les couloirs à contre courant de la masse en vacances carreaux de faïence aux murs publicités se sentir assailli de visages formules en lettres grasses quelques mots échappés de leurs bouches bribes incohérentes recueillies au passage marcher vite corps contournés sortir de là désemparé parce que de nouveau se sentir parmi non pas libre ou disponible pas même ballotté mais debout jusqu’au vertige

When the train left the station, there was two lights on behind

quel mot pour dire ce qu’en soi on trouve blues ne convient guère

When the train left the station, there was two lights on behind

sentiment d’un vide plus que tristesse

Well, the blue light was my blues And the red light was my mind

s’occuper l’esprit d’une mélopée en boucle la retrouver bientôt dans la voiture cassette qu’on pousse et là

Well it’s hard to tell, it’s hard to tell

conduire et s’oublier en élégie lointaine se divertir d’une de ces filles qu’on raccompagne à la gare une valise à la main qu’on regarde dans les yeux tandis qu’autour on accroche les wagons et qu’on pleure en regardant s’éloigner les lumières de la dernière voiture

When all your love’s in vain

d'autre chose ici qu’il s’agit non d’un amour en vain un faux départ plutôt liberté grande où affleure l'abandon champ libre où l’on sait quelles silhouettes chaque fois s’y glissent s’immiscent démons privés fantômes intimes 

And all my love’s in vain

à pas pressés rejoindre le hall tous ces corps debout queues aux guichets une valise un sac aux pieds silencieux l’œil au panneau des horaires casquettes et shorts inévitables t-shirt rayés marine clés de voiture à la main demeurent encore un peu regard ailleurs contourner ces grappes immobiles traverser cet espace qui s’ouvre à chaque pas

jambes écartées des vigiles pantalons bleus et pelages sombres courroie de cuir des muselières leurs chiens sont des sexes brandis

lui va et vient une boîte de bière à la main sac de couchage roulé sous un bras cigarette dessus l’oreille connaît l’errance où l’on se jette les pavés des rues piétonnes où l’on s’affale le béton des parkings un à un les cachetons de la plaquette aluminium qu’ils passent en gorge et s’engloutir au temps que la chimie modèle pétrit étire lentement basculer au gouffre

Well I followed her to the station, with her suitcase, in my hand

elle aussi les contourne ses pas lents mesurés son dos penché sous l'acrylique bleu pâle ses deux bras en appui sur la barre du chariot deux ou trois seaux un balai serpillière ne la voit pas penchés au dessus des poussettes le cou tendu aux tableaux d’affichage promesse du départ que ces lettres tournent indiquent blanches le quai où se rendre s'abandonner au flux mouvant et partir

elle n'en sortirait peut-être jamais de cette gare tournant là son chariot sa serpillière soucieuse d’effacer toutes traces de leur passage ce mouvement continuel

Well I followed her to the station, with her suitcase, in my hand

oui qu’elle lave tout à grande eau les pas perdus et le reste ces visages figés tous leurs mots en chaos cet après midi sans projet cette ombre qu'ils piétinent au trottoir quand soi seul parmi la foule

elle savait à Cleveland connaissait la formule pour se soustraire au monde abolir tout à venir l’avoir observée d’heure en heure dans l’attente d’un train de nuit pour retour vers New York  silhouette noire au retour programmé se hissant sur la pointe des pieds jusqu'au guichet achetait son billet repartait puis revenant un peu plus tard sortait le billet de sa poche se le faisait rembourser tournait virait dans la salle d’attente remontait jusqu’au parking redescendait vers le quai et de nouveau le guichet l’hygiaphone puis billet en poche ce même parcours encore une fois répétait ce rite qui clôt l’instant une longue agonie du possible

