U.S.B.

Une sale blessure

Non le silence qui pèse, mais les mots absents, le vide auquel on s’abandonne se sent partir, cette chute de n’avoir su de n’avoir pu, lui soi, jeu de dupe jeu de masques et les années passées la sentence, ce sac balancé aux épaules que l’on voudrait qu’on porte et qu’on sait ne pouvoir, ce « tiens prends ça » puisque limite atteinte bientôt s’éteindre, ce jeu de double où se croire prolongé, d’un peu de vie palpiter, saisir l’encore une simple pirouette, miroir tendu où ne pouvoir se reconnaître, s’agripper en distance reconquise, non, pas soi, pas ça, que chacun à sa place, l’un au passé l’autre au présent, cette confusion où se perdre, où le vide enfin voilé, ce piège de l’identique d’une ressemblance, logorrhée pâle cette pâte immonde, que du père au fils et du fils à l’enfant, à peine paru et déjà nié, advenu et néanmoins figé englué sous la douceur des mots fixes, que l’un naisse que l’autre meurt, et que chacun tant bien que mal atteigne enfin sa limite, l’apprenne et s’y dessine, debout et fragile, éclos d’un moule brisé

4/10/2007

Ultime silence balisé Un si bel été Usine, sirène, bric-à-brac Une si belle journée Un sortilège bancal Un seul baiser Ulcère Uléma Satisfaction Salissure Bribes Bordures Broderies

Ultime silence balisé

Ne l’avoir pourtant point convoqué, mais bien devoir l’admettre, lui et nul autre, immiscé sans prévenir, désormais récurrent, figure familière d’un avant peu, visage du suspens sa mort prochaine, visage qui fait signe lèvres qui parlent, plongé au bourdon d’avant sommeil, bousculade du verbe élastique, corps tendu d’un sommeil qui s’éloigne, soi gisant s’obstiner pour qu’enfin l’abandon, mais lui, ses lèvres muettes pour tant d’années, deux plis d’où s’arrachent les formules qui font mal, plis béants d’où l’on attend sans que rien, non décidément rien, pas même le dire des mots qu’on ne sait trop, rien, et là se promettre que bientôt, au face à face enfin possible, chacun derrière sa ligne, soi au sommeil et lui à la mort, se parler, enfin discuter que les mots l’un à l’autre, et savoir qu’au réveil traces lointaines qu’on enfouit, laisser au flux ne rien fixer, chaque nuit se retrouver et l’un à l’autre

N’en savoir rien, n’en rien connaître

N’en savoir rien, n’en rien connaître, sinon ce contact sur la cuisse, oblong et plat quand les clés du trousseau, le fon de la poche d’un pantalon, main qu’on pose au tissu ces volumes qui rassurent, aspérités bienveillantes : de quoi conduire, ouvrir une porte, billets glissés monnaie qui tinte, glisser la main tendre la jambe sous la table du bistrot, l’épaule en arrière tendre la main et malgré l’épaisseur du jean, coton rigide regard perdu là-bas sans trop savoir sur quoi se pose, piétons au passage, voitures en files, ces quelques péniches amarrées l’au-delà du quai ces pavés, les lignes d’immeubles perdus au ciel, d’une pression des doigts à plat extraire ces billets pliés les détacher, un oeil sur le plateau rond du serveur, sa main à plat son gilet blanc sa chemise blanche, déjà prêt à trier la monnaie qui l’attend, sacoche noire sur le ventre, espérer que personne ne revienne à cette table, inquisiteur supposant qu’ici même, il y a peu, dix minutes peut-être, cette clé USB noire, importante parce que… payer, vite boire cette bière et s’en aller, partir d’ici rejoindre la voiture sur le quai, de ponts en ronds points rejoindre l’autoroute, conduire seul retrouver la maison vide, fenêtre ouverte rouler non loin du fleuve

Découverte étonnante, cet après midi de juillet

Découverte étonnante, cet après midi de juillet, assis la terrasse de ce bar. Je sortais de la gare de Nantes, avec cette impression idiote d’à nouveau replonger dans la plus élémentaire des solitudes. Ton visage derrière la vitre du train, nos deux enfants, leurs épuisettes encombrantes et puis ce coup de sifflet… Mains ballantes sur ce quai, marcher tandis que le train s’éloigne, un dernier signe de main, apercevoir le mouvement plus que les corps, deviner, reconstituer le puzzle… Vite descendre l’escalier, à contre courant, de la masse en vacances remonter les couloirs, carreaux de faïence aux murs, publicités, assaillis de visages, quelques mots happés au passage, formules en lettres grasses, silhouettes mobiles, corps contournés, seul avancer là, de nouveau désemparé de se sentir parmi, non pas libre ou disponible, pas même ballotté, mais debout jusqu’au vertige, cet espace qui s’ouvre, ce hall de gare, l’après midi vide, de nouveau l’œil à celui qui, sac de couchage roulé sous un bras, une cigarette dessus l’oreille, allant venant, l’errance où l’on se jette, suffisamment de produits ingurgités pour que la route ne s’arrête plus, mouvement vers le prochain festival et là cul à terre près d’une fontaine, pavés roses de la rue piétonne, corps qui s’effondre au cercle, les chiens couchés, les boîtes de bière, ce temps que la chimie modèle, pétrit, étire et bascule au trou noir… Sortir du hall, vigiles aux chiens dressés entre leurs jambes, pantalons bleus et pelages sombres, courroie de cuir des muselières, tandis que cette femme noire, seaux au chariot, passant sa serpillière… Sortir de là, cette terrasse au trottoir, l’ombre des platanes, conversations des taxis, y aller boire une bière, ne pas repartir tout de suite, cette route si longue encore

Elle était là, posée sur la table, entre le cendrier et les verres vides. L’avoir saisie aussitôt, glissée dans la poche du pantalon, curieux de ce qu’une clé oubliée, bribes de mémoire électronique : y trouver quoi ?