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WINDOWS NOTEBOOK 11 et 12

Wervik + Kemmel

Ce soir, deux thuyas, un mobile home, son auvent marron, quelques arbustes nains.

Hier, la guinguette a fermé ses volets, terrasse vide, les chaises autour des tables, les fûts Shell, (jaunes) posés là pour tenir les piquets d’où flottent les banderoles plastiques (les mêmes autrefois l’été dans les stations services, parées pour les grands départs), l’allée de graviers gris, la pluie (la flaque s’élargira jusqu’au matin), chats qui passent furètent et s’abritent aux arbustes, l’un d’eux ce matin dans le lit d’Elsa, convaincue au réveil que sa peluche avait pris vie.

Lieu en tête, avoir regretté d’être parti sans appareil photo, derrière les dunes, mobiles homes détruits, quelques fauteuils plastiques blancs, des tables idem, caravanes éventrées, rideaux qui s’agitent au vent vitres brisées, fauteuils banquettes qui pourrissent, traces de feu, une cabine téléphonique encore là, ce qui fut un camping, seul encore demeure le bar

Ce matin

Egarés, s’arrêter au Flamenco, bistrot d’Houtem ; le patron, la quarantaine, chauve au t-shirt noir, venu s’asseoir à la table raconter son histoire ; pendant 25 ans éducateur spécialisé, divorcé, remarié ici en Belgique, chaque jour parcourir

198 kilomètres

et puis l’envie d’un autre boulot, reprendre ce bar ; bar déserté qui de nouveau, télé venue là un reportage sur l’écran, jeu local remis en état (« bourloir »)

Colette, dite « Côtelette » danse avec son chien, « le plus beau de tous les tangos du monde », « j’attendrai »… (son « kien » ) ; tour de magie papiers collés sur une lame de couteau, tourne retourne apparus disparus ; pouce trempé dans l’eau d’un verre de bière, à l’oreille parce que les enfants « pour savoir la taille de ton zizi » ; minimum 70 ans, jambes maigres robe à fleurs ; une bouteille de bière, assise à une table avec un vieux à pantalon à pinces usé et parka ; « j’aime bien boire une pinte » ; le vieux nous attend dehors pour nous guider sur son vélo, courbé dans le vent, visage tanné yeux noyés, m’attend parfois déporté sur la gauche me montrer l’élevage de poulets puis de porcs « plus de 2 000 par an », les choux fleurs récoltés deux fois l’an, sa maison où devant une mobylette à vendre, le hangar où la fête de la bière chaque dernier week-end de juillet, y aller à pieds emmener son vélo, le laisser là.

Quelques instants plus tard, nationale traversée, Porsche grise puis une décapotable noire, les injections qui soufflent moteurs qui ronflent sans peine, gamins ray-bann au volant, gosses qui jouent l’objet des riches en mains, font demi tour, hésitent avant d’aller passer la frontière toute proche, chair à fait divers de retour d’Amsterdam.

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Harelbecke

Branche paisible ; pas un souffle, sinon le bruit de l’autoroute toute proche. Pseudo acacia (c’est écrit sur une plaque au pied du tronc). L’allée de graviers bleu gris, pelouse et quelques arbres jeunes ; derrière, le rideau d’arbres hauts (masquer l’autoroute). Espaces parallèles du peu d’espace.

Des lapins courent, deux gringalets jouent au foot (miment d’y jouer).

Hier

Habillés de jaune et canotiers au crâne, hurlant dans la remorque, encourageant le moteur poussif du tracteur, qu’il monte la côte et s’arrêtent au bar boire en gueulant.

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Kluisbergen

Ce soir, assis devant la porte ouverte, l’un de ces bancs attachés à leur table de bois ; l’herbe, traces de pneus dans la terre sèche, un muret de béton légèrement de biais, haie d’arbustes au dessus (dire la pente !) ; puis les portiques blancs, balançoires, de temps en temps le visage de mes gosses, un drapeau rouge en berne faute de vent (marque de bière), une façade de briques rouges, larges fenêtres du Nord, tuiles rouges, cheminées de briques, une autre cheminée, ronde, sorte d’inox, cône coupé au dessus. Bockor, enseigne aux plis identiques de ceux sur les bouteilles de bière (vague parchemin), au dessus sans doute un aigle et le bandeau anno quelque chose, mais d’ici… Au dessus d’une enseigne lumineuse de couleur verte, le haut-parleur des jours de fête ; au fond, le rideau des arbres.