Well it’s hard to tell, it’s hard to tell, when all your life’s in vain

sortir de cette gare traverser la ligne des taxis les rails du tram l’esplanade de dalles blanches retrouver la voiture l'avoir compris quinze ans plus tôt la première fois qu'ici descendu sur le quai matinée d’août sans voyageurs l'escalier quasi désert non la ville mais son approche ce parking immense venu buter sur les thuyas en ligne aucun dallage alors seul le bitume le panneau pour l'Intermarché à deux minutes au premier feu à droite les maisonnettes grises comme villas rabougries jardinets exposés nord confirmation sous l'abri bus gare des Aubrais coup d'oeil au plan une gare en ville l'autre à l'écart pas bien compris ce qu’avait dit l’homme au guichet de Cholet Les Aubrais Orléans nœud ferroviaire Saint Pierre des Corps tout comme rien de moins qu'un faux départ dans deux heures la prochaine navette pour Orléans à peine arrivé et déjà en rade au milieu d’une gare de banlieue vide

ce rêve il y a peu phrase qui poursuit même éveillé plus que je ne l’agis ce monde m’agite passager sur un quai tranquille sinon heureux tant que passe la foule autour et soudain si désemparé quand se retrouver seul l’agitation terminée l’agitation terminée les voyageurs égaillés quand plus rien sinon les rails quelques wagons de marchandises les citernes rouille rien d'autre à faire que marcher mains aux poches jeter un coup d'oeil aux confiseries derrière la vitre s'attarder à cette fente où la pièce un journal abandonné au sac poubelle plus que je ne l’agis ce monde m’agite  

And all my life’s in vain

trop tôt pour un demi café heureusement qu’un livre en poche attendre au buffet remettre à plus tard à quoi bon prendre un bus demeurer là un peu une antichambre un condensé d'échéances repoussées attendues refusées désirées seulement cette certitude qu'ici la vie ici l’on passe ici l'on part ici l’errance ici l’attente ici le rêve ici l'ailleurs ici la marge ici latence ici fêlure lieu des corps qui s'éloignent des mains qu'on serre des bras qui s'ouvrent du journal qu'on lit pour passer le temps de la pendule que l'on fixe des ballons que l'on boit sans jamais billet en poche    

deux heures d'attente à Nantes largement le temps pour un sandwich elle a dit que Pierre viendrait les chercher la nuit tombée sûrement pour l'instant une lente remontée du fleuve sur le quai ces villes de Loire égrenées haut-parleur mots paysages progressivement s'enfoncer au bocage ce qui en reste leur envier ces quinze jours dans la presqu'île

non pas aujourd'hui pas maintenant y faire quoi accoudé au comptoir esseulé et sans prises parmi les courants d'air mieux que formica un lissé laque inquiet d'un tel espace sans cloison ni recoin ni libre ni sûr  vitrines obscènes défilé des voitures et du tram

y demeurer comment exposé aux regards tournis des yeux abstinents en haut des corps pressés silhouettes attachés-cases épaules basses des valises masse emportée par la vague destination en tête et pressurés d'horaires pas de temps à perdre un gobelet vite avalé puis repartir sans traces encaisse muette tablier blanc casquette idem cheveux chignon d'un signe de main la poubelle désignée pour l'hésitant  couvercle aveugle aussitôt qu'entrouvert déchets entassés sous l'armature plastique y faire quoi immobile quand tout ce flux autour

le buffet n'est plus la parenthèse est morte rouges ses deux portes battantes un hublot en haut de chacune de là que les déjantés du hall s’offraient le spectacle eux qui tournent en innocence l'œil collé à la vitre le comptoir et derrière la grosse blonde au t-shirt léopard les bidasses aux doigts lents sur leurs crânes ras glissades nerveuses du serveur gominé quelques mètres carrés de carrelage où tourner souliers vernis mégots éteints billets compostés déchirés papiers des sucres le cou serré dans sa chemise blanche décapsuleur dans la poche du gilet noir plateau d’une main virevoltait commandes gueulées 

si souvent en avance avant le train pour Paris du temps que seul et toute la ville autour de soi tu joues quoi comme style flight case Gibson en main échappée belle d’un aller vers j’ai un clavier chez moi et l’apaisement d’un faire ensemble un pied de micro batterie qui vibre l’énergie qu’on y lâche soupape ou réconfort

chaque mercredi l'habitude de se poser là le goût d'happer la foule jusqu'au tournis kaléidoscope des silhouettes qu'on engouffre ogre triste et tout-puissant visages qu’on observe rencontres de hasard ces écoulements de mots qui vous font vasque témoin des innocents aux mains vides solitudes en mal de dire parce qu’une fois répété que le temps passe ou jusqu’à quand la pluie ces mots toujours revenus ces mots à soi mots qui dévoilent plus que construisent mots témoins mots défaites mots qui détissent mots qui semblent de peu puisque le mal est fait que tout cela est loin sans plus de prise offerte à aucune force

