U.S.B.

inexorable devenir fleuve

un souterrain bloqué un soutènement blême un si brave homme un signe bordel un simple baiser une solide bourrade s’être dérobé à soi aux siens et quand ne plus rejoindre l’impression que dupe volé brisé blessé libre peut-être l’espérer le vouloir d’autres fondations à clamer fils des voleurs et des arc en ciel on était né de peu et pourtant qui sait combien de ces pères en soi porté fils du chien noir et de l’homme de boue de tous les fleuves faire sien l’imaginer emporté quand le sommeil absent béant marcher sur la route et l’animal à ses côtés allant venant la certitude d’un campement où s’arrêter quelques notes d’autres visages d’autres mains ses paumes inaccessibles quand gire mains du silence et la bouche entr’ouverte visages où lire les mots ce kit qui fait qu’on va rambardes et garde fous ces directions qu’on suit inexorable devenir fleuve

U.S.B.

ton visage derrière la vitre du train nos deux enfants ce coup de sifflet

tu viens tout juste de t’asseoir à l’instant ton buste qui s’étirait mon reflet immobile corps en attente les yeux rivés accrochés au mouvement de tes bras levés parce que leurs épuisettes si maladroits tout à l’heure dans les couloirs traînant au sol encombrantes cognant autour tellement plus hautes qu’eux réussir à les placer là haut près de ton sac à dos sur la pointe des pieds épaules levées tes bras qui poussent léger rictus les caler qu’à peine le train démarré elles ne retombent

ce coup de sifflet l’homme en bleu sa casquette blanche s’écarter nombreux autour mais demeurés incertains ombres sans chair importent peu s’éloignent eux aussi de la bordure du quai derniers regards derniers signes et déjà la distance qui s’instaure

une première secousse le train qui démarre mains ballantes marcher sur ce quai encore un signe de main plus que les corps désormais percevoir le mouvement soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent devenues floues tout autant qu’un éloignement un effacement sous l’accélération se dire qu’un puzzle à reconstruire lequel on ne sait trop seulement le mot s’impose on s’y accroche offert et stable dans la mouvance de cet entre-deux de cette vacance dont on devine qu’on ne saura trop quoi faire ce temps accordé qui déjà fait peur

un vide plus qu’un possible parce que l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes l’avoir crue mise à mal et s’être senti fort l’avoir déclarée moribonde sous les coups d’amour boutoir et la retrouver intacte se savoir cueilli emporté par elle d’expérience la savoir si troublante et douloureuse mais bien devoir admettre sa présence puisque maintenant seul au vis-à-vis de la mémoire

ressasser leurs visages ne suffira pas

premier signe infaillible ce léger vertige et sentir aux genoux qu’on oscille happé aspiré par l’horizon des rails certitude que le ciel est de trop démuni parce que sans rambarde où s’appuyer marcher tête baissée regard au sol les marches de l’escalier le pas rapide remonter les couloirs à contre courant de la masse en vacances carreaux de faïence aux murs publicités se sentir assailli de visages formules en lettres grasses quelques mots échappés de leurs bouches bribes incohérentes recueillies au passage marcher vite corps contournés sortir de là désemparé parce que de nouveau se sentir parmi non pas libre ou disponible pas même ballotté mais debout jusqu’au vertige

When the train left the station, there was two lights on behind

quel mot pour dire ce qu’en soi on trouve blues ne convient guère

When the train left the station, there was two lights on behind

sentiment d’un vide plus que tristesse

Well, the blue light was my blues And the red light was my mind

s’occuper l’esprit d’une mélopée en boucle la retrouver bientôt dans la voiture cassette qu’on pousse et là

Well it’s hard to tell, it’s hard to tell

conduire et s’oublier en élégie lointaine se divertir d’une de ces filles qu’on raccompagne à la gare une valise à la main qu’on regarde dans les yeux tandis qu’autour on accroche les wagons et qu’on pleure en regardant s’éloigner les lumières de la dernière voiture

When all your love’s in vain

d'autre chose ici qu’il s’agit non d’un amour en vain un faux départ plutôt liberté grande où affleure l'abandon champ libre où l’on sait quelles silhouettes chaque fois s’y glissent s’immiscent démons privés fantômes intimes 