Scène

Forêt des Ardennes, cet après-midi ; arbres plantés à distance ; se souvenir de Mona et de Grange, assis à la terrasse (guinguette des bois) ; murs blancs, personne sinon cette femme et cet homme,lui un appareil auditif derrière l’oreille, et ce stylo bleu dans sa main ; elle l’écoute, sourit attentive ; puis elle rit et, redevenue grave plus qu’attentive maintenant que le silence, sort un papier qu’elle déplie, le lui fait lire ; lui jette un œil et ne dit guère ; il couche presque sa tête sur la table, elle se met à écrire, concentrée, sourire aux lèvres ; ne rien savoir que leur corps et son visage (lui de dos), tous deux parlant flamand à voix ténue.

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Geraardsbergen

La même cabane, fenêtre à l’identique ; un autre camping : verdure d’une haie (feuillus), masse immobile. Seules s’agitent les branches qui dépassent, pousses légères. Sèche-linge blanc, dessus les serviettes des gosses, la clé dans la serrure (son porte-clé pendille, comme décapsuleur), plancher de la terrasse minuscule, pavés puis le chemin damé, l’herbe rase au pied de la haie.

Regarder aujourd’hui d’une porte ouverte plus que d’une fenêtre (seul le sèche-linge en partie, un bout de haie par la fenêtre proprement dite).

En quelle position on se trouve tandis qu’on regarde.

Scène

Depuis 3 jours, scènes écrites non plus le lendemain mais le soir même (fatigue du vélo ?)

Petite vieille une casserole en main, marche lente, son dos voûté la veste bleue, petite, ses jambes maigres le corps frêle, nuque brisée l’œil à terre, ne pas tomber accrochée à quoi ? quelle envie quand manger à l’instant sous l’auvent de la caravane, cette femme assise à l’autre coin de la table (la vieille me fait face, mangeant régulière, mâchant inexorable) ; la plus jeune, grosse aux cheveux courts, teint pâle malgré la distance, fumant en silence (une grosse femme, l’épouse de l’homme maigre qui va et vient cuisine pour la vieille, sa mère sans doute, la propriétaire du serin qui s’agite dans sa cage); depuis combien d’années ainsi, à cette même place de camping, la même déjà où le défunt…

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Zeele

Même fenêtre qu’hier.

Le lampadaire d’Ostende, s’être souvenu de Paris, la rue piétonne en bas, cris des buveurs dans la nuit.

Ce que Montès aperçoit depuis sa fenêtre d’hôtel ; ce qu’une fenêtre trahit du regard.

A travers la fenêtre, le feu allumé tout à l’heure : d’autres s’y chauffent. Toujours, au dessus, le linge qui pend, sèche au fil tant bien que mal.

Scène

Couple au tandem. Femme à béquilles, genou enserré dans une alèse. Les avoir vus tous deux, à peine un kilomètre du camping, tandem au repos, elle assise sur un banc, lui photographiant des canards, un chaton qui tente de grimper au tronc d‘un arbre.

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Zeele

Cette fenêtre hier, bois peint de blanc, en face la glycine qui s’étale, façade de pierre blanche, monstres sculptés (lions grimaçants), les fenêtres masquées d’un contreplaqué.

Ce soir, un rideau de jaune et d’orange, géométrie semblant d’ancre marine en verticale, quadrillage de trois barres horizontales ; de la même taille et horizontale, une traînée d’orange, fond jaune. Dehors il pleut à verse sur le camping.

Hier (scène)

La main sur sa joue d’enfant, lui disant il ne faut pas que tu aies peur, souriant au chien, caressant la joue, sans crainte ni de la bière ni de l’orage qui s’amène ni des croix de pierre grise derrière le mur ni de la photo du patron souriant dans son maillot cycliste son visage poupin d’alors.

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Brugge

Bois peint de gris, fenêtre plus porte-fenêtre. Balcon béton banché, balustrade ferraille peinte en gris, dessus deux serviettes un gant qui sèchent, s’agitent au peu de vent ; pelouse, ligne d’arbres, un mur de pierres ; toit de tuiles, cheminées de briques.

Dans la vitre de la porte-fenêtre, reflet de la façade de briques, deux fenêtres soulignées d’une ligne au dessus de briques rouges verticales (horizontales orangées, roses).

Hier, Gent

Sous la pluie, si difficile d’entrer dans la ville ; idem aujourd’hui pour sortir : fouler l’herbe d’oubli.

Ils attendaient les cyclistes du Tour, une bière à la main ; policiers à moto qui s’affairent et vrombissent.

La ville respire dans un peu de désordre, silence des moteurs tus, flot lent de la masse ambulante. Le désordre ne sera pas télévisé.

WINDOWS NOTEBOOK 3

Ostend

Les briques sont là, derrière la fenêtre d’angle. Le bruit des voitures, les piétons dans la rue. Briques grises, briques rouges. Bibelots aux fenêtres.