les écouter et d’un seul regard attester du roman vrai quand photo au portefeuille tatouage au torse pirouette du rat sur l’épaule les livrer aux carnets eux que la ville crache engloutit et remâche qu’opère la longue déglutition des précipices intimes errance déshérence phrases écrans mots fumées mieux réduire au silence ce qu’en soi l’on porte failles fêlures abîmes ce territoire inexploré entr’aperçu bruyant parfois à coups de syllabes colmater quoi masquer comment

pantomime illusoire en prise tout autant qu'aux

parvenu jusqu’à ce seuil aussitôt machine arrière

poche avant droite clés de la voiture et l’USB

elle t’a dit que zone limite et un au-delà du supportable grand temps de pouvoir nommer et pouvoir dire une mise au point se faire aider pour trouver quoi

innommé l’innommable

pourtant certain de ce que la plaie vomit d'entre ses lèvres passé sans images et silence malaxé arrêtez tout parce que là si l’on fouaille même si sans trop savoir ce qu’on arrache s'en remettre est si difficile

elle t’a dit que ce temps de solitude pour toi reprendre pied hors du flou t’immiscer au réel

transcrire encore

Cette clé en poche, ni de contact ou d’une porte, mais clé mémoire, clé qui clignote comme un portail qui s’ouvre, le temps que sur l’écran  ses trappes enfin livrées, ces mots qu’on porte, quelques images, ce qu’on a cru bon d’en dire, utile de préserver, s’en préserver, s’en protéger, mais s’y livrer, s’y délivrer, tourner autour et croire au vertige, un début seulement, la route est longue encore, une scène banale, une sale blessure, remonter ce fleuve, et si loin des pluies océanes, transcrire encore

Ton visage derrière la vitre du train (2)

Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants. Tu venais tout juste de t’asseoir. A l’instant, ton buste qui s’étire, tes bras levés parce leurs épuisettes, si encombrantes déjà dans les couloirs, traînant au sol, cognant autour. Si maladroits. Bien plus hautes qu’eux. Réussir à les placer là haut près de ton sac à dos. Qu’à peine le train démarré elles ne retombent. Quand ce coup de sifflet. L’homme en bleu et sa casquette. Et déjà la distance qui s’instaure. Qu’on réalise. Mains ballantes sur ce quai marcher tandis que le train démarre. Un dernier signe de main. Plus que les corps percevoir le mouvement. Soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent floues. Vous que j’ai dit miens vous effaçant sous l’accélération. Se dire qu’un puzzle à reconstruire. Et l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. Celle qu’on croyait mise à mal. D’expérience la savoir si troublante et douloureuse. Mais bien devoir l’admettre. Puisque seul au vis-à-vis de la mémoire.

merci Littré

Instrument ordinairement en fer, servant à ouvrir et à fermer une serrure.

Une clef de caisse, de secrétaire, de bureau.

Il est bien assuré que l'angoisse qu'il porte Ne s'emprisonne pas sous les clefs d'une porte, MALH. I, 4.

Fausse clef, clef imitée ou non, dont les voleurs se servent pour ouvrir les serrures.

Gentilshommes de la clef d'or, certains grands officiers de la cour d'Autriche, d'Espagne et autres, qui ont le droit d'entrer dans la chambre des princes, et qui, en signe, portent une clef d'or à leur ceinture. Clef de chambellan, charge de chambellan.

Fig. Jeter, mettre les clefs sur la fosse, renoncer à la succession d'une personne parce qu'elle doit trop : locution qui vient de ce que, dans l'ancien droit, la personne qui renonçait mettait effectivement les clefs sur la fosse.

Fig. Mettre la clef sous la porte, déménager furtivement.

Fig. Prendre la clef des champs, s'évader, prendre la fuite. Donner la clef des champs, donner la permission de sortir, de s'en aller. Avoir la clef des champs, être en liberté d'aller où l'on veut.

Caliste N'eut pas la clef des champs, qu'adieu les livres saints, LA FONT. Coupe.