And all my love’s in vain

à pas pressés rejoindre le hall tous ces corps debout queues aux guichets une valise un sac aux pieds silencieux l’œil au panneau des horaires casquettes et shorts inévitables t-shirt rayés marine clés de voiture à la main demeurent encore un peu regard ailleurs contourner ces grappes immobiles traverser cet espace qui s’ouvre à chaque pas

jambes écartées des vigiles pantalons bleus et pelages sombres courroie de cuir des muselières leurs chiens sont des sexes brandis

lui va et vient une boîte de bière à la main sac de couchage roulé sous un bras cigarette dessus l’oreille connaît l’errance où l’on se jette les pavés des rues piétonnes où l’on s’affale le béton des parkings un à un les cachetons de la plaquette aluminium qu’ils passent en gorge et s’engloutir au temps que la chimie modèle pétrit étire lentement basculer au gouffre

Well I followed her to the station, with her suitcase, in my hand

elle aussi les contourne ses pas lents mesurés son dos penché sous l'acrylique bleu pâle ses deux bras en appui sur la barre du chariot deux ou trois seaux un balai serpillière ne la voit pas penchés au dessus des poussettes le cou tendu aux tableaux d’affichage promesse du départ que ces lettres tournent indiquent blanches le quai où se rendre s'abandonner au flux mouvant et partir

elle n'en sortirait peut-être jamais de cette gare tournant là son chariot sa serpillière soucieuse d’effacer toutes traces de leur passage ce mouvement continuel

Well I followed her to the station, with her suitcase, in my hand

oui qu’elle lave tout à grande eau les pas perdus et le reste ces visages figés tous leurs mots en chaos cet après midi sans projet cette ombre qu'ils piétinent au trottoir quand soi seul parmi la foule

elle savait à Cleveland connaissait la formule pour se soustraire au monde abolir tout à venir l’avoir observée d’heure en heure dans l’attente d’un train de nuit pour retour vers New York  silhouette noire au retour programmé se hissant sur la pointe des pieds jusqu'au guichet achetait son billet repartait puis revenant un peu plus tard sortait le billet de sa poche se le faisait rembourser tournait virait dans la salle d’attente remontait jusqu’au parking redescendait vers le quai et de nouveau le guichet l’hygiaphone puis billet en poche ce même parcours encore une fois répétait ce rite qui clôt l’instant une longue agonie du possible

Well it’s hard to tell, it’s hard to tell, when all your life’s in vain

sortir de cette gare traverser la ligne des taxis les rails du tram l’esplanade de dalles blanches retrouver la voiture l'avoir compris quinze ans plus tôt la première fois qu'ici descendu sur le quai matinée d’août sans voyageurs l'escalier quasi désert non la ville mais son approche ce parking immense venu buter sur les thuyas en ligne aucun dallage alors seul le bitume le panneau pour l'Intermarché à deux minutes au premier feu à droite les maisonnettes grises comme villas rabougries jardinets exposés nord confirmation sous l'abri bus gare des Aubrais coup d'oeil au plan une gare en ville l'autre à l'écart pas bien compris ce qu’avait dit l’homme au guichet de Cholet Les Aubrais Orléans nœud ferroviaire Saint Pierre des Corps tout comme rien de moins qu'un faux départ dans deux heures la prochaine navette pour Orléans à peine arrivé et déjà en rade au milieu d’une gare de banlieue vide

ce rêve il y a peu phrase qui poursuit même éveillé plus que je ne l’agis ce monde m’agite passager sur un quai tranquille sinon heureux tant que passe la foule autour et soudain si désemparé quand se retrouver seul l’agitation terminée l’agitation terminée les voyageurs égaillés quand plus rien sinon les rails quelques wagons de marchandises les citernes rouille rien d'autre à faire que marcher mains aux poches jeter un coup d'oeil aux confiseries derrière la vitre s'attarder à cette fente où la pièce un journal abandonné au sac poubelle plus que je ne l’agis ce monde m’agite  