Les centres villes sont vieux, insalubres. Travaux, tas de palettes…

S’être dit qu’à Rennes,  de la place Saint Michel à Straatlange, mêmes bars où Hendrix, BB King et les autres, à boire entre tribus, les pigeons les passants, un samedi soir où la béance les sonos qui balancent et soi autour d’une table ne sachant trop qu’y faire d’un peu moins de jeu deux gosses qui jouent courent en cercle et chassent les rats à plumes leur rire à l’envol le bruit des plumes à l’air

Hier, Ostende

Mains aux sables un château, tous quatre à genoux

Charcutier né près de la frontière, sa famille entre France et Belgique. Guerre de 14, « plus un Belge en Belgique si… » Soldats français, anglais, ne rentrant jamais : massacres. A l’arrière des combats, ravitaillement, s’enrichir. « Avec un hectare cultivé, ils achetaient un autre hectare. »

Ailleurs s’entendre dire le passé

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Oostduinkerke (Belgique)

Ce soir, porte-fenêtre PVC, marron et gris, dallage : deux briques forment un L, et ainsi de suite jusqu’à une dernière rangée de rectangles uniformes. Un chemin, une voiture vient d’y passer, l’herbe au milieu. Des arbustes, un transformateur électrique, son rectangle (l’éclair sur fond jaune), briques claires, grises, 11 000 V.

A côté (droite), un rectangle de tôle blanche, toit de ferraille grise, l’abri de je ne sais quoi. Les trembles s’agitent au vent de la côte.

A new youth hostel, no kitchen corner

Plus loin, mais hors champ, la brique rouge, les tuiles rouges : celles qui tout le jour…

Hier, Ooostduinkerke

Son du didgeridoo, obsessionnel, dénué de sens ; un exotisme dans la norme

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WINDOWS NOTEBOOK

Transcription avec ajouts et mini remaniements de quelques notes prises début juillet 2007, chaque soir ou presque, au cours d’une randonnée cycliste à travers les Flandres, avec femme, bagages et enfants.

Principe : noter chaque soir le paysage aperçu par la fenêtre d’une chambre, puis à partir du deuxième jour, y ajouter la transcription d’une scène, d’un souvenir de la veille (ou comment tenter l’addition de la perception visuelle et de la  reconstruction par la mémoire ; deux formes de retranscription peut-être à fondre un jour, ou autre chose…) ; se laisser la liberté de transcrire quelques souvenirs de lieux et de scènes resurgis pendant la retranscription, en lien avec la lecture du moment (en italique).

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Malo, agglomération de Dunkerque

De la fenêtre au cadre marron, peinture mate :

un entrepôt béton, un autre de tôle bleue, toits gris ; deux grues symétriques, la flamme d’une torchère dans le gris de la bruine ; au loin les lampadaires

un canal ; verdure, deux pierres levées, sorte de jardin public sur une mini colline, quelques bancs; un pont au dessus du canal 

les camping-cars regardent la mer ; caravanes fixes (années 60 ou 70) ; elles ne roulent plus depuis longtemps ; tout à l’heure une femme nettoyait son balai dans une flaque de pluie ; un gosse de ses deux mains jouait avec l’eau, son vélo laissé à terre

avoir lu Le Vent de Claude Simon ; d’un écho laissé : avoir tenté de retranscrire le souvenir d’une scène de violence, poing d’un gitan dans la nuit ; avoir le sentiment que Mychkine est en partie miroir ; s’y lire et Montès en double résonance

simili travellers tout à l’heure, tapis tendu sur le minibus : Hare Krishna rama rama hare hare

une façade en ruines, vide de tout arrière-plan sinon le ciel (l’horizon ?)

le clocheton de ce que la panneau là-bas nomme Citadelle (là-bas, adverbe illusion)

gauche

parking, verdure, mâts des voiliers, grue, lampadaires, torchères

(parmi la verdure, un chemin bordé de lampadaires)

droite

parking, canal, entrepôts, grues symétriques

Hier, Dunkerque

premier feu rouge d’après l’autoroute il était là, son carton à la main, prêt pour le défilé au long des voitures, money moneta l’espéranto du pauvre, ses 4 enfants évoqués au bout du carton, MANGER au feutre rouge

SANGATTE tout à l’heure, un nom sur une pancarte. Au tunnel sous

la Manche

ils se ruent. (échangeurs, disques et rubans de béton au milieu de rien, se superposent et s’enchaînent ; un monde neuf où l’individu debout n’a pas sa place)

misère, silhouette du fou barbu, vieux et roux, si précautionneux d’un pas l’un devant l’autre, lent, paume en avant l’œil circulaire ; encore un pas dans son manteau.