Fig. Sous clef, en prison. Une lettre de cachet le tenait sous clef. Dans un autre sens, tenir sous clef, tenir caché.

Les clefs d'une ville, les clefs qui ferment les portes de la ville.

Présenter les clefs d'une ville au vainqueur, se rendre.

Fig. Passage, place par où l'on peut avoir accès dans un pays. Les Thermopyles sont la clef de

la Grèce.

Terme de théologie. La puissance des clefs, la puissance d'ouvrir et de fermer le paradis, de lier et de délier, de condamner et d'absoudre, que Jésus-Christ donna à ses apôtres. Les clefs de saint Pierre, l'autorité du saint-siége. Les clefs du royaume des cieux, la puissance de lier et de délier.

Terme de blason. Il y a des clefs posées en pal, en sautoir, ou couchées, ou adossées selon la disposition des pannetons. Le pape porte deux clefs posées en sautoir.

Ce qui ouvre, ce qui prépare, ce qui explique.

Ne leur donnez jamais la clef de vos affaires, FÉN. Tél. XXIV.

Convention d'après laquelle on peut lire une écriture secrète.

Clef du chiffre, alphabet convenu d'avance qui sert soit à chiffrer soit à déchiffrer les dépêches secrètes.

Explication de caractères énigmatiques, ou de noms supposés.

La clef de la cabale.

Les clefs du livre des Caractères de

la Bruyère.

Ajouter une clef à un ouvrage, faire connaître le nom des personnes à qui il est fait allusion.

Par extension, ensemble de connaissances ou de renseignements nécessaires pour comprendre une chose.

La clef d'un système de philosophie.

La clef d'une affaire.

Terme de musique. Caractère de musique posé au commencement d'une portée, pour déterminer le degré d'élévation de cette portée dans le clavier général et indiquer le nom des notes placées sur la ligne de la clef. Il y a trois clefs, la clef de fa, la clef de sol et la clef d'ut.

Ce qui, dans les arts, sert à ouvrir, à fermer, à serrer, à détendre, à monter et à démonter des instruments, des appareils, des machines, etc.

La clef d'une montre, d'une pendule, petit instrument creusé en carré avec lequel on monte le ressort.

Clef de pressoir, la vis qui serre et desserre le pressoir.

Une clef de voiture, l'instrument qui sert à monter, à démonter et à serrer les écrous.

Clef d'étau, morceau de fer qui sert à serrer l'étau.

Clef anglaise, espèce de marteau à deux mâchoires, dont une se meut par une vis et qui sert à serrer et à desserrer.

Terme d'architecture. Clef de voûte, pierre du milieu et du haut d'une voûte, et qui, étant plus étroite en bas qu'en haut, presse et affermit toutes les autres pierres composant la voûte.

Fig. Le point capital d'une affaire.

Clefs du crâne, nom donné autrefois aux os wormiens

Clef du caveau, recueil, aujourd'hui très considérable, de tous les airs sur lesquels ont été faites ou chantées les innombrables chansons dues aux membres du caveau, et qui sont connus sous un nom particulier, comme La catacoua, Pour la baronne, La faridondaine, etc.

Espèce de cabaret, de café où se réunissaient vers 1735 les gens de lettres et les chansonniers connus par leur joyeuse humeur, Piron, Gallet, Collé, Crébillon fils, Saurin, Fuzelier, etc.

Les habitués, les chansonniers du caveau.

Cette société même, ses actes, ses repas, ses chansons. Le caveau ne se dispersa qu'en 1749 ; il se reconstitua bientôt et dura jusqu'en 1796. Renouvelé en 1806, il cessa d'exister en 1817 ; enfin il a repris depuis en 1834 et dure encore.

Au caveau je n'osais frapper ; Des méchants m'avaient su tromper, BÉRANG. Acad. et Cav. 

Ton visage derrière la vitre

Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants. Tu te débattais avec leurs épuisettes. Les placer là-haut, près de ton sac à dos. Si encombrantes. Et puis ce coup de sifflet. Et l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. Mains ballantes sur ce quai, marcher tandis que le train s’éloigne. Un dernier signe de main. Plus que les corps, percevoir le mouvement. L’effacement. Soumises à la vitesse, vos silhouettes qui s’éloignent floues. Devoir déjà reconstituer le puzzle. Seul au vis-à-vis de la mémoire.   

Descendre l’escalier. Le pas rapide. À contre courant de la masse en vacances, remonter les couloirs. Carreaux de faïence aux murs. Publicités. Assailli de visages. Formules en lettres grasses. Quelques mots échappés de leurs bouches. Recueillis au passage. Bribes incohérentes. Marcher vite. Corps contournés. Sortir de là. Désemparé. Parce que, de nouveau, se sentir parmi. Non pas libre ou disponible. Pas même ballotté. Mais debout jusqu’au vertige. Traverser cet espace qui s’ouvre à chaque pas. Et rejoindre le hall. Jambes écartées des vigiles. Pantalons bleus et pelages sombres. Queues aux guichets. Courroie de cuir des muselières. Sac de couchage roulé sous un bras. Une cigarette dessus l’oreille. Allant venant. Seaux au chariot, sa serpillière. Cous tendus aux tableaux d’affichage. Valises aux pieds. Qu’elle efface tout, cette femme noire. Les pas perdus et le reste. Cet après midi sans projet, sinon rouler. Cette maison vide où rentrer. L’errance où l’on se jette. Une boîte de bière à la main, s’engloutir au temps que la chimie modèle. Pétrit. Étire. Et basculer au gouffre.

Attendre un peu. Ne pas repartir tout de suite. Cette route si longue. Aller s’asseoir en terrasse. Y boire une bière à l’ombre des platanes. Corps qui remuent. Corps qui passent. Voyageurs aux bagages. File des taxis qui s’avancent. Ne rien vouloir sinon s’abandonner…

Un seuil bascule

L’avoir toujours su là, présence offerte, au détour d’un couloir, l’encadrement d’une porte, jusque dans les jeux de l’enfant, pieds posés d’un carreau l’autre, labyrinthes qu’on s’invente, géométries rêvées, seuil bascule où l’on va où, n’en rien savoir et pourtant, cette certitude, non d’une chute, un passage, un entre soi où le dehors n’est rien, ce seuil bascule s’impose l’image d’un ventre, là peut-être qu’il se crée, s’y offre, dans le tempo d’un souffle ralenti, dernière retenue avant que là, non la pirouette et encore moins le saut, ce mouvement vers l’avant qui vous enroule entraîné, spirale peut-être, mais rien n’est moins sûr, ce seuil bascule où la pesée des corps et des consciences, quel espace intérieur, y rejoindre quoi, y croiser quels fantômes, cet aller vers qu’on ne peut saisir,

des deux pieds en appui, immobile, l’ignorer ce seuil bascule, crainte enfantine une main au mur le plâtre froid, le seuil bascule est lieu vertige

Une sale blessure

Non le silence qui pèse, mais les mots absents, le vide auquel on s’abandonne se sent partir, cette chute de n’avoir su de n’avoir pu, lui soi, jeu de dupe jeu de masques et les années passées la sentence, ce sac balancé aux épaules que l’on voudrait qu’on porte et qu’on sait ne pouvoir, ce « tiens prends ça » puisque limite atteinte bientôt s’éteindre, ce jeu de double où se croire prolongé, d’un peu de vie palpiter, saisir l’encore une simple pirouette, miroir tendu où ne pouvoir se reconnaître, s’agripper en distance reconquise, non, pas soi, pas ça, que chacun à sa place, l’un au passé l’autre au présent, cette confusion où se perdre, où le vide enfin voilé, ce piège de l’identique d’une ressemblance, logorrhée pâle cette pâte immonde, que du père au fils et du fils à l’enfant, à peine paru et déjà nié, advenu et néanmoins figé englué sous la douceur des mots fixes, que l’un naisse que l’autre meurt, et que chacun tant bien que mal atteigne enfin sa limite, l’apprenne et s’y dessine, debout et fragile, éclos d’un moule brisé

4/10/2007

Ultime silence balisé Un si bel été Usine, sirène, bric-à-brac Une si belle journée Un sortilège bancal Un seul baiser Ulcère Uléma Satisfaction Salissure Bribes Bordures Broderies