And all my life’s in vain

trop tôt pour un demi café heureusement qu’un livre en poche attendre au buffet remettre à plus tard à quoi bon prendre un bus demeurer là un peu une antichambre un condensé d'échéances repoussées attendues refusées désirées seulement cette certitude qu'ici la vie ici l’on passe ici l'on part ici l’errance ici l’attente ici le rêve ici l'ailleurs ici la marge ici latence ici fêlure lieu des corps qui s'éloignent des mains qu'on serre des bras qui s'ouvrent du journal qu'on lit pour passer le temps de la pendule que l'on fixe des ballons que l'on boit sans jamais billet en poche    

deux heures d'attente à Nantes largement le temps pour un sandwich elle a dit que Pierre viendrait les chercher la nuit tombée sûrement pour l'instant une lente remontée du fleuve sur le quai ces villes de Loire égrenées haut-parleur mots paysages progressivement s'enfoncer au bocage ce qui en reste leur envier ces quinze jours dans la presqu'île

non pas aujourd'hui pas maintenant y faire quoi accoudé au comptoir esseulé et sans prises parmi les courants d'air mieux que formica un lissé laque inquiet d'un tel espace sans cloison ni recoin ni libre ni sûr  vitrines obscènes défilé des voitures et du tram

y demeurer comment exposé aux regards tournis des yeux abstinents en haut des corps pressés silhouettes attachés-cases épaules basses des valises masse emportée par la vague destination en tête et pressurés d'horaires pas de temps à perdre un gobelet vite avalé puis repartir sans traces encaisse muette tablier blanc casquette idem cheveux chignon d'un signe de main la poubelle désignée pour l'hésitant  couvercle aveugle aussitôt qu'entrouvert déchets entassés sous l'armature plastique y faire quoi immobile quand tout ce flux autour

le buffet n'est plus la parenthèse est morte rouges ses deux portes battantes un hublot en haut de chacune de là que les déjantés du hall s’offraient le spectacle eux qui tournent en innocence l'œil collé à la vitre le comptoir et derrière la grosse blonde au t-shirt léopard les bidasses aux doigts lents sur leurs crânes ras glissades nerveuses du serveur gominé quelques mètres carrés de carrelage où tourner souliers vernis mégots éteints billets compostés déchirés papiers des sucres le cou serré dans sa chemise blanche décapsuleur dans la poche du gilet noir plateau d’une main virevoltait commandes gueulées 

si souvent en avance avant le train pour Paris du temps que seul et toute la ville autour de soi tu joues quoi comme style flight case Gibson en main échappée belle d’un aller vers j’ai un clavier chez moi et l’apaisement d’un faire ensemble un pied de micro batterie qui vibre l’énergie qu’on y lâche soupape ou réconfort

chaque mercredi l'habitude de se poser là le goût d'happer la foule jusqu'au tournis kaléidoscope des silhouettes qu'on engouffre ogre triste et tout-puissant visages qu’on observe rencontres de hasard ces écoulements de mots qui vous font vasque témoin des innocents aux mains vides solitudes en mal de dire parce qu’une fois répété que le temps passe ou jusqu’à quand la pluie ces mots toujours revenus ces mots à soi mots qui dévoilent plus que construisent mots témoins mots défaites mots qui détissent mots qui semblent de peu puisque le mal est fait que tout cela est loin sans plus de prise offerte à aucune force

les écouter et d’un seul regard attester du roman vrai quand photo au portefeuille tatouage au torse pirouette du rat sur l’épaule les livrer aux carnets eux que la ville crache engloutit et remâche qu’opère la longue déglutition des précipices intimes errance déshérence phrases écrans mots fumées mieux réduire au silence ce qu’en soi l’on porte failles fêlures abîmes ce territoire inexploré entr’aperçu bruyant parfois à coups de syllabes colmater quoi masquer comment

pantomime illusoire en prise tout autant qu'aux

parvenu jusqu’à ce seuil aussitôt machine arrière

poche avant droite clés de la voiture et l’USB

elle t’a dit que zone limite et un au-delà du supportable grand temps de pouvoir nommer et pouvoir dire une mise au point se faire aider pour trouver quoi

innommé l’innommable

pourtant certain de ce que la plaie vomit d'entre ses lèvres passé sans images et silence malaxé arrêtez tout parce que là si l’on fouaille même si sans trop savoir ce qu’on arrache s'en remettre est si difficile

elle t’a dit que ce temps de solitude pour toi reprendre pied hors du flou t’immiscer au réel

transcrire encore

Cette clé en poche, ni de contact ou d’une porte, mais clé mémoire, clé qui clignote comme un portail qui s’ouvre, le temps que sur l’écran  ses trappes enfin livrées, ces mots qu’on porte, quelques images, ce qu’on a cru bon d’en dire, utile de préserver, s’en préserver, s’en protéger, mais s’y livrer, s’y délivrer, tourner autour et croire au vertige, un début seulement, la route est longue encore, une scène banale, une sale blessure, remonter ce fleuve, et si loin des pluies océanes, transcrire encore

Ton visage derrière la vitre du train (2)

Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants. Tu venais tout juste de t’asseoir. A l’instant, ton buste qui s’étire, tes bras levés parce leurs épuisettes, si encombrantes déjà dans les couloirs, traînant au sol, cognant autour. Si maladroits. Bien plus hautes qu’eux. Réussir à les placer là haut près de ton sac à dos. Qu’à peine le train démarré elles ne retombent. Quand ce coup de sifflet. L’homme en bleu et sa casquette. Et déjà la distance qui s’instaure. Qu’on réalise. Mains ballantes sur ce quai marcher tandis que le train démarre. Un dernier signe de main. Plus que les corps percevoir le mouvement. Soumises à la vitesse vos silhouettes qui s’éloignent floues. Vous que j’ai dit miens vous effaçant sous l’accélération. Se dire qu’un puzzle à reconstruire. Et l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. Celle qu’on croyait mise à mal. D’expérience la savoir si troublante et douloureuse. Mais bien devoir l’admettre. Puisque seul au vis-à-vis de la mémoire.

merci Littré

Instrument ordinairement en fer, servant à ouvrir et à fermer une serrure.

Une clef de caisse, de secrétaire, de bureau.

Il est bien assuré que l'angoisse qu'il porte Ne s'emprisonne pas sous les clefs d'une porte, MALH. I, 4.

Fausse clef, clef imitée ou non, dont les voleurs se servent pour ouvrir les serrures.

Gentilshommes de la clef d'or, certains grands officiers de la cour d'Autriche, d'Espagne et autres, qui ont le droit d'entrer dans la chambre des princes, et qui, en signe, portent une clef d'or à leur ceinture. Clef de chambellan, charge de chambellan.

Fig. Jeter, mettre les clefs sur la fosse, renoncer à la succession d'une personne parce qu'elle doit trop : locution qui vient de ce que, dans l'ancien droit, la personne qui renonçait mettait effectivement les clefs sur la fosse.

Fig. Mettre la clef sous la porte, déménager furtivement.

Fig. Prendre la clef des champs, s'évader, prendre la fuite. Donner la clef des champs, donner la permission de sortir, de s'en aller. Avoir la clef des champs, être en liberté d'aller où l'on veut.

Caliste N'eut pas la clef des champs, qu'adieu les livres saints, LA FONT. Coupe.

Fig. Sous clef, en prison. Une lettre de cachet le tenait sous clef. Dans un autre sens, tenir sous clef, tenir caché.

Les clefs d'une ville, les clefs qui ferment les portes de la ville.

Présenter les clefs d'une ville au vainqueur, se rendre.

Fig. Passage, place par où l'on peut avoir accès dans un pays. Les Thermopyles sont la clef de

la Grèce.

Terme de théologie. La puissance des clefs, la puissance d'ouvrir et de fermer le paradis, de lier et de délier, de condamner et d'absoudre, que Jésus-Christ donna à ses apôtres. Les clefs de saint Pierre, l'autorité du saint-siége. Les clefs du royaume des cieux, la puissance de lier et de délier.

Terme de blason. Il y a des clefs posées en pal, en sautoir, ou couchées, ou adossées selon la disposition des pannetons. Le pape porte deux clefs posées en sautoir.

Ce qui ouvre, ce qui prépare, ce qui explique.

Ne leur donnez jamais la clef de vos affaires, FÉN. Tél. XXIV.

Convention d'après laquelle on peut lire une écriture secrète.

Clef du chiffre, alphabet convenu d'avance qui sert soit à chiffrer soit à déchiffrer les dépêches secrètes.

Explication de caractères énigmatiques, ou de noms supposés.

La clef de la cabale.

Les clefs du livre des Caractères de

la Bruyère.

Ajouter une clef à un ouvrage, faire connaître le nom des personnes à qui il est fait allusion.

Par extension, ensemble de connaissances ou de renseignements nécessaires pour comprendre une chose.

La clef d'un système de philosophie.

La clef d'une affaire.

Terme de musique. Caractère de musique posé au commencement d'une portée, pour déterminer le degré d'élévation de cette portée dans le clavier général et indiquer le nom des notes placées sur la ligne de la clef. Il y a trois clefs, la clef de fa, la clef de sol et la clef d'ut.

Ce qui, dans les arts, sert à ouvrir, à fermer, à serrer, à détendre, à monter et à démonter des instruments, des appareils, des machines, etc.

La clef d'une montre, d'une pendule, petit instrument creusé en carré avec lequel on monte le ressort.

Clef de pressoir, la vis qui serre et desserre le pressoir.

Une clef de voiture, l'instrument qui sert à monter, à démonter et à serrer les écrous.

Clef d'étau, morceau de fer qui sert à serrer l'étau.

Clef anglaise, espèce de marteau à deux mâchoires, dont une se meut par une vis et qui sert à serrer et à desserrer.

Terme d'architecture. Clef de voûte, pierre du milieu et du haut d'une voûte, et qui, étant plus étroite en bas qu'en haut, presse et affermit toutes les autres pierres composant la voûte.

Fig. Le point capital d'une affaire.

Clefs du crâne, nom donné autrefois aux os wormiens

Clef du caveau, recueil, aujourd'hui très considérable, de tous les airs sur lesquels ont été faites ou chantées les innombrables chansons dues aux membres du caveau, et qui sont connus sous un nom particulier, comme La catacoua, Pour la baronne, La faridondaine, etc.

Espèce de cabaret, de café où se réunissaient vers 1735 les gens de lettres et les chansonniers connus par leur joyeuse humeur, Piron, Gallet, Collé, Crébillon fils, Saurin, Fuzelier, etc.

Les habitués, les chansonniers du caveau.

Cette société même, ses actes, ses repas, ses chansons. Le caveau ne se dispersa qu'en 1749 ; il se reconstitua bientôt et dura jusqu'en 1796. Renouvelé en 1806, il cessa d'exister en 1817 ; enfin il a repris depuis en 1834 et dure encore.

Au caveau je n'osais frapper ; Des méchants m'avaient su tromper, BÉRANG. Acad. et Cav. 

Ton visage derrière la vitre

Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants. Tu te débattais avec leurs épuisettes. Les placer là-haut, près de ton sac à dos. Si encombrantes. Et puis ce coup de sifflet. Et l’impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. Mains ballantes sur ce quai, marcher tandis que le train s’éloigne. Un dernier signe de main. Plus que les corps, percevoir le mouvement. L’effacement. Soumises à la vitesse, vos silhouettes qui s’éloignent floues. Devoir déjà reconstituer le puzzle. Seul au vis-à-vis de la mémoire.   

Descendre l’escalier. Le pas rapide. À contre courant de la masse en vacances, remonter les couloirs. Carreaux de faïence aux murs. Publicités. Assailli de visages. Formules en lettres grasses. Quelques mots échappés de leurs bouches. Recueillis au passage. Bribes incohérentes. Marcher vite. Corps contournés. Sortir de là. Désemparé. Parce que, de nouveau, se sentir parmi. Non pas libre ou disponible. Pas même ballotté. Mais debout jusqu’au vertige. Traverser cet espace qui s’ouvre à chaque pas. Et rejoindre le hall. Jambes écartées des vigiles. Pantalons bleus et pelages sombres. Queues aux guichets. Courroie de cuir des muselières. Sac de couchage roulé sous un bras. Une cigarette dessus l’oreille. Allant venant. Seaux au chariot, sa serpillière. Cous tendus aux tableaux d’affichage. Valises aux pieds. Qu’elle efface tout, cette femme noire. Les pas perdus et le reste. Cet après midi sans projet, sinon rouler. Cette maison vide où rentrer. L’errance où l’on se jette. Une boîte de bière à la main, s’engloutir au temps que la chimie modèle. Pétrit. Étire. Et basculer au gouffre.

Attendre un peu. Ne pas repartir tout de suite. Cette route si longue. Aller s’asseoir en terrasse. Y boire une bière à l’ombre des platanes. Corps qui remuent. Corps qui passent. Voyageurs aux bagages. File des taxis qui s’avancent. Ne rien vouloir sinon s’abandonner…

Un seuil bascule

L’avoir toujours su là, présence offerte, au détour d’un couloir, l’encadrement d’une porte, jusque dans les jeux de l’enfant, pieds posés d’un carreau l’autre, labyrinthes qu’on s’invente, géométries rêvées, seuil bascule où l’on va où, n’en rien savoir et pourtant, cette certitude, non d’une chute, un passage, un entre soi où le dehors n’est rien, ce seuil bascule s’impose l’image d’un ventre, là peut-être qu’il se crée, s’y offre, dans le tempo d’un souffle ralenti, dernière retenue avant que là, non la pirouette et encore moins le saut, ce mouvement vers l’avant qui vous enroule entraîné, spirale peut-être, mais rien n’est moins sûr, ce seuil bascule où la pesée des corps et des consciences, quel espace intérieur, y rejoindre quoi, y croiser quels fantômes, cet aller vers qu’on ne peut saisir,

des deux pieds en appui, immobile, l’ignorer ce seuil bascule, crainte enfantine une main au mur le plâtre froid, le seuil bascule est lieu vertige

Une sale blessure

Non le silence qui pèse, mais les mots absents, le vide auquel on s’abandonne se sent partir, cette chute de n’avoir su de n’avoir pu, lui soi, jeu de dupe jeu de masques et les années passées la sentence, ce sac balancé aux épaules que l’on voudrait qu’on porte et qu’on sait ne pouvoir, ce « tiens prends ça » puisque limite atteinte bientôt s’éteindre, ce jeu de double où se croire prolongé, d’un peu de vie palpiter, saisir l’encore une simple pirouette, miroir tendu où ne pouvoir se reconnaître, s’agripper en distance reconquise, non, pas soi, pas ça, que chacun à sa place, l’un au passé l’autre au présent, cette confusion où se perdre, où le vide enfin voilé, ce piège de l’identique d’une ressemblance, logorrhée pâle cette pâte immonde, que du père au fils et du fils à l’enfant, à peine paru et déjà nié, advenu et néanmoins figé englué sous la douceur des mots fixes, que l’un naisse que l’autre meurt, et que chacun tant bien que mal atteigne enfin sa limite, l’apprenne et s’y dessine, debout et fragile, éclos d’un moule brisé

4/10/2007

Ultime silence balisé Un si bel été Usine, sirène, bric-à-brac Une si belle journée Un sortilège bancal Un seul baiser Ulcère Uléma Satisfaction Salissure Bribes Bordures Broderies

Ultime silence balisé

Ne l’avoir pourtant point convoqué, mais bien devoir l’admettre, lui et nul autre, immiscé sans prévenir, désormais récurrent, figure familière d’un avant peu, visage du suspens sa mort prochaine, visage qui fait signe lèvres qui parlent, plongé au bourdon d’avant sommeil, bousculade du verbe élastique, corps tendu d’un sommeil qui s’éloigne, soi gisant s’obstiner pour qu’enfin l’abandon, mais lui, ses lèvres muettes pour tant d’années, deux plis d’où s’arrachent les formules qui font mal, plis béants d’où l’on attend sans que rien, non décidément rien, pas même le dire des mots qu’on ne sait trop, rien, et là se promettre que bientôt, au face à face enfin possible, chacun derrière sa ligne, soi au sommeil et lui à la mort, se parler, enfin discuter que les mots l’un à l’autre, et savoir qu’au réveil traces lointaines qu’on enfouit, laisser au flux ne rien fixer, chaque nuit se retrouver et l’un à l’autre

N’en savoir rien, n’en rien connaître

N’en savoir rien, n’en rien connaître, sinon ce contact sur la cuisse, oblong et plat quand les clés du trousseau, le fon de la poche d’un pantalon, main qu’on pose au tissu ces volumes qui rassurent, aspérités bienveillantes : de quoi conduire, ouvrir une porte, billets glissés monnaie qui tinte, glisser la main tendre la jambe sous la table du bistrot, l’épaule en arrière tendre la main et malgré l’épaisseur du jean, coton rigide regard perdu là-bas sans trop savoir sur quoi se pose, piétons au passage, voitures en files, ces quelques péniches amarrées l’au-delà du quai ces pavés, les lignes d’immeubles perdus au ciel, d’une pression des doigts à plat extraire ces billets pliés les détacher, un oeil sur le plateau rond du serveur, sa main à plat son gilet blanc sa chemise blanche, déjà prêt à trier la monnaie qui l’attend, sacoche noire sur le ventre, espérer que personne ne revienne à cette table, inquisiteur supposant qu’ici même, il y a peu, dix minutes peut-être, cette clé USB noire, importante parce que… payer, vite boire cette bière et s’en aller, partir d’ici rejoindre la voiture sur le quai, de ponts en ronds points rejoindre l’autoroute, conduire seul retrouver la maison vide, fenêtre ouverte rouler non loin du fleuve