Ultime silence balisé

Ne l’avoir pourtant point convoqué, mais bien devoir l’admettre, lui et nul autre, immiscé sans prévenir, désormais récurrent, figure familière d’un avant peu, visage du suspens sa mort prochaine, visage qui fait signe lèvres qui parlent, plongé au bourdon d’avant sommeil, bousculade du verbe élastique, corps tendu d’un sommeil qui s’éloigne, soi gisant s’obstiner pour qu’enfin l’abandon, mais lui, ses lèvres muettes pour tant d’années, deux plis d’où s’arrachent les formules qui font mal, plis béants d’où l’on attend sans que rien, non décidément rien, pas même le dire des mots qu’on ne sait trop, rien, et là se promettre que bientôt, au face à face enfin possible, chacun derrière sa ligne, soi au sommeil et lui à la mort, se parler, enfin discuter que les mots l’un à l’autre, et savoir qu’au réveil traces lointaines qu’on enfouit, laisser au flux ne rien fixer, chaque nuit se retrouver et l’un à l’autre

N’en savoir rien, n’en rien connaître

N’en savoir rien, n’en rien connaître, sinon ce contact sur la cuisse, oblong et plat quand les clés du trousseau, le fon de la poche d’un pantalon, main qu’on pose au tissu ces volumes qui rassurent, aspérités bienveillantes : de quoi conduire, ouvrir une porte, billets glissés monnaie qui tinte, glisser la main tendre la jambe sous la table du bistrot, l’épaule en arrière tendre la main et malgré l’épaisseur du jean, coton rigide regard perdu là-bas sans trop savoir sur quoi se pose, piétons au passage, voitures en files, ces quelques péniches amarrées l’au-delà du quai ces pavés, les lignes d’immeubles perdus au ciel, d’une pression des doigts à plat extraire ces billets pliés les détacher, un oeil sur le plateau rond du serveur, sa main à plat son gilet blanc sa chemise blanche, déjà prêt à trier la monnaie qui l’attend, sacoche noire sur le ventre, espérer que personne ne revienne à cette table, inquisiteur supposant qu’ici même, il y a peu, dix minutes peut-être, cette clé USB noire, importante parce que… payer, vite boire cette bière et s’en aller, partir d’ici rejoindre la voiture sur le quai, de ponts en ronds points rejoindre l’autoroute, conduire seul retrouver la maison vide, fenêtre ouverte rouler non loin du fleuve

Découverte étonnante, cet après midi de juillet

Découverte étonnante, cet après midi de juillet, assis la terrasse de ce bar. Je sortais de la gare de Nantes, avec cette impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants, leurs épuisettes encombrantes et puis ce coup de sifflet… Mains ballantes sur ce quai, marcher tandis que le train s’éloigne, un dernier signe de main, apercevoir le mouvement plus que les corps, deviner, reconstituer le puzzle… Vite descendre l’escalier, à contre courant, de la masse en vacances remonter les couloirs, carreaux de faïence aux murs, publicités, assaillis de visages, quelques mots happés au passage, formules en lettres grasses, silhouettes mobiles, corps contournés, seul avancer là, de nouveau désemparé de se sentir parmi, non pas libre ou disponible, pas même ballotté, mais debout jusqu’au vertige, cet espace qui s’ouvre, ce hall de gare, l’après midi vide, de nouveau l’œil à celui qui, sac de couchage roulé sous un bras, une cigarette dessus l’oreille, allant venant, l’errance où l’on se jette, suffisamment de produits ingurgités pour que la route ne s’arrête plus, mouvement vers le prochain festival et là cul à terre près d’une fontaine, pavés roses de la rue piétonne, corps qui s’effondre au cercle, les chiens couchés, les boîtes de bière, ce temps que la chimie modèle, pétrit, étire et bascule au trou noir… Sortir du hall, vigiles aux chiens dressés entre leurs jambes, pantalons bleus et pelages sombres, courroie de cuir des muselières, tandis que cette femme noire, seaux au chariot, passant sa serpillière… Sortir de là, cette terrasse au trottoir, l’ombre des platanes, conversations des taxis, y aller boire une bière, ne pas repartir tout de suite, cette route si longue encore

Elle était là, posée sur la table, entre le cendrier et les verres vides. L’avoir saisie aussitôt, glissée dans la poche du pantalon, curieux de ce qu’une clé oubliée, bribes de mémoire électronique : y trouver quoi